3A Telesud prend son envol

La « première chaîne de télévision afro-européenne », 3A Telesud, qui émet depuis 1998 vers l’Océan indien, est disponible depuis le 15 septembre dernier pour les téléspectateurs de l’Europe, du Maghreb et du Moyen-Orient. A travers talk-shows, émissions musicales, politiques, pour enfants… le directeur de la chaîne a pris le parti depuis six ans de montrer à ses téléspectateurs le « formidable » monde « afro ».

Par Nabila Benladghem

3A Telesud se veut la chaîne télévisée du monde afro en Europe, des cultures de l’Afrique, du Sud-Sahara au Maghreb, en passant par les Caraïbes, sans oublier la diaspora. « La chaîne afro-européenne ». Seule ennui, elle n’émettait depuis 1998 que sur une zone géographique restreinte à l’Océan Indien ! Depuis le 15 septembre 2004, l’impair est réparé, puisque 3A Telesud est disponible pour les téléspectateurs d’Europe, du Maghreb et du Moyen-Orient[[<*>Sur le satellite Hot-Bird 6 à 13° et sur le câble ADSL en France, Canal 44 de Free. Elle le sera à partir du 1er Novembre 2004 disponible pour le public sud-saharien, sur le satellite NSS7 (le même que Canal Horizons Satellite).]]. Elle le sera à partir du 1er Novembre 2004 en Afrique sub-saharienne. Après huit ans d’efforts, le directeur de la chaîne, Constant Nemale, peut enfin faire découvrir au plus large public possible la richesse et la diversité de la culture africaine qu’il affectionne tant. Il s’en explique à Afrik.

Afrik : Quels types d’émissions diffusiez-vous lorsque vous n’émettiez que sur la zone Océan Indien ?

Constant Nemale :
Nous diffusions des talk-shows, des documentaires, de la musique… Nous avons une conception claire de notre produit, qui est afro-européen, et qui ne concerne pas uniquement les Africains. Il concerne aussi bien les Maghrébins, les Antillais, les Européens, la diaspora ou toute personne qui manifeste un intérêt pour le continent.

Afrik : Le fait de diffuser dans le Maghreb, en Europe et bientôt en Afrique aura-t-il une incidence sur le créneau de 3A Telesud ?

Constant Nemale :
Non, car nous diffusions déjà des reportages sur le Maghreb, la diaspora ou l’Afrique noire en direction du public de l’Océan indien. L’avantage de cette région est que les gens y sont proches de l’Afrique, géographiquement et culturellement, mais que c’est aussi une région très « mélangée », avec des asiatiques, des Africains, des Européens, des Maghrébins… Cette diffusion test, en quelque sorte, nous a permis de valider notre concept. Notamment à travers des études de marché concluantes.

Afrik : Qu’ont-elles montré ?

Constant Nemale :
Les résultats ont montré que notre public avait soif d’avoir des reflets de sa culture à la télévision. Le public d’origine africaine était fier. Nous créons du lien entre les différentes cultures qui font l’Afrique, et pas uniquement par le biais de la musique. Quant aux non africains, ils étaient comme des voisins de palier qui aperçoivent tous les jours leur voisin ouvrir la porte, mais sans voir ce qu’il y a derrière. Avec nous, ils sont tous les jours invités chez leur voisin. Nous visons vraiment à promouvoir une culture afro-européenne…

Afrik : Quelles étaient vos ambitions à vos débuts, en 1998 ? Estimez-vous les avoir atteint ?

Constant Nemale :
Le projet vit depuis huit ans. Certains sont restés, d’autres sont partis… Nous n’avons pas une ambition démesurée, sinon de prendre la responsabilité de dire que le monde « afro » est formidable. De dire aux gens qui nous sommes réellement. Nous venons d’un monde où il y a de tout, du musulman, du non musulman, du chrétien, du maghrébin, du blanc et du noir… Et nous vivons en paix. C’est cela que nous portons en tant qu’enfants des premières, deuxièmes, troisièmes générations d’immigration.

Afrik : Quelles potentialités votre nouvelle visibilité va-t-elle vous offrir ?

Constant Nemale :
Nous visons aujourd’hui un public de huit millions de foyers. C’est une niche très consommatrice en Europe, lorsque l’on sait qu’à revenus égaux, les foyers maghrébins et africains dépensent 3 à 4 fois plus que les foyers européens. Il y aura de nouveaux programmes quand nous serons lancés en janvier. Nous passerons de cinq émissions et de quatre heures de diffusion à 25 émissions et 6 heures de diffusion. Tout en diffusant en boucle 24h/24.

Afrik : Quels types de programmes diffuserez-vous ?

Constant Nemale :
Nous avons par exemple « Sa Ke show », qui est un programme musical sur les Caraïbes, « Teléscopages » et « Transparences », où Michel Ongoudou, du journal satirique Gri-Gri international, reçoit des hommes politiques de tout bord, JMK Today, le talk-show phare avec Jean Marie Kassamba, « Mama Casa », qui est dédié à la femme et à l’enfant et qui est présenté par Renée Mendy, « La mode se déplace », présenté par le créateur de mode Iman Ayissi, « Genius kid », pour les enfants douées sur le plan artistique ou intellectuel, « A vrai dire », qui est une émission qui traite de sujets de société, et beaucoup d’autres encore….

Afrik : Est-ce par choix que votre diffusion élargit à l’Afrique et l’Europe a été si tardive… ?

Constant Nemale :
Oui et non. Nous voulions avoir une bonne assise financière avant de nous développer. D’autant plus que nous avons connu des soubresauts dans notre parcours. Nous avons également choisi d’acheter notre capacité satellitaire, ce qui n’a pas pu se faire tout de suite.

Afrik : Après la disparition de CFI TV, ambitionnez-vous de prendre la place laissée vacante ?

Constant Nemale :
Ni philosophiquement, ni en termes pratiques. Je pense que les Africains sont assez adultes pour se prendre en main. Nous voulons que les opérateurs en Afrique gagnent de l’argent. Nous encourageons d’ailleurs les initiatives de chaînes panafricaines…

Afrik : En évoquant CFI TV, je souhaitais savoir si vous ambitionniez d’émettre dans chaque foyer en Afrique et non pas si vous désiriez perpétuer leur mode de fonctionnement…

Constant Nemale :
Bien sûr. Nous avons une ambition panafricaine, cela fait parti de notre concept. Nous allons d’ailleurs passer au multilinguisme. En anglais d’abord, puis en portugais, par le biais de l’une de nos animatrices.

Afrik : Vous diffusez des clips musicaux et vous avez une conception particulière en matière de droits de propriété…

Constant Nemale :
Nous sommes actuellement en discussions avec le Sacem (Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique), le SCPP (Société civile des producteurs phonographiques, ndlr) et la SPPF (Société civile des producteurs de phonogrammes en France, ndlr). Nous estimons que ces organismes, notamment les deux derniers, ne reversent pas assez d’argent aux artistes africains. Alors nous avons proposé aux artistes qui n’étaient pas enregistrés en gestion de droits de nous confier leurs produits afin que nous leurs reversions directement ce qui leur revient. Quant à la Sacem, nous leur avons demandé d’être raisonnable lorsqu’ils nous ont annoncé qu’ils exigeaient 5% de notre chiffre d’affaire ! Nous sommes toujours en discussion et la balle est dans leur camp. Nous ne supportons plus de voir les artistes afro livrés à eux-mêmes…

Afrik : Vous expliquez encourager les initiatives de chaînes panafricaines. Vous a-t-on aidé dans le milieu audiovisuel « afro » tout au long de votre parcours ?

Constant Nemale :
Non, personne ne nous a encouragé. On a plutôt eu tendance à nous enfoncer. Mais ce n’est pas une raison pour faire de même aujourd’hui que nous allons mieux. Demain, si Africable, qui émet depuis le Mali et qui est la seule chaîne à vocation panafricaine, nous le demande, nous sommes prêts à leur donner gracieusement de nos programmes. Car nous estimons que nous ne sommes pas assez forts pour nous payer le luxe de nous diviser. Nous devons être solidaires les uns des autres. C’est la marque de la culture afro. A 3A Telesud, sans pour autant être « renfermés », nous sommes fiers à chaque fois que nous faisons affaire avec des gens de notre communauté.