« 18 jours » en Egypte : une révolution sous l’œil des cinéastes

Tamantashar Yom (18 jours) ou la révolution vue par dix réalisateurs qui l’ont vécue place Tahrir. Les dix courts métrages qui composent cette œuvre ont été présentés ce mercredi à Cannes dans le cadre de l’hommage que le Festival de Cannes rend à son pays invité : l’Egypte.

L’Egypte et sa révolution ont les honneurs de la 64e édition du Festival de Cannes. L’œuvre collective Tamantashar Yom (18 jours), réalisée spontanément par une dizaine de réalisateurs égyptiens – Sherif Arafa, Yousry Nasrallah, Mariam Abou Ouf, Marwan Hamed, Mohamed Aly, Kamla Abou Zikri, Sherif El Bendari, Khaled Marei, Ahmad Abdallah et Ahmad Alaa – au cœur de l’évènement, a été projetée ce mercredi. Ils ont tourné des courts métrages de fiction – un « défi », selon Yousry Nasrallah – nés de l’imaginaire de réalisateurs qui ont vécu ces 18 jours de révolution sur la place Tahrir. Invité également ce mercredi au pavillon Les cinémas du monde de l’Institut français, Yousry Nasrallah est revenu sur la genèse du projet lors d’un débat autour du printemps arabe et de ses répercussions cinématographiques. « Après une journée particulièrement violente qui était celle du 28 (février), Marwan Hamed qui était avec moi sur la place Tahrir, m’a dit : « Et si on faisait une dizaine de films qu’on mettrait sur Youtube, parle en avec nos copains, des films sans budget et sans rien du tout ». C’est ce qu’on a fait. L’idée m’a beaucoup plu et j’ai été le premier à tourner, parce que je devais partir».

La fin de l’enfermement

Interior/Exterior de Yousry Nasrallah, qui était présent à Cannes en 2004 hors compétition avec La Porte du soleil, met en scène un couple en crise en pleine révolution. « Autour du 10 février, j’ai tourné une manif avec les comédiens dans la manifestation. Et, le 13, deux jours après la chute de Moubarak, j’ai tourné une journée chez moi à la maison. Du 25 (février) jusque bien après la chute de Moubarak – les manifestations continuaient-, je me servais d’une petite caméra fabriquée par Sony qui fait de très belles images en haute définition pour tourner dans la rue. Des images dont je me suis servi dans le court métrage. Les autres ont fait un peu la même chose », a-t-il précisé.  « Début février, poursuit Yousry Nasrallah, je crois que RFI ou une autre radio m’ont posé des questions sur la place Tahrir : « Mais que font les cinéastes pendant la révolution ? ». J’ai dit : ils protestent et ils tournent. On est dix à vouloir faire des films. Ça a été entendu, je crois ». Cette conversation est à l’origine de la présence de l’œuvre au Festival de Cannes.

Tamantashar Yom (18 jours) est le résultat d’un seul mot d’ordre : deux jours de tournage maximum avec des petites caméras. Aucune démarche formelle n’a prévalu à la réalisation de ce projet. « Il n’y a eu qu’une réunion, affirme Yousry Nasrallah, où on s’est interrogé sur la façon dont on allait faire des films sans budget et qui serait prêt à contribuer. (Ce projet) s’est fait à la bonne franquette ». Cette œuvre collective a bénéficié de la participation de quatre scénaristes importants en Egypte dont le journaliste Bilal Fadl qui a été l’un des leaders de la révolution du 25 janvier. « On n’a jamais discuté des sujets », explique Yousry Nasrallah mais 18 jours a trouvé « une cohérence thématique ». « Ce sont des films sur le sentiment d’avoir été enfermés pendant un moment, et puis cette libération qui a lieu avec la révolution ». Une révolution dont le cinéma se fait désormais l’écho.