17, rue de l’enfer

Chad Chenouga signe avec 17, rue Bleue, son premier long métrage. L’histoire d’Adda, venue d’Algérie et sa descente aux enfers. Et l’histoire de Chad, son fils, affrontant la terrible réalité. Une autobiographie poignante et réussie.

1967 à Paris. Adda, qui a quitté l’Algérie cinq ans auparavant, habite 17, rue Bleue dans le neuvième arrondissement. Un appartement coquet, coloré et très vivant. Ses deux fils Chad, l’aîné, et Samir remplissent joyeusement l’espace tandis que Leila, leur jeune tante, s’applique à les surveiller pendant qu’elle remplit les tâches ménagères. Pour veiller sur ce petit monde, Robert Merlin. Riche directeur d’une entreprise pharmaceutique, marié mais père de Samir. Le bonheur est là, manifestement. Chad et Samir profitent de cette enfance choyée et insouciante.

Tourbillon d’horreur

Et puis tout bascule. Très vite, à partir du moment où le généreux protecteur meurt d’une crise cardiaque. S’engage alors un procès entre la veuve Merlin et Adda qui réclame sa part d’héritage. Adda s’épuise à se défendre afin de pourvoir à la survie de la famille. Leur mère est si occupée que les fils sont livrés à eux-mêmes et se mettent à commettre de petits larcins. La mère d’Adda qui vient d’Algérie lui reproche sa vie tourmentée et l’accuse de tous les maux. Ce coup achève de meurtrir Adda qui se laisse sombrer dans la folie.

Samir est placé et seul Chad affronte la terrible réalité qui est devenue la leur. Une vie dans l’ombre de sa mère qui s’enfonce dans un autre monde. L’appartement, autrefois lieu de vie heureux respire aujourd’hui l’abandon et la mort. Seuls les dizaines de cafards qui occupent tous les lieux, même les lits, semblent s’y plaire. Adda, totalement sous l’emprise des calmants, des somnifères et autres substances, lâche prise. Ses nombreuses hospitalisations n’y font rien. Après une tentative de suicide ratée, elle finira par rejoindre l’autre monde.

Pas de complaisance

Pendant tout ce temps Chad essaiera de faire face. De tenir son rôle lorsqu’il est avec les amis de son âge ou celle qui le courtise. Mais une fois rentré au 17, rue Bleue, l’adulte, c’est lui. Samir qui rentre chaque week-end puis de moins en moins souvent ne suit que de loin les péripéties familiales, même si la complicité avec son frère lui manque. Quant à Chad, il s’interroge sur ses origines et sur son père. Qui est cet homme qu’il n’a jamais connu ? Adda partira avant de pouvoir ou de vouloir lui répondre.

Le jeu de Lysiane Meis, qui interprète Adda, est criant de vérité et toujours juste.  » Ce qui m’intéressait, c’était le mouvement de descente aux enfers, sans être complaisant dans la noirceur « , commente Chad Chenouga qui signe son premier long métrage. Une autobiographie glaçante. Le pari est réussi. Le film garde toujours une distance vis-à-vis des sentiments et le réalisateur ne cède pas à la facilité de l’empathie. Il parvient à nous rapprocher au maximum du précipice et à nous retenir à la dernière minute. Peut-être parce qu’on sent que l’amour pour sa mère ne l’a jamais quitté.

 » 17, rue Bleue « , un film français de Chad Chenouga, 1H35, sortie sur les écrans parisiens cette semaine.