22 octobre 2017 / Mis à jour à 18:06 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Cameroun - Suisse - Littérature
Timba Bema : l’écrivain au service des lettres

Timba Bema est un personnage particulièrement actif, un entrepreneur culturel au service des lettres, à cheval sur l’Europe et l’Afrique. Du Cameroun à la Suisse, en passant par de nombreux pays francophones, à travers ses initiatives et particulièrement La Revue des Citoyens des Lettres, il cherche à soutenir les auteurs et à encourager la création. Ecrivain lui-même, il ne manque pas d’idées pour développer ses projets. AFRIK.COM l’a rencontré pour vous...

AFRIK.COM : Bonjour Timba Bema, pourriez-vous vous décrire rapidement afin d’éclairer les lecteurs d’AFRIK.COM  ?

Timba Bema  : Il est toujours difficile de se décrire lorsqu’on est multidimensionnel, en ce sens qu’on est le lieu de multiples aspirations, parfois divergentes. Mais, le terme qui restituerait le mieux qui je suis est celui d’écrivain, mieux encore, d’artiste iconoclaste.

AFRIK.COM : Parlez-nous de votre projet «  La Revue des Citoyens des Lettres  »…

Timba Bema  : La Revue des Citoyens des Lettres est d’abord, comme son nom l’indique, une revue littéraire trimestrielle en ligne. Nous avons aussi l’ambition de publier une édition papier annuelle sous la forme d’un recueil, ceci en collaboration avec un éditeur. Nous avons soumis l’idée à un éditeur suisse et je profite de l’occasion que vous m’accordez pour lancer un appel à tout éditeur intéressé par cette démarche.

L’idée d’une revue dédiée aux écrivains non publiés à compte d’éditeur m’est venue de ma propre expérience. Je me suis rendu compte que des cadres exclusivement dévolus à ces auteurs sont quasi inexistants dans les pays de langue française. Or, dans le monde anglo-saxon, pour citer l’exemple des États-Unis, les exemples sont nombreux.

Le but de la revue est d’offrir aux écrivains un cadre privilégié pour présenter leurs travaux, mais aussi pour les soumettre à un regard critique. Grâce au mode de fonctionnement de notre comité de lecture, les auteurs reçoivent des avis argumentés qui leur permettent d’améliorer ou de refonder leurs textes. Même en cas d’acception, nous proposons aux auteurs des corrections pour en révéler tout le potentiel. Il s’agit donc ici de permettre à des talents en herbe d’expérimenter afin de gagner en assurance.

De plus, nous ne nous contentons pas de publier des textes littéraires sur notre plateforme en ligne, mais nous assurons aussi la promotion des auteurs au travers d’interviews, de questionnaires de Proust et de divers outils permettant aux lecteurs de saisir leurs démarches artistiques.

En outre, nous avons entamé des collaborations des journaux en Afrique tels que Togo Matin au Togo, La Nouvelle Tribune au Bénin et Mutations au Cameroun, dans les colonnes desquels des textes littéraires sont publiés sur une fréquence mensuelle.

Enfin, nous avons commencé en septembre 2017 une collaboration avec la radio lausannoise (Suisse) UPR pour des lectures hebdomadaires des textes de nos auteurs.

AFRIK.COM : Diriez-vous que vous faites de la politique à travers ce projet  ?

Timba Bema  : Il est vrai que notre ambition est d’abolir les frontières à l’intérieur de la langue française. Aussi notre comité de lecture est actuellement composé de vingt-deux lecteurs répartis dans tout le monde francophone, et nous avons également la confiance des auteurs de toute cette zone. Mais, pour répondre à votre question, la réponse est non. Notre projet est 100 % artistique incluant aussi une dimension promotionnelle. Car, en fin de compte, notre ambition est de devenir une revue de référence pour les lecteurs du français, et aussi d’attirer l’attention des éditeurs sur ces nouveaux talents.

Mieux encore, c’est un dispositif d’apprentissage et donc de montée en puissance pour toutes ses parties prenantes. En plus des auteurs qui bien sûr souhaitent accéder à l’édition à compte d’éditeur, dans notre comité de lecture se trouvent par exemple des personnes qui se destinent aux métiers de l’édition, nous travaillons également avec un webmaster et un graphiste qui ont carte blanche pour exprimer leur créativité. Le but est de permettre à tout un chacun d’exprimer ses idées à l’intérieur d’une structure souple et de gagner en confiance et expertise.

On peut donc dire que la Revue des Citoyens des Lettres fonctionne selon un mode d’organisation horizontal, où tous les intervenants sont considérés comme des contributeurs. Nous sommes donc conscients que nous sommes en train d’inventer de nouvelles formes d’interaction entre ceux qui ont le français en partage.

AFRIK.COM : Vous avez lancé un appel à textes sur internet afin de sonder le problème anglophone au Cameroun, expliquez-nous cette campagne…

Timba Bema : Il faut d’abord dire que ce projet a été mis sur pied en collaboration avec Raoul Djimeli du Clijec Mag au Cameroun et de MP Mboutoh qui est un poète camerounais.

Il s’agit d’un projet littéraire axé sur la poésie. En effet, nous proposons aux jeunes poètes camerounais de s’exprimer sur la crise anglophone au Cameroun. Nous sommes convaincus que la poésie est une forme d’art qui permet de sonder l’âme humaine et par ricochet de connaître une société dans leur intimité. Les poètes peuvent donc aider les hommes à se faire une représentation plus juste d’une situation ou d’une époque, et élargir la compréhension que les Camerounais ont d’eux-mêmes et de leur pays. On peut donc noter une première dimension de ce projet, à savoir le témoignage sur le présent, en somme, la constitution de la mémoire collective immédiate. Mais, il faut également dire que d’autres raisons, plus profondes celles-là, expliquent notre implication dans ce projet. Elles ont un rapport avec la mémoire historique. Nous remarquons avec inquiétude que pour un pays jeune comme le Cameroun la mémoire historique est quasi inexistante. Les grands évènements ayant façonné l’histoire camerounaise sont très peu traités par les artistes.

Il s’en suit donc que le public les ignore. On a le sentiment qu’une machine de l’oubli est en marche et dévie les esprits de toute confrontation avec l’histoire. C’est donc pour violer le tabou qui enveloppe l’histoire que nous croyons en la pertinence et au bon succès de ce projet.

AFRIK.COM : Quelles ont été les réactions de vos compatriotes suite à cette initiative  ?

Timba Bema  : La réception de mes compatriotes est très enthousiaste. Mais permettez-moi aussi de dire que d’autres Africains se sont sentis interpellés par notre appel à textes, ce qui nous donne des idées pour le futur. Nous avons pu mesurer l’accueil de notre initiative sur les réseaux sociaux.

De plus, tous les diffuseurs et partenaires culturels que nous avons contactés ont volontiers relayé notre projet. Nous sommes donc confortés dans l’opinion que le besoin de prise de parole est réel, une parole qui transcenderait le déni. Au vu des nombreuses demandes que nous avons reçues, nous envisageons d’ailleurs de repousser la date limite de soumission des poèmes au 28 février 2018.

AFRIK.COM : Que pensez-vous des tensions au Cameroun sur cette question  ?

Timba Bema : Si l’on regarde la vie des nations dans une perspective historique, c’est-à-dire sur le long terme, on remarque que ces ensembles se transforment par adjonction de nouveaux groupes ou soustraction de groupes existants. Il n’y a rien de plus ordinaire.

Que ce soit en Europe (La Catalogne en Espagne) ou en Afrique (Le Biafra au Nigéria), des mouvements visant à la redéfinition d’ensembles politiques existent et existeront toujours  !

Pour en revenir au cas du Cameroun, il est naturel que les termes de la relation entre les deux parties ayant fondé l’état unitaire soient discutés. La question la plus importante à mon avis est de définir le cadre de cette discussion et de le séculariser à travers des institutions.

Pour l’heure, on ne semble pas se diriger vers la piste du dialogue, mais je garde bon espoir que le gouvernement camerounais prendra des initiatives en ce sens.

AFRIK.COM : En tant que Camerounais de la diaspora, pensez-vous contribuer suffisamment au devenir de votre pays d’origine  ?

Timba Bema : J’ai la conviction que l’avenir de la littérature africaine est en Afrique, son milieu, je dirais, naturel. Pour ce faire, nous devons être capables de créer des institutions littéraires tels que de maisons d’édition, le lectorat, des bibliothèques, des académies, des prix prestigieux, etc. Les acteurs de la littérature, à commencer par les auteurs, doivent s’impliquer dans la réalisation de cette idée. Ils ne peuvent pas regretter l’absence de structures et croiser les bras.

De plus, le Cameroun étant un pays de tradition orale où la lecture récréative doit être développée, il me semble qu’une réflexion pertinente doit être menée sur la manière de proposer et de faire circuler les textes littéraires. En tous les cas, la formule du livre ne semble pas adéquate pour assurer le basculement vers une civilisation de l’écrit.

Nous sommes d’ailleurs en train de finaliser une formule de diffusion des textes littéraires au Cameroun et ailleurs en Afrique, que nous comptons lancer dans un horizon d’une année. Oui, je souhaite apporter mon énergie et mes compétences à mon pays. Pour que cette contribution soit efficace, mes compatriotes doivent comprendre et apprécier son caractère désintéressé. En somme, la littérature africaine n’existera jamais sans l’implication totale des Africains à tous les niveaux de sa production et de sa diffusion. 

AFRIK.COM : Réfléchissez-vous à vous réinstaller au Cameroun un jour  ?

Timba Bema  : Je dois déjà vous avouer que j’ai un certain nombre de projets sur place qui nécessitent que je m’y rende régulièrement. Je n’exclus donc pas la possibilité de m’y réinstaller.

AFRIK.COM : La Revue des Citoyens des Lettres est partenaire du site de poésie AFROpoésie, qu’est-ce ce que ce rapprochement représente à vos yeux  ?

Timba Bema  : D’abord, il s’agit de soutenir une initiative qui à mon sens promeut la littérature africaine, lui apporte une exposition qui ne peut que lui être bénéfique. Nous le faisons également avec d’autres initiatives que ce soit dans ou à l’extérieur du continent, car il nous semble que des synergies sont possibles avec d’autres acteurs. En outre, le site AFROpoésie est une plateforme pour la promotion des auteurs. En ce sens, nous veillerons à ce que les auteurs publiés à la Revue des Citoyens des Lettres y soient présents.

AFRIK.COM : Notre entretien touche à sa fin. Aimeriez-vous dire quelque chose de particulier à nos lecteurs en guise de conclusion  ?

Timba Bema  : C’est d’inviter vos lecteurs à nous rejoindre que ce soit en tant qu’auteurs, membres du comité de lecture, etc.

Je formule un appel spécial à nos amis du Sénégal et de la Côte d’Ivoire qui ne sont pas encore assez représentés dans la Revue. Enfin, je les invite à nous soutenir à travers des dons sur notre site web(revuedescitoyensdeslettres.org).

En tant qu’organisation basée sur le bénévolat, la Revue des Citoyens des Lettres a besoin de financer certaines de ses activités. Aussi, les contributions de tous et de toutes sont bienvenues.



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