22 octobre 2017 / Mis à jour à 18:06 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
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"Rumeurs du lac" : quand les eaux du Kivu révèlent leurs mythes et secrets

Durant 52 minutes, le documentaire "Rumeurs du lac", réalisé par la journaliste congolaise Wendy Bashi, nous plonge au plus profond des eaux de la province du Kivu, dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Ce vital Lac, qui fait la joie de multiples habitants du Kivu, leur permettant de vivre décemment, est aussi une source de mythes tels que celui de la déesse et sirène Mamy Wata. Mais il est aussi témoin d’histoires atroces, cruellement réelles, comme les nombreux cadavres du génocide rwandais, qui s’y sont échoués.

Les images du documentaire Rumeurs du Lac parlent d’elles-mêmes. Dans ce documentaire de 52 minutes, dont l’avant-première sera diffusée le 10 mars à Bruxelles, la journaliste congolaise Wendy Bashi, basée dans la capitale belge, explore les profondeurs des eaux du Kivu remplies de secrets, de mythes à couper le souffle. Elle évoque des légendes sur les sirènes, les fondateurs de ce petit îlot paradisiaque, ou encore le quotidien des pêcheurs, qui ont fini par ne faire qu’un avec le lac source de revenu pour eux et leurs proches, mais aussi des milliers d’habitants.

Un lac témoin de l’horreur du génocide rwandais

Les eaux du Kivu ne racontent pas que de belles histoires fascinantes. Elles sont aussi témoin de l’instabilité de la région des Grands Lacs, notamment du génocide rwandais, dont les cadavres qui en résultaient, y flottaient régulièrement. « Oui on a tout vu de l’horreur du génocide lorsque des cadavres flottaient au loin sur le lac. Je me souviens que ma grand-mère refusait de manger du poisson tant elle était déroutée ». Après de multiples investigations, la journaliste découvre l’existence des réserves de gaz méthane autour du lac. « S’il y a une explosion, cela pourrait tuer des milliers de personnes », prévient-elle.

L’aventure de Wendy Bashi avec le lac Kivu débute après son mémoire de fin d’études à l’université de Liège, lorsqu’elle entend parler d’une sardine qui dévore les sambazas (les petits poissons du lac ). Cette sardine mangeuse de poissons aurait été introduite par le Président rwandais Paul Kagamé pour tuer les autres poissons du lac, lui raconte-t-on. Séduite par ces rumeurs provenant du lac, elle décide de creuser sur le sujet. « Je me suis retrouvée à écrire dessus à la fin de mes études. J’ai fini par m’attacher au sujet ». Son papa, auquel elle rend hommage dans le documentaire, lui suggère alors de faire un documentaire sur le lac et ses mythes et légendes. Elle se lance alors dans ce projet et débute son tournage en 2009 avec des subventions de l’Organisation internationale de la Francophonie notamment.

Pour la petite fille que j’étais, le lac était un objet de fascination !

Il faut dire que Wendy Bashi entretient une histoire particulière avec le lac. Elle-même est originaire de la région du Kivu, où elle a passé une grande partie de son enfance avant de s’établir à Kinshasa avec sa famille. « Pour la petite fille que j’étais, le lac était un réel objet de fascination. J’ai grandi au bord du lac. Le lac c’était aussi tous les interdits. Je ne sais d’ailleurs toujours pas nager à mon âge parce que mes parents ne voulaient pas à cause des nombreux décès dus aux noyade​s », se remémore-t-elle. « Quand j’avais fini de faire mes devoirs, je courrais m’installer sur les marches des escaliers qui conduisaient à notre jardin pour voir les pêcheurs revenir avec leurs barques chargées de vivre », raconte-t-elle.

Selon elle, « ces pêcheurs vivent par et pour ce lac ! Tous ceux que j’ai rencontré​ ​m’ont raconté​ qu’​ils lui doivent tout !​ Ils se sont mariés, ont eu des enfants, les ont scolarisés et les ont mariés à leur tour​ ​grâce aux produits de la pêche »​. Elle déplore toutefois le manque de considération à leur égard, car « on ne s’intéresse à eux que pour acheter du poisson, ou lorsqu’il y a des noyades parce qu’ils connaissent ces eaux​. ​Mais pour moi, ce sont des héros,​ car ils risquent tous les jours leur vie ​ ».



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