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Maroc : Gdeim Izik, un procès politique ?

Le procès des 24 détenus sahraouis accusés d’avoir tué des agents des forces de l’ordre après le démantèlement du camp de Gdeim Izik, le 8 novembre 2010, se poursuit. Mercredi, le tribunal militaire de Rabat a visionné un enregistrement d’évènements survenus ce jour-là.

Surnommés le « groupe de Gdeim Izik », le procès des 24 détenus sahraouis du camp de Gdeim Izik s’est poursuivi mercredi. Ceux-ci sont accusés d’« atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de l’Etat, formation d’une bande criminelle et atteinte aux fonctionnaires publics dans l’exercice de leur fonction ». Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Les faits remontent au 8 novembre 2010, dans le sud du Maroc, à Laâyoune, lorsque les forces de l’ordre ont démantelé le camp de Gdeim Izik. La révolte gagne aussitôt les réfugiés du camp qui se mettent à affronter les militaires et les gendarmes. Résultat, 11 morts et 70 blessés parmi les fonctionnaires et 4 autres blessés parmi les civils. D’importants dégâts matériels ont été constatés.

Dans la journée de mercredi, le tribunal militaire de Rabat a visionné des enregistrements vidéo. Pour ne pas heurter leur sensibilité, les familles de victimes ont été priées de quitter la salle. La Cour a constaté en images des corps mutilés et des profanations de cadavres. On aperçoit aussi un individu, enturbanné, en train d’égorger un élément des forces de l’ordre.

Images du démantèlement du camp Gdeim Izik [1]

Pendant près de trente minutes, le tribunal, des associations de droits de l’Homme, des observateurs nationaux ainsi que des journalistes ont visionné les images.

Un procès controversé

Les accusés ne reconnaissent aucune légitimité au tribunal militaire. Ils revendiquent leur droit à être jugé dans un tribunal civil. Sont-ils des prisonniers politiques ? C’est en tout cas ce qu’ils considèrent être. Une version que le parquet conteste.

Leur comparution devant une telle juridiction « ne répond pas aux normes internationalement reconnues d’un procès équitable » a affirmé l’ONG de défense des droits de l’homme Amnesty International.

L’association marocaine des droits humains, dirigée par Khadija Ryadi, s’était solidarisée avec les prisonniers et avait dénoncé les « conditions difficiles et les comportements inhumains » avant d’appeler « à leur libération ou à un procès équitable ».

Témoins à décharge

Les accusés clament leur innocence et refusent de répondre aux questions préférant scander des slogans en faveur du polisario, rapporte Atlasinfo. Dans la matinée de mercredi, cinq témoins à décharge, convoqués par la défense, se sont succédés à la barre. Certains ont affirmé avoir été « en compagnie de deux des accusés au moment de leur arrestation le 7 novembre 2010, un jour avant le déclenchement de ces évènements ». Selon Lemag.ma, un second témoin a quant à lui déclaré qu’un troisième accusé « avait eu un accident le même jour et avait été transporté à l’hôpital ».

Le Tribunal a également écouté les témoignages des familles de victimes. Elles regrettent que les associations dénoncent les conditions d’incarcération des prévenus et ne disent rien à propos des militaires tués.

Dans cette affaire, les 24 prévenus sont poursuivis pour « constitution de bandes criminelles, violences préméditées contre les forces de l’ordre ayant entraîné mort d’hommes et mutilation de cadavres ».

Des échanges virulents ont été échangés entre les juges et les détenus. Certains sont revenus sur leurs aveux. Ils affirment avoir été torturés pendant leur détention.

En bref : revendications sahraouies

En 2010, les premières tentes sont plantées dans le désert à une vingtaine de kilomètres de la ville de Lâayoune. Pour dénoncer la situation économique et sociale dans laquelle se trouve la population sahraouie. Mais aussi et surtout pour dénoncer ce qu’ils appellent « l’occupation marocaine ». Le mouvement de contestation prend chaque jour un peu plus d’ampleur. Commence alors un exode massif de la population sahraouie. Au final, ils sont près de 20 000 à s’être installés dans le désert. Un véritable affront contre la monarchie.

Les autorités marocaines interdisent formellement aux Sahraouis d’élire domicile dans le désert. Pour information, les Sahraouies ont une tradition bédouine. Mais depuis les années 60-70, ces derniers n’ont plus le droit d’être « nomades ». Ils ont pour « obligation de se sédentariser ». D’où la construction de Laâyoune et Smara, les premières villes destinées aux Sahraouis.


[1] La rédaction n’est pas responsable des commentaires vidéos, qui n’engagent que leurs auteurs respectifs. Toutes les illustrations utilisées sont la propriété pleine et entière de leurs auteurs et éditeurs respectifs.


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