25 juillet 2014 / Mis à jour à 15:34 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
dossier : Excision

Mali - Lutte - Sexualité - Femmes - Enfance
L’excision au Mali : une pratique néfaste à bannir
La communauté internationale célèbre ce mercredi la journée mondiale de lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF). Le Mali présente un des taux de MGF les plus élevés en Afrique. Selon les autorités, plus de 80 % des femmes maliennes sont excisées. Malgré un avant-projet de loi contre l’excision resté dans l’oubli en 2002, ce pays d’Afrique de l’ouest n’a pas officiellement interdit cette pratique contrairement au Sénégal et à la Cote d’ivoire. Mais plusieurs ONG comme Plan Mali ont fait de son éradication l’une de leurs priorités.

(De notre correspondant)

Durant l’occupation du Nord-Mali, les femmes ont été victimes de viol et de violences sexuelles. Mais cela ne doit pas occulter les mutilations génitales qu’elles subissent au quotidien. Ce qui porte atteinte à leur l’intégrité physique et mentale. C’est le cas de Rokia Coulibaly, la trentaine et mère de cinq enfants. Cette ménagère originaire de Fana dans la région de Koulikoro, subit de plein fouet l’excision dont elle a été victime depuis son enfance.

La santé des femmes compromise

Abandonnée, rejetée par son mari, la jeune dame est la risée de sa belle-famille « C’est difficile pour moi d’avoir des rapports sexuels avec mon mari car à la suite de mon excision j’ai eu des complications notamment », soutient-elle. Les conséquences de l’excision sont nombreuses. Aux complications, blessures et parfois même décès survenant à la suite de l’intervention, s’ajoutent les problèmes que pose l’expulsion de l’enfant au moment de l’accouchement ainsi que les rapports sexuels extrêmement douloureux.

Tout comme Rokia, Kadiatou Doumbia a aussi subit les effets néfastes de cette pratique ancestrale. « J’ai accouché dans une forte douleur. J’ai même peur d’avoir d’autres enfants car chaque grossesse signifie pour moi d’énormes souffrances », affirme Kadiatou. Sa priorité à elle est la lutte contre l’excision. Cela passe par la sensibilisation des chefs de villages, des religieux notamment les imams. Pour ce faire, elle a regroupé toutes les femmes de son village Tingolé dans la sous-préfecture de Fana. Objectif : les amener à renoncer à cette pratique. « Je ne veux pas que ma fille subisse le même sort que moi. Heureusement son père est compréhensible », note Mme Doumbia. Pour elle, la sensibilisation porte son fruit car peu de femmes excisent maintenant leurs enfants, note-elle.

Le combat pour l’abandon

Dans ce combat pour l’abandon des mutilations génitales, Kadiatou Doumbia et ses camarades bénéficient de l’appui de Plan Mali. Cette ONG soutient des initiatives allant dans ce sens. Pour ce faire, ses équipes et ses relais interviennent dans cinq régions du mali. Il s’agit de Kayes, Koulikoro, Ségou, Mopti et Sikasso. Soit au total 160 villages. Parmi les relais de Plan Mali qui interviennent sur le terrain, on trouve l’ONG Equipe de recherche et d’appui au développement (Erad).

A travers des causeries, des visites à domicile et des projections, cette association est parvenue à des résultats encourageants. En effet sur 10 villages dans la région de Koulikoro qui font partie de la zone d’intervention de l’Erad, 4 ont abandonné la pratique de l’excision. Malgré cela, les autorités et les Organisations non gouvernementales doivent doubler d’effort s’ils veulent voir la pratique de l’excision disparaitre dans un pays où elle a de solides racines. En effet le Mali a un fort taux de prévalence qui est de 85% chez les femmes de 15 à 49 ans et 84% chez les filles de 0 à 14 ans, selon l’enquête nationale réalisée sur la pratique de l’excision.


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