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Bénin - Religion
Au Bénin, la secte de « Parfaite » défie l’Église catholique

Depuis 2009, au Bénin, « l’Église de Banamè », fondée par une jeune femme qui se prend pour Dieu, attire des milliers de fidèles. Malgré les mises en garde des évêques, des prêtres et des religieuses quittent l’Église catholique pour rejoindre cette secte.

Le 17 février, quatre responsables d’une importante secte chrétienne béninoise ont été déposés à la prison civile de Porto-Novo, la capitale du pays, pour complicité de meurtre. Quelques jours plus tôt, la fondatrice de cette secte, connue sous le nom de « Parfaite », a ordonné à ses adeptes de s’enfermer dans une chambre embaumée et éclairée par une bougie, sous prétexte de sauver leur âme de la fin du monde approchant. Cinq personnes sont mortes asphyxiées, neuf autres sont dans un état critique. Un incident déclenchant l’incarcération des quatre hommes, considérés comme « évêque » et « prêtres » de cette Église schismatique.

Ce n’est pas la première fois que cette secte fait parler d’elle. Début janvier, déjà, des affrontements entre les adeptes de Parfaite et les populations d’Abomey avaient provoqué la mort de deux personnes, plusieurs blessés graves et de nombreux dégâts matériels. L’exorcisme tourne court

Ces deux incidents ne sont que les derniers incidents liés à la secte fondée par Parfaite. L’histoire commence le 13 janvier 2009 à Banamè, un petit village près d’Abomey, au Bénin. Ce jour-là, une jeune femme de 19 ans est conduite par sa tante chez le curé et exorciste de la paroisse, le P. Mathias Vigan. Depuis plusieurs semaines, Vicentia Tadagbé Tchranvoukinni inquiète en effet sa famille. Lors des séances de prière, elle se prend pour la Vierge Marie, l’Esprit Saint, Dieu le Père et veut se faire appeler « Parfaite ».

Mais l’exorcisme ne se déroule pas comme prévu, et la jeune femme convainc le prêtre du bien-fondé de ses révélations. Dans les semaines qui suivent, le P. Mathias Vigan répand à son tour les « révélations » de la jeune femme, qu’il héberge désormais chez elle…

Apprenant la situation, l’évêque d’Abomey, Mgr Eugène Houndékon, intime à la jeune femme de quitter le presbytère et transfère le prêtre dans une autre zone de son diocèse. Mais ces mesures ne sont pas suffisantes, et le P. Mathias est finalement envoyé en Europe pour poursuivre ses études… Peine perdue  : le prêtre rentre au pays contre l’avis de son supérieur, reprend contact avec Parfaite qui se prend désormais pour Dieu le Père (« Daagbo », en langue fon).

Une secte naît finalement en août 2011, dénommée l’« Église catholique privée de Banamè ». Elle divulgue des enseignements contraires au Magistère de l’Église catholique et s’illustre dans l’usurpation de titres et d’offices ecclésiastiques. Plusieurs centaines de fidèles, à la recherche de miracles, la rejoignent, ainsi que des prêtres et des religieuses… Quant au P. Vigan, il s’autoproclame « pape Christophe XVIII » en novembre 2012… Deux mois plus tard, la fondatrice de l’Église de Banamè et le prêtre sont excommuniés. Les évêques prennent les choses au sérieux

De leur côté, les évêques du Bénin prennent l’affaire au sérieux. Mgr Houndékon invite les catholiques piégés ou abusivement séduits à revenir sans honte et sans peur. La conférence épiscopale, pour sa part, invite en 2013 les chrétiens à considérer cette église comme un groupe de prière schismatique, et interdit à tout catholique de les fréquenter sous peine de s’exposer à une sanction.

« Parfaite et Mathias ont profité de toutes les occasions pour nous tromper. Ils nous ont contraints à soutenir des mensonges et des contradictions  ; ils ont dépouillé de nombreuses personnes pour s’enrichir. Le miracle est imaginaire. Nombreux sont portés disparus au cours des cérémonies, certains sont devenus fous et d’autres sont morts sur les lieux », dénonce, furieuse, une ancienne fidèle. Milliers de fidèles

Aujourd’hui, les parents de Parfaite préfèrent rester à l’écart de l’agitation provoquée par leur fille, et sont restés fidèles à l’Église catholique. « Je ne ferai aucune déclaration si l’évêque ne m’en donne l’ordre, explique Raymond, le père de la fondatrice de l’Église de Banamè. Je ne détruirai pas ma famille spirituelle ». Cependant, il reproche à l’Église catholique et surtout l’évêque d’Abomey d’avoir mis trop de temps à alerter les fidèles contre les pièges de cette secte.

Aujourd’hui, et malgré les avertissements des évêques, des milliers de fidèles continuent à venir écouter celle qu’ils considèrent comme « Dieu », guettant les miracles qu’elle promet…

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Marie-Valérie Zinsou (à Cotonou)



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