20 août 2014 / Mis à jour à 17:44 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Pan Afrique
Le fléau de la contrefaçon de médicaments en Afrique
Un phénomène qui inquiète les ONG et l’OMS. Le marché illicite des médicaments s’est développé de manière considérable en Afrique, depuis plus d’une dizaine d’années. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, il représente dans certains pays jusqu’à 60% des volumes vendus. Ce fléau planétaire (10% du marché mondial des médicaments) est à l’origine des millions de morts.

Par Vitraulle Mboungou

Les contrefaçons représentent plus de 10% du marché mondial de médicaments, selon la Food and Drug Administration, une ONG américaine, et 25% dans les pays pauvres. Dans certains de ces pays, ce chiffre atteindrait parfois 60%, selon une enquête effectuée de janvier 1999 à octobre 2000 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). La mondialisation et le développement des échanges commerciaux favorisent l’entrée de manière informelle, de ces médicaments en provenance de tous les continents. Ce marché s’est développé depuis les années 1980 dans pratiquement tous les pays de l’Afrique subsaharienne. Ils sont en vente libre dans la rue, sur les marchés. Les antibiotiques, anti-inflammatoires, analgésiques, anti-parasitaires et les produits cardio-vasculaires sont ceux qui ont le plus de succès. Ces contrefaçons bénéficient d’une double source d’approvisionnement, interne et externe. Les vendeurs illicites seraient ainsi approvisionnés en partie par le marché pharmaceutique national regroupant des grossistes, des producteurs locaux.

Un phénomène aux conséquences désastreuses pour la santé

La contrefaçon des médicaments, au même titre que celle des pièces détachées pour les voitures, est la plus dangereuse de toutes selon l’OMS. Plusieurs cas d’intoxications mortelles consécutives à la prise de ces médicaments ont été notifiés. Elle est à l’origine de ravages sanitaires énormes. La dangerosité de ces produits contrefaits tient du fait qu’il ne contiennent aucun principe actif susceptible de soigner. D’après une étude la revue médicale britannique, The Lancet, sur le million de personnes décédant du paludisme chaque année en Afrique, 200 000 auraient pu être sauvées si des médicaments authentiques étaient distribués. Le consommateur est donc la première victime de ces médicaments contrefaits qui, au mieux, entraînent l’échec thérapeutique et au pire, engendrent la mort.

Tout aussi préoccupant, les mauvaises indications thérapeutiques de ces produits par les vendeurs. Elles sont souvent erronées et insensées, voire fantaisistes. La posologie l’est tout aussi, le nombre d’unités conseillées dépend en générale de la capacité financière du client. Ces « conseils » sont donnés selon le Réseau Médicaments et Développement (ReMed), une ONG française, par des vendeurs souvent analphabètes et inconscients des dangers de leurs marchandises. Même lorsqu’ils sont lettrés, il leur est difficile de trouver des informations sur ces médicaments du fait de l’absence de notice ou de notices en langues étrangères. Pire, les chaînes de fabrications clandestines copient l’habillage des produits pharmaceutiques en falsifiant le contenu moléculaire. La nature et l’origine indiquées sur l’étiquette sont donc délibérément et frauduleusement mensongères.

« Une pandémie silencieuse »

De plus en plus inquiète, l’OMS a décidé de s’organiser pour trouver des solutions mondiales contre cette « épidémie silencieuse » de faux médicaments. C’est dans cette optique qu’une réunion de deux jours a été tenue en février dernier à Rome (Italie). « On ne meurt pas de porter des faux sacs à mains ou T-shirt. En revanche, les contrefaçons de médicaments peuvent tuer », a rappelé lors de cette réunion Howard Zucker, Sous-Directeur général à l’OMS pour la Technologie de la santé et les produits pharmaceutiques. « Comme pour la contrebande des drogues, il ne faut faire aucun compromis et livrer une lutte sans merci contre les réseaux de production et de distribution », a-t-il ajouté. Ainsi une vaste campagne d’information simultanément dans tous les pays d’Afrique francophone devrait être organisée. Elle aura pour objectif d’informer et sensibiliser les populations sur les dangers du marché illicite des médicaments et de promouvoir l’accès aux médicaments génériques dans tous les secteurs pharmaceutiques.


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