23 septembre 2014 / Mis à jour à 14:07 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Algérie - Burkina Faso - Lesotho - Pan Afrique
Nouvelles du Front Sud
Chronique d’un temps fugace. Au Lesotho, où l’on couche comme on décroche son portable, le Sida fait des ravages... Au Burkina Faso, une multinationale française tente de se faire passer pour philanthrope... En exploitant ses ouvrières. En Algérie, le cinéma n’arrive pas à sortir du marasme où le terrorisme l’a plongé... Trois flashs sur notre époque pour cette nouvelle chronique régulière signée Che Menara.

Lesotho en sursis

Onu Sida livre cette semaine quelques chiffres atterrants : au Lesotho par exemple, 51% des femmes de 15 à 24 ans sont contaminées par le virus du Sida. Elles forment le réservoir démographique de la nation. Elles sont surtout le défouloir sexuel de leurs jeunes concitoyens. Qui tuent ainsi d’emblée les mères de leurs enfants. Témoignage en forme de synthèse de Motsanku Mefane, sage-femme à l’hôpital de Mafateng, au sud de Maseru : « Ici, le sport national, c’est le sexe. Tout le monde couche avec tout le monde... Les gens couchent comme vous décrochez votre portable, et les hommes doivent avoir au moins deux ou trois partenaires. » (cf Le Figaro, 25 octobre 2005, p. 18) Et pourtant difficile de s’ôter de l’idée qu’une véritable politique de prévention pourrait faire évoluer les idées, voire les comportements... Il suffit de si peu de choses (un morceau de latex) pour sauver une vie, pour sauver un avenir ! Dans le Lesotho en sursis, le silence des campagnes de prévention est criminel, et inacceptable l’aveuglement collectif sur les conséquences de cette tragédie.

Capitalisme et action sociale au Burkina

Yves Rocher, PDG du Groupe de cosmétiques qui porte son nom, n’était pas mécontent de se vanter de ses investissements « solidaires » au Burkina, où il avait créé La Gacilienne, petite usine de 133 employées, installée dans la banlieue de Ouagadougou. « Projet à vocation humanitaire », « promotion des initiatives économiques locales » : belle image pour un groupe français qui jouait les « partenaires du développement durable »... La réalité est moins noble : « Durant la dizaine d’heures de travail quotidien, les ouvrières entassées sur des bancs ne peuvent ni parler entre elles, ni s’étirer, ni bailler, sous peine de se voir supprimer une demi-journée de salaire. En cas de retard de quelques minutes, elles risquent une mise à pied allant de 7 à 10 jours... Absence de congés maternité, absence de visite médicale, rémunération à l’heure et non par mois. » Des gains de productivité immédiatement profitables à l’entreprise : « une fois terminée une commande, on nous mettait de force au chômage technique, bien évidemment impayé... » (cf L’Humanité Hebdo, 22 octobre 2005, p. 10) Du coup, les salaires moyens n’excédaient pas... 15 € mensuels ! Un tiers du salaire minimal burkinabé -déjà pas très élevé ! Devant les protestations des salariées, le groupe Yves Rocher leur propose de... racheter elles-mêmes leur usine ! Et comme elles ne peuvent évidemment pas le faire... Le 1er août 2005, l’entreprise est fermée, et les 133 employées licenciées. Moralité : il ne faut pas croire une multinationale lorsqu’elle prétend faire dans la philanthropie...

20 cinémas pour 32 millions d’Algériens

Grande fête au cinéma algérois El-Mougar le 30 septembre 2005 pour la sortie algérienne du film Il était une fois dans l’Oued de Djamel Bensalah : sur la scène Khalida Toumi, ministre de la Culture, Mohamed Bedjaoui, ministre des Affaires étrangères, Nicolas Seydoux, PDG de la société Gaumont. Mais la fête ne peut masquer la réalité du cinéma dans l’Algérie d’aujourd’hui : ce pays qui comptait plus de 450 écrans dans les années 1960 n’en compte plus qu’une vingtaine après la décennie sanglante des années 1990. Le terrorisme islamique a réussi à faire disparaître une chose : le cinéma algérien, et le plaisir d’aller voir un film en salle... Les réalisateurs algériens ont quitté le sol natal, pour ne pas y être assassinés, et aussi parce que plus un film n’était produit, financé, réalisé, monté, montré. Mais après plusieurs années de concorde civile et de paix intérieure retrouvée, le mouvement n’est pas relancé. Le marasme persiste. La revitalisation du cinéma, dans un pays qui compte 32 millions d’habitants dont 70% ont moins de 30 ans, doit désormais être considérée comme une priorité ! Plus une seconde à perdre... Où en est le projet de loi annoncé ? Bloqué par les islamistes légaux ? Urgence à le débloquer ! La culture est toujours la vraie ligne de front.


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