19 octobre 2017 / Mis à jour à 16:35 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Pan Afrique - Colonisation - G8 - Autre Afrik
Pour la dignité de l’Afrique, laissez-nous crever
Réflexions sur l’initiative Live 8. Diffusé pour près de 5 milliards de personnes, le Live 8 a offert simultanément une série de concerts géants dans les capitales des pays du G8 pour "aider" l’Afrique à lutter contre la pauvreté. Une "aide" qui, pour certains, infériorise le continent et le maintient dans un assistanat improductif. Coup de gueule.

Le 02 juillet 2005, les plus grands artistes du monde, sauf ceux de l’Afrique curieusement, ont donné des concerts géants dans les capitales des huit pays les plus puissants de la planète (un concert pour les musiciens africains a été organisé à Londres). Objectif de cette mobilisation, attirer l’attention du monde sur la misère de l’Afrique à la veille du sommet du G8 qui se tient du 6 au 8 juillet 2005 à Gleneagles en Ecosse. En fait une opération de lobbying plutôt bon enfant.

Face à cette mobilisation tous azimuts pour dit-on, sortir l’Afrique de la pauvreté, en tant qu’africain, j’éprouve un sentiment plus que mitigé. Vraiment, je suis perplexe. Non pas que je sois l’homme le plus ingrat, le plus sceptique et le plus incrédule de la terre mais tout simplement parce que mon analyse de la situation m’amène fatalement à une conclusion qui finit par m’installer dans cette posture là.

Je suis perplexe parce que je suis persuadé que, malgré la bonne volonté, la bonne foi et parfois même la sincérité des organisateurs de cette mobilisation et en particulier les Organisations non gouvernementales (Ong), cette démarche n’est pas pour moi la façon la meilleure et surtout l’approche la plus digne pour éloigner l’Afrique de la pauvreté et l’installer sur la voie d’un développement durable.

Cette sollicitude permettra à tout le moins aux grands de ce monde de se donner bonne conscience et leur servira de plus value lors des consultations électorales dans leurs pays respectifs ainsi que lors de leurs combats pour le leadership mondial. On imagine aisément un thème de campagne dans un pays du nord où le candidat souligne : « Votez moi parce que j’ai de la compassion pour les misérables de ce monde. Votez moi parce que je milite pour le développement de l’Afrique ».

Cette sollicitude permettra d’engraisser encore plus les réseaux maffieux de pétrole, du bois et des pierres précieuses de même qu’elle aidera à consolider quelque dictature en Afrique et/ ou allumer quelques foyers de la guerre civile. Mais pour ce qui est du développement, il faudra encore attendre.

L’expérience de la gestion scandaleuse pourtant par certaines Ong réputées sérieuses des fonds colossaux collectés pour les victimes du Tsunami est là pour nous montrer qu’un modèle de développement fondé sur la mendicité internationale est voué à l’échec. La mendicité peut permettre à un individu ou à un groupe d’individus de traverser une mauvaise passe mais elle ne saurait servir de base à un véritable décollage.

Au plan individuel, au-delà de la simple subsistance que son métier peut lui permettre de maintenir, aucun mendiant n’a jamais pu créer de la richesse et des emplois. En clair, ils sont rares les anciens mendiants qui ont décidé de quitter le trottoir pour investir le produit de leur mendicité et prospérer. Je doute d’ailleurs qu’au cas où il prospérerait, que l’ex mendiant aurait le courage de déclarer fièrement l’origine de sa richesse comme les autodidactes le font pour l’origine de leur intelligence. Et pourtant c’est ce rôle de clochard international qu’on voudrait continuer à faire jouer à l’Afrique.

Depuis le début des années 60, l’Afrique est assise sur les trottoirs des puissantes nations de ce monde. Habillée en haillon et affichant une mine patibulaire, elle a réussi tant bien que mal à susciter la compassion puis la générosité des peuples nantis et à récolter quelques piécettes. Pourquoi n’a-t-elle pas pu à ce jour fructifié le produit de sa mendicité qu’on appelle pudiquement « aide publique au développement » ? Voilà la question épineuse à laquelle je convie tous ceux qui aiment tant l’Afrique et qui de surcroît disposent des moyens plus dignes pour faire son bonheur. Au lieu de l’encourager à brader sa dignité sur les trottoirs internationaux et à se servir à la soupe populaire. Pendant que je rédige ces lignes, les médias annoncent une aide de quelques milliards de F cfa de la France en faveur de la République Centrafricaine et devant permettre à ce pays - pourtant au sous sol bourré de diamants et d’or - d’assurer le paiement de la solde des fonctionnaires, c’est-à-dire les dépenses de fonctionnement. C’est tout simplement scandaleux.

Un diagnostic rapide montre que l’Afrique qui fait subitement l’objet de tant de convoitises aujourd’hui souffre de plusieurs maux dont malheureusement certains médias occidentaux focalisent l’attention plus souvent sur les manifestions que sur les causes : le Sida, le paludisme, la famine, les guerres ne sont que des fièvres qui cachent des maux bien plus profonds. Voici quelques unes de ces causes.

Au niveau des dirigeants, on relève :

- L’antipatriotisme notoire : Certains dirigeants africains sont prêts à toutes les compromissions pour se maintenir au pouvoir et si besoin était, ils seraient même prêts à régner sur leur pays transformé en cimetière d’où l’accord donné par certains pour l’importation des déchets toxiques ;
- Egoïsme : Chacun n’a de véritable intérêt que pour la petite portion de terrain qui lui avait été léguée par la colonisation. Il n’y a qu’à voir le comportement du président nigérian et président en exercice de l’Union africaine, Olesegun Obasanjo dans le traitement de la crise togolaise. Il coule de source que sa position - pour laquelle il a été prêt à renier le président de la commission africaine - lui a été dictée lors de sa visite officielle en France en mai dernier. Et tout çà parce qu’il veut négocier une place pour son pays au conseil de sécurité de l’ONU ;
- La paranoïa : Les intellectuels et autres cadres qui reviennent dans les pays africains ne peuvent pas trouver un espace propice à l’expression de leur talent parce que les dirigeants les redoutent. De même, les anciens chefs de l’Etat qui sous d’autres cieux sont très souvent une source inestimable de conseil, n’ont de cesse de se faire chercher les poux sur la tête en Afrique et parfois sur ordre de leurs successeurs ;
- La cupidité : Malgré la vigilance et la dénonciation des ONG, certains dirigeants africains continuent de planquer l’argent à l’extérieur du continent.

Au niveau des peuples, il règne :
- La paresse : En dehors des paysans africains qui se tuent au travail pour un rendement toujours minable, la majorité de la classe dirigeante des villes se la coule douce : on arrive au bureau dans le meilleur des cas à 10 heures du matin pour majoritairement honorer quelques rendez-vous d’affaires et/ou galants et on repart aussitôt à 14 heures de l’après midi pour entamer le tour des gargotes et des boites de nuit jusqu’au petit matin. Et on remet le même disque le lendemain ;
- La jouissance : C’est à qui profitera le premier de tous les fleurons de la haute technologie mondiale en matière d’automobile, de téléphonie... C’est à qui découvrira le premier les bien fait d’un séjour paradisiaques en compagnie des plus belles créatures du monde ;
- La tricherie : Dans une ambiance d’imposture généralisée, chacun veut paraître ce qu’il n’a jamais été et qu’il ne sera jamais ;
- L’appât du gain : Tous les moyens sont bons pour accumuler la richesse pour soi et pour soi seulement parfois dans un climat de désolation totale pour les autres. C’est la ruée vers des affaires toujours plus nébuleuses ;
- La couardise : Ces peuples sont prêts à des compromissions scandaleuses afin de sauver leur misérable peau. Incapables de protester, ils sont aussi incapables de s’organiser pour défendre leurs droits les plus élémentaires ?

A la décharge de ces peuples d’Afrique, certains veulent mettre le fait que des décennies de dictature et de répression ont fini par les blaser. Mais ce serait une excuse trop facile pour des peuples cousus de tant de défauts.

Le développement de l’Afrique sera endogène ou ne sera pas. Il sera ce que ses dirigeants et ses fils, une fois débarrassés des tares cités plus haut voudraient qu’il soit. En ce sens, les promoteurs du NEPAD ont perçu le nœud du problème même si leur projet reste encore à l’étape utopique et court le risque de succomber aux coups de butoir des ennemis de l’Afrique, de l’intérieur comme de l’extérieur. La situation de l’Afrique n’est en rien une fatalité puisqu’on sait qu’il y a 40 ans, plusieurs pays de ce continent avaient le même niveau de développement que la Malaisie, l’Indonésie ou la Thaïlande. Aujourd’hui, ces pays, sans compter sur la mendicité internationale se sont courbé, ont travaillé pour développer leur économie, attirer les investisseurs et renverser la tendance. Désormais, c’est en partenaires presque égaux qu’ils traitent avec les pays du nord. On a d’ailleurs vu certains de ces pays, jadis pauvres à l’instar de l’Inde, repousser fièrement l’aide des pays occidentaux lors de la vague meurtrière du Tsunami qui a secoué le contient asiatique en décembre dernier. Ce schéma du développement endogène que nous proposons peut se décliner en six étapes non exhaustives :

- La généralisation de la bonne gouvernance avec la chasse acharnée aux dictatures et régimes corrompus qui continuent malheureusement d’écumer l’Afrique ;
- Le démantèlement systématique des réseaux maffieux dont les ramifications vont jusque dans l’establishment de certaines puissances occidentales ;
- L’arrêt des subventions agricoles aux paysans du nord afin de donner une chance équitable de compétitivité aux produits de l’Afrique ;
- La création des conditions de retour des intellectuels et cadres africains en poste dans les pays occidentaux. Parlant de conditions, je pense à une subvention qui permette de leur offrir une rémunération motivante. Signature d’une sorte de gentlemen agreement avec les dirigeants des pays africains pour les rassurer de ce que ces intellectuels ne s’ingéreront pas dans la politique politicienne ;
- Pour les pays occidentaux qui préfèreraient maintenir les cadres et intellectuels africains, paiement au gouvernement des pays concernés d’une indemnité compensatoire pour assistance technique Sud-Nord ;
- Assurance à donner aux investisseurs du nord voulant le faire, de délocaliser en direction du continent africain afin d’y implanter au moins un tissu industriel au lieu d’en faire le dépotoir de la pacotille et des produits de la contrefaçon comme veut le faire la Chine.

Par contre, toutes les politiques d’annulation de dette, d’augmentation de l’aide publique au développement, d’organisation de concerts géants, de discours misérabilistes sont à proscrire parce que portant des germes d’annihilation de l’effort et d’humiliation.

L’Afrique doit payer ses dettes pour apprendre aussi à marcher la tête haute. Mais une dette juste et justifiée. C’est pourquoi j’en appelle à la réévaluation de la dette pour retrouver son juste montant et le faire payer à l’Afrique pour sa dignité et pour sa performance économique. Pour se développer réellement et définitivement, l’Afrique a besoin de trois choses au moins : un peuple travailleur, des dirigeants éclairés, volontaires et patriotes mais avant tout des utopistes de la trempe de Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Thomas Sankara. En attendant, l’Afrique doit parvenir à une intégration vertueuse. Au bout de ce processus, on aura un continent parfaitement intégré et habité des hommes intègres.

Par Etienne de Tayo, journaliste, promoteur du réseau des journalistes pour l’intégration en Afrique « Afrique Intègre »
Tél. : 06 13 90 11 71
E mail : tayoe2004@yahoo.fr



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