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Société - Allemagne - Pan Afrique - Colonisation

‘African village’ : les zoos humains de retour en Allemagne...
Le zoo d’Augsbourg démontre que les préjugés raciaux ont la vie dure

Alors que l’Allemagne s’interroge sur son passé colonial, à la faveur d’une campagne dénommée Africome 2004-2006, les responsables du zoo d’Augsbourg avec "African village" l’ont fait renouer avec une "attraction" fort honteuse. Celle des zoos humains. Retour sur un évènement qui a défrayé la chronique en Allemagne et qui a choqué l’ensemble de la diaspora noire à travers le monde.



lundi 4 juillet 2005, par Falila Gbadamassi


"African village" est le nom d’une rencontre socio-économico-culturelle, bien évidemment sur le thème de l’Afrique, qui s’est déroulée, du 9 au 12 juin dernier, dans le cadre enchanteur du zoo de la ville d’Augsbourg en Allemagne. Une manifestation qui en a choqué plus d’un au sein et en dehors de la communauté noire, en Allemagne et dans le monde. Internet a été le moyen d’exprimer son indignation contre une forme de spectacle que l’on aurait crue à jamais révolue depuis le début des années 1930 : celle des zoos humains. Nous sommes en l’an 2005 et cela se passe dans la patrie de celui à qui l’on doit "le concept" : Karl Hagenbeck [1].

Ce marchand d’animaux donne corps à son idée en 1874. Ces premières victimes sont des Samoa et des Lapons. Les visiteurs européens les verront vivre in vivo. Depuis cette date, des spectacles de ce type ne cesseront de se multiplier, en Europe, pour le plus grand bonheur des visiteurs avides de connaître des peuplades primitives. Des peuples au rang desquels figurent ces chers nègres que l’on rencontre dans les villages "noirs" des expositions universelles parisiennes et bien plus tard encore.

Alors que l’Allemagne promeut l’image du continent...

La polémique qu’a soulevée la manifestation "African village" n’est pas passée inaperçue d’autant plus que la campagne dénommée Africome 2004-2006 bat son plein. Son objectif : promouvoir l’image d’un continent africain méconnu au sein de la société allemande. C’est que nous explique Katia Bühler, coordinatrice de ce programme mené par la Bundeszentrale für politische Bildung ( Bpb - Centre fédéral pour l’éducation politique). « Nous essayons de montrer l’Afrique moderne, celle qui se développe. Nous nous sommes rendus compte que les Allemands en savaient très peu sur ce continent et que les informations dont ils disposaient, étaient peuplées de clichés. Beaucoup pensent encore que l’Afrique est constituée de petits villages ou encore que ce n’est pas un continent mais un pays dont la capitale serait Johannesbourg."

"De même, poursuit-elle, l’Afrique est très peu présente dans les programmes scolaires tout comme dans les médias. Ces derniers qui, quand ils ne restent pas cantonnés aux thématiques habituelles auxquelles est associé le continent, diffusent, par exemple à la télévision, des émissions fort intéressantes mais à des heures de faible audience. L’Afrique a beaucoup plus à offrir. Et nous avons décidé, notamment à la suite d’une vaste étude menée en 2002, de concentrer, trois ans durant, toute notre attention sur ce continent. »

Un message auquel le docteur Barbara Jantschke, directrice du zoo d’Augsbourg et instigatrice d’"African village" semble peu sensible. C’est en toute bonne foi qu’elle nous explique que son intention n’a jamais été de reproduire des schémas coloniaux en organisant cet évènement. « Nous organisons de nombreuses manifestations au zoo d’Augsbourg. "African village" - je reconnais que cette dénomination est inappropriée - n’est absolument pas la reconstitution d’un village africain comme on me l’a reproché dans les nombreux e-mails que j’ai reçus. Il y a eu un malentendu. C’était un espace où des artisans et des entrepreneurs africains ont pu promouvoir leurs produits. Les organisations d’aide humanitaire qui ont assisté à la manifestation étaient heureuses de l’opportunité qui leur avait été offerte d’attirer l’attention du grand public sur la situation du continent africain. Nous avons reçu près de 700 visiteurs. » De quoi encourager le docteur Jantschke qui envisage d’organiser, la prochaine fois, une rencontre européenne dans son zoo.

« Cela ne peut-être un malentendu ! »

Pour Katia Bühler, « cela ne peut-être un malentendu ! » pour qui connaît l’histoire et le passé colonial allemand. Ceci alors même que sa structure organise des manifestations où sont dénoncés ces zoos humains. Même son de cloche chez Eleonore Wiedenroth-Coulibaly, porte-parole d’Initiative Schwarze Menschen in Deutschland (ISD), une association dont l’objectif est de représenter et de défendre les intérêts des Noirs en Allemagne, qui a milité pour qu’"African village" soit délocalisé. La porte-parole se dit d’autant plus choquée par la tenue de l’évènement que, depuis près d’un an et demi, l’Allemagne renoue avec son passé colonial et s’interroge sur ses responsabilités. « C’est ce qui me met le plus en colère », dit-elle.

Quant aux Africains, qui ont pris part à la rencontre, si l’on s’en tient à son témoignage, leurs motivations étaient d’ordre pécuniaire. Un argument qui a été mis en avant par le Maire de la ville d’Augsbourg face aux protestations de l’ISD. « Ce à quoi nous avons répondu, rapporte la porte-parole de l’association : "Vous pouvez leur offrir l’occasion de gagner de l’argent sur une base plus régulière comme celle de leur fournir un emploi." »

Et Eleonore Wiedenroth-Coulibaly de poursuivre : "African village" nous a permis par ailleurs de découvrir qu’il y avait quelques autres évènements de ce type dans d’autres zoos allemands et dont le nom n’était pas aussi explicite mais dont le contenu était édifiant. Le "Jungle Nacht" (la nuit de la jungle) qui se tient à Osnabrück en est une illustration. Un e-mail que nous avons reçu nous apprenait également qu’il y avait une exhibition permanente de ce genre au musée de Seattle (Etats-Unis). » En Allemagne, conclut-elle, « les stéréotypes, à propos de l’Afrique et des Noirs, sont encore vivaces » bien que de nombreuses personnes aient soutenu officieusement ou officiellement l’action d’ISD.

La Bpb n’a, par exemple, fait aucune déclaration officielle tout comme les autorités allemandes, mais des personnalités appartenant à la structure lui ont exprimé leur soutien. S’il s’agissait encore d’avoir quelques doutes sur la réalité de ces clichés, les derniers sceptiques, avec "African village", ont eu la preuve qu’ils attendaient. Et les responsables du Bpb, loin de se décourager, appréhendent encore mieux l’immensité de la tâche. « Nous n’espérions pas en un an et demi changer la perception des Allemands sur l’Afrique. Il faudra encore une dizaine d’années, dixit Katia Bühler, pour rattraper des pays comme la France ou l’Angleterre qui sont très en avance sur le sujet. »

[1] in Des exhibitions racistes qui fascinaient les Européens - Ces zoos humains de la République coloniale de Nicolas Bancel (Maître de conférences à l’université Paris-XI - Orsay, Pascal Blanchard (Chercheur associé au CNRS et directeur de l’agence de communication historique Les Bâtisseurs de mémoire) et de Sandrine Lemaire (Agrégée et docteur en histoire à l’Institut européen de Florence) - Le Monde diplomatique - août 2000



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