22 juillet 2014 / Mis à jour à 22:36 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Niger - Mines - Enfance
Mines et carrières : l’autre calvaire des enfants au travail
L’OIT célèbre le 12 juin la Journée mondiale contre le travail des enfants. Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT), ils sont au moins un million sur les 245, 5 millions d’enfants qui travaillent dans le monde, à exercer le pénible ‘métier de mineur’. A l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, qui se célèbre le 12 juin, l’ OIT, invite la communauté internationale à s’engager pour mettre fin, d’ici 10 ans, au travail des enfants dans les mines et les carrières.

Ils sont au moins un million, âgés de 5 à 17 ans, dans le monde, sur près de 245,5 millions d’enfants au travail, à s’échiner dans les mines et les carrières. Cette année, à l’occasion de la célébration, le 12 juin, de la Journée mondiale contre le travail des enfants, l’Organisation internationale du travail (OIT) a décidé de mettre un accent particulier sur ce fléau qu’il est, selon elle, possible d’endiguer. Comme le prouve les projets pilotes qui sont menés dans le monde notamment au Niger ou en Tanzanie pour l’Afrique. « Même si les chiffres ne sont pas disponibles, il est certain que l’Afrique, compte tenu de la richesse de son sous-sol, est fortement concerné par ce travail qui est dangereux et éprouvant pour les enfants à qui l’on demande les mêmes efforts qu’aux adultes ». C’est ce que nous explique Laurence Dubois, responsable des programmes IPEC (Programme international pour l’abolition du travail des enfants) en Afrique francophone et dans les pays arabes au Bureau international du travail (BIT).

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Des conditions pénibles et très dangereuses

Au Niger, sur le site de l’exploitation aurifère de Komabangou, qui se situe à proximité du village éponyme dans l’Ouest du pays, le BIT conduit un projet pilote. Dans le cadre de petites exploitations, souvent familiales, à plusieurs mètres sous terre « les enfants travaillent dans des mines verticales dans lesquelles ils descendent avec des cordes. Ils creusent, portent le minerai, concassent les pierres avec des pilons très lourds pour ensuite filtrer la poudre d’or qui en résulte. Même si cela est rare sur ce site, ils sont exposés lors de ce processus à des substances chimiques, comme le mercure, dont l’aspiration provoque des maladies neurologiques. Les enfants vendent également l’or. Outre les enfants impliqués directement dans le processus d’extraction, il y ceux qui évoluent à l’extérieur. Ce sont les vendeurs de petit matériel nécessaire à l’extraction ou de nourriture ou encore les petites filles qui se prostituent auprès de mineurs. Ces enfants, dont la majorité ont entre 10 et 13 ans, ne paraissent pas leur âge car ils ont bien évidemment des problèmes de croissance. Comparé à des enfants en Europe, on leur donnerait 6 ans. », poursuit Laurence Dubois. Les vertèbres, les muscles, les articulations de ces ‘petits mineurs’, qui transportent, selon le BIT, « des sacs de 10 à 25 kg sur des distances pouvant aller jusqu’à 600 m » sont touchés. Sans compter les risques d’effondrement et d’éboulement face auxquels leur faiblesse d’enfant les rend plus vulnérables.

Selon Ibrahim Balla Souley, administrateur national du programme BIT/Ipec, « le projet pilote, qui a débuté en novembre 2002, avait trois objectifs. A savoir la prévention du travail dans les mines, le retrait des enfants mineurs et la formation des parents ». Le premier objectif s’est traduit par la construction d’une classe de CP1. Outre la pauvreté de leurs familles d’origine, l’une des principales raisons qui explique le recrutement des enfants dans les mines et les carrières est l’absence de structures éducatives pour les accueillir. L’école la plus proche du site de Komabangou se situait à 30 km. « Nous avions prévu l’inscription de 70 enfants, ils ont été 90 et aujourd’hui, ils sont 150 et l’école s’est agrandie. Cela est une grande satisfaction pour nous, nous ne nous attendions pas à ce succès ». Les parents sensibilisés ont en effet très vite adhéré au projet de scolariser leur enfant. Concernant le deuxième objectif, 30 enfants, âgés de 13 à 16/17 ans, ont été identifiés et ont été retirés du site. Equipés de charrettes conduites par des ânes, financées par un prêt du BIT que les familles devront rembourser avec les bénéfices de leur activité, la plupart se sont reconvertis dans le transport de l’eau, d’autres dans la restauration. « Nous nous sommes rendus compte que l’eau était la deuxième matière première sur le site. Dans cette zone, où l’eau est chère, son transport est une activité très rémunératrice parce que l’eau est indispensable au travail d’extraction et la source la plus proche se trouve à 5 km », affirme M. Balla Souley. Grâce à cette nouvelle activité, le prix du tonneau de 200 l passera d’ailleurs de 2 000 à 750 F CFA. Enfin, dernier aspect du projet, les parents sont formés aux règles de sécurité minimales à observer dans le cadre de leurs travaux d’extraction. « Nous leur avons également procurés des loupes pour qu’ils puissent apercevoir les pépites d’or dans les minerais. Un travail qu’ils confient souvent à leurs enfants qu’ils estiment posséder une meilleure vue. »

"L’espoir est permis"

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Ce projet pilote a également permis d’expliquer aux orpailleurs la nécessité de construire leur habitation en dehors du site d’extraction. Car un véritable village s’est créé aux alentours de mines de Komabangou. Il compte aujourd’hui près de 70 000 habitants dont 60% sont des familles qui vivent là depuis plus de 15 ans et qui ont, ce qui n’était pas le cas auparavant, des activités agricoles (des activités sédentaires en l’occurence, ndlr) », indique M. Balla Souley. Grâce à cette initiative, des progrès ont été réalisés pour améliorer la situation des enfants employés dans ces mines nigériennes mais la tâche encore reste ardue. Le travail est informel et les populations concernées sont très mobiles. Alors pourquoi le BIT estime qu’il est possible d’endiguer ce fléau ? Laurence Dubois répond. « Nous nous sommes rendus compte qu’avec beaucoup de sensibilisation, quand on explique les dangers encourus par leur progéniture, cela change la mentalité des familles. Des familles qui pensaient que c’était normal parce que cela se fait autour d’eux. Par conséquent, il ne faut pas nécessairement de grands moyens. Dans ces conditions, l’espoir est permis ». De la sensibilisation et une forte implication des gouvernements locaux, comme au Niger où l’Etat participe activement au projet de Komabangou. Il appartient, en effet aux Etats de mettre en place les structures, notamment éducatives qui permettront aux enfants d’être accueillis, et de pérenniser les efforts du BIT. Dans le cadre de la Conférence internationale du Travail de l’OIT qui se tient actuellement à Genève, quinze pays dans le monde, dont le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali, le Sénégal, la Tanzanie et le Togo ont signé ‘un appel à action’. Un document dans lequel ils s’engagent à lutter fermement contre le travail des enfants dans les mines et les carrières.


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