20 août 2017 / Mis à jour à 00:13 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
RDC - Musique
Polémique : Koffi Olomidé chante Guillaume Soro
Effet pervers du libanga. Le chanteur congolais, Koffi Olomidé est au centre d’une polémique en Côte d’Ivoire car il fait l’éloge de « Bogota, G.S, leader éclairé », un des pseudonymes reconnus du chef politique de la rébellion ivoirienne. L’artiste affirme, pour sa part, ne pas connaître Guillaume Soro et avoue qu’il « chante des noms pour de l’argent sans spécialement connaître ces personnes ». Une pratique connue sous le nom de libanga.

Par Koceila Bouhanik

" Je ne suis pas un rebelle". Tels sont les mots d’un Koffi Olomidé pris au cœur de la tourmente. Ces mots, le chanteur congolais (RDC) les a prononcés lors d’une conférence de presse téléphonique, au siège de Mediatics, sa maison de production à Abidjan, pour réfuter les attaques de la presse pro-gouvernementale ivoirienne. Contre-offensive médiatique nécessaire pour s’expliquer sur le prétendu hommage qu’il aurait rendu à Guillaume Soro, Secrétaire général du MPCI (Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire), sur son dernier album Monde Arabe. Dans le morceau “ Riziki ”, les journaux bleus l’accusent d’avoir lancé un atalaku (dédicace) en ces termes : “ Bogota, G.S leader éclairé ”.

Une dédicace pour de l’argent

Bogota, on le sait, était le pseudonyme de Guillaume Soro lorsqu’il avait pris la tête de la Fédération Estudiantine et Scolaire de la Côte d’Ivoire (FESCI) dans les années 1990. Quant aux lettres “ G.S ”, il s’agit simplement des initiales de Guillaume Soro. Mais là où le bât blesse, pour la presse proche du gouvernement, c’est quand le chanteur rend hommage au secrétaire général du MPCI en le qualifiant de “ guide ” et de “ leader éclairé ”.

Mais plus qu’un quelconque soutien ouvert au leader de la rébellion ivoirienne, le véritable coupable serait vraisemblablement : le libanga. « La pierre » en lingala. Cette pierre qu’on ne jette qu’à un arbre portant de bons fruits. Il s’agit ici « d’acheter » des dédicaces dans des chansons. Ce mouvement d’abord issu et réservé à l’usage de la diaspora congolaise, des “ Parisiens ”, s’est progressivement étendu à toute l’Afrique, jusqu’à englober aujourd’hui toutes les personnes en mesure d’apporter une contrepartie (pécuniaire ou autre) pour voir son nom figurer dans les paroles d’un titre de tel ou tel artiste à la mode. Koffi Olomidé est d’ailleurs l’un des grands abonnés de ce lucratif système. Le premier titre de son dernier opus comptant, par exemple, pas moins de 70 dédicaces.

« Je chante des noms pour de l’argent sans spécialement connaître ces personnes »

Koffi Olomidé assure n’avoir jamais eu de contact avec Guillaume Soro : “ Je ne connais pas ce monsieur, je ne l’ai jamais vu et ne lui ai jamais parlé, même au téléphone ”. Il a en outre affirmé sans faux-fuyant : “ Je chante des noms pour de l’argent sans spécialement connaître ces personnes. Dans le cas espèce, c’est votre confrère David Monsoh qui m’a envoyé une liste de noms et de l’argent pour les citer ”, plaide-t-il tout en précisant que le phénomène de l’atalaku est de notoriété publique dans le milieu musical.

Koffi Olomidé se dit être trop attaché à la Côte d’Ivoire qui a contribué à son succès pour prendre position dans la crise qui la secoue : “ Moi, je ne veux pas la guerre. Je me sens concerné par les problèmes des Ivoiriens. Je suis un Ivoirien de cœur ”. A la question de savoir ce qu’en pensent les jeunes Patriotes, l’artiste estime que « les jeunes Patriotes sont suffisamment intellectuels pour ne pas entrer dans une logique politicienne ». Et de poursuivre avec sa volonté d’apporter du baume au cœur de la Côte d’Ivoire meurtrie par la guerre. Attendu à Abidjan pour deux concerts d’union avec ses “ frères ” ivoiriens, il a confirmé sa présence les 25 et 26 mars prochain.

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