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Société - Afrique de l’Ouest - Burkina Faso - Santé - Femmes

Pourquoi l’excision perdure ?
Eléments de réponse glanés en terre burkinabé

L’excision est dénoncée et parfois punie par la justice dans plus en plus de pays africains. Pourtant, elle ne s’arrête pas. Mais à qui la faute ? A l’occasion du Forum des communicateurs traditionnels d’Afrique de l’Ouest sur les violences faites aux femmes qui se déroule au Burkina Faso, Afrik.com a interrogé les participants de la manifestation, mais aussi la rue ouagalaise.


 Dossier : Excision



jeudi 30 septembre 2004, par Habibou Bangré


De notre envoyée spéciale

Comme toutes les traditions, l’excision a la vie dure. Les pays où cette coutume perdure se mobilisent de plus en plus pour dénoncer et réprimer la coutume très répandue en Afrique qui consiste en l’amputation d’une partie du sexe de la femme. Comment expliquer alors que l’éradication soit si difficile à atteindre ? A l’occasion du Forum des communicateurs traditionnels d’Afrique de l’Ouest sur les violences faites aux femmes, organisé par l’Agence de la Francophonie à Ouagadougou (Burkina Faso), Afrik.com a demandé l’avis des participants de l’événement et de la rue ouagalaise.

 Aïchatou, Nigérienne, 34 ans
« Les autorités ne punissent pas suffisamment les exciseuses »


« Je suis juriste et je ne peux condamner que les autorités. Si l’excision existe toujours, c’est parce que les pratiquants et les exciseuses ne sont, en général, pas condamnés. Dans les pays qui ont adopté une législation, il est rare que la loi soit adoptée. Au Niger, il n’y a même pas de loi exclusive régissant ce problème. Nous nous basons sur la Convention internationale sur l’élimination des discriminations sur les femmes, texte ratifié par beaucoup de pays et qui protègent les droits et l’intégrité physique de la femme. Mais même avant cette Convention, il y a les Droits de l’Homme, qui mettent sur un pied d’égalité hommes et femmes, qui n’est pas non plus respectée. Les autorités doivent instaurer une loi qui réprimande l’excision. Pour le moment, si la situation s’est améliorée au Niger, c’est surtout grâce au travail des organisations non gouvernementales qui ont fait beaucoup pour faire avancer les choses. »

 Bakari, Burkinabé, 62 ans
« Il faut pousser la sensibilisation »


« Si l’excision continue, c’est parce que la sensibilisation n’est pas assez poussée. Avec une bonne stratégie, tu peux convaincre six personnes sur dix et peu à peu l’excision va finir. Mais pour convaincre les gens, il ne faut pas parler avec un gros cœur. Il ne faut pas non plus bousculer les gens en parlant avec force parce que les Africains n’aiment pas que l’on leur impose des choses. La bonne méthode est d’agir doucement. Avec les anciens qui ne veulent pas comprendre, il faut être très malin et leur expliquer qu’il faut compter avec l’évolution. »

 Kadidia, Malienne, 60 ans
« C’est uniquement la faute des femmes »


« Arrêtons de nous cacher derrière les hommes (qui bien souvent ne sont même pas au courant que leurs filles ont été excisées), les marabouts et le gouvernement. Si l’excision continue, c’est à cause des femmes. Qui les amène chez l’exciseuse ? La mère, la belle-mère, la grand-mère. Qui excise ? Une femme. Les femmes sont au centre, sans s’en rendre compte, de cette pratique. Ce sont elles qui donnent son activité à l’exciseuse. Car si la femme n’amène pas sa fille, l’exciseuse n’ira pas la chercher. Quand la femme aura compris qu’elle est victime de cette tradition dont elle n’arrive pas à se débarrasser, elle se mobilisera et luttera contre la pratique. Elles sont les seules à pouvoir y mettre fin et à sauver leurs filles. »


 Ousmane, Burkinabé, 28 ans
« Si les autorités sanctionnaient sévèrement les récidivistes, il y aurait un effet dissuasif »


« C’est surtout à cause des autorités que l’excision ne recule pas. Elle ne sanctionne pas assez sévèrement les récidivistes, compte tenu de la gravité de leur crime. Récemment, une exciseuse multi-récidiviste a été condamné ici à trois en de prison ferme. Cette condamnation va servir d’exemple et dissuader les autres. Mais le gouvernement se réveille un peu tard car s’ils avait agit ainsi dès le départ, beaucoup auraient pleinement compris conscience du mal que fait cette pratique.




 Yaya Fanta, Ivoirienne, 50 ans
« Certains intellectuels véhiculent un message dangereux »


« Un jour, la présidente d’un organisation non gouvernementale très connue qui milite pour la promotion de la femme et spécialisée dans la santé m’a dit que l’excision est une bonne pratique, qu’il ne faut pas y voir qu’un acte que nous appelons mutilation, puisque la pratique entre dans le cadre d’une initiation. Une réflexion que je trouve complètement paradoxale et dangereuse car elle contribue à pérenniser l’excision. Si des leaders, femmes de surcroît, tiennent ce genre de discours, cette pratique a encore de beaux jours devant elle. Donc il ne faut pas simplement axer la sensibilisation sur les analphabètes, mais aussi sur les citadins et les intellectuels. »


 Viviane, Burkinabé, 19 ans
« Les parents n’écoutent pas les messages de prévention »


« Les parents de la victime sont responsables de la continuité de l’excision car ils reproduisent ce qu’ont fait leurs ancêtres sans se poser de questions pour poursuivre l’œuvre des anciens. Et cela sans tenir compte des campagnes de sensibilisation. Ils n’écoutent pas le message délivré par ceux qui luttent contre cette pratique et les mères continuent d’amener leurs filles chez les exciseuses. »




 Idrissa, Burkinabé, 23 ans
« La tradition est en cause »


« La tradition est beaucoup trop ancrée dans l’esprit des gens, surtout dans les petits villages et quartiers des zones reculées. Car elle s’est transmise de génération en génération. Il est donc difficile pour les exciseuses de faire une croix sur ce qui représente, pour elles, un héritage de leurs ancêtres. C’est pour ça qu’elles le font en cachette. Par ailleurs, ce qui tend à perpétuer l’excision dans les villages, c’est la fin des excisions médicalisées, qui a poussé les femmes à se rendre chez des exciseuses traditionnelles dans des coins reculés. »


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