Culture - Afrique Centrale - Rwanda - Littérature
Tierno Monénembo : l’écriture au défi du génocide
Tierno Monénembo
Dire l’indicible, peindre le génocide : c’est l’oeuvre titanesque à laquelle s’est attelé l’écrivain guinéen à propos du drame rwandais de 1994.

Vendredi 4 août 2000

Tierno Monénembo n’en est pas à son coup d’essai, puisque cet universitaire originaire de Guinée a déjà publié une demi-douzaine de romans, édités aux Editions du Seuil, parmi lesquels " Les écailles du ciel ", Grand Prix de l’Afrique noire en 1986. Mais avec " L’Aîné des orphelins ", paru en mai 2000, l’écrivain se confronte au défi le plus lourd qu’il ait jamais tenté de relever : dire l’indicible, peindre le génocide, sa logique imprévisible et ses conséquences tragiques.

Et de cette gageure historiquement insoutenable, il fait un coup de maître littéraire. D’abord, en abandonnant tout jugement moral sur les actes des uns ou des autres, puis en faisant, dans son propre texte, une part au creusement de l’amnésie et à l’auto-aveuglement des acteurs et des victimes, enfin en adoptant, pour se rapprocher des événements, le regard vide et incrédule d’un enfant rescapé par miracle, ballotté dans l’angoisse quotidienne d’un perpétuel arrachement.

Il ne faut pas espérer comprendre d’emblée, tant la psychologie balbutiante et obnubilée du héros, Faustin Nsenghimana, va proposer de fausses pistes à suivre, tant les rebondissements seront nombreux. La fatalité qui s’acharne sur lui semblera à plusieurs reprises prise en défaut, proche d’un dénouement heureux. Mais il n’y aura pas de dénouement heureux. Il n’y aura même pas de dénouement, au sens vrai du terme. A aucun moment l’angoisse, l’abandon, la misère, ne se desserreront entièrement.

Que reste-t-il d’une enfance quand les massacreurs l’ont fauchée, quand elle a traversé l’épisode irrationnel et brutal des croix rouges peintes sur les maisons dont les familles sont un beau jour condamnées, sans raison qui vaille. Cette Saint-Barthélémy rwandaise survient en plein jour dans un village où rien ne semblait la rendre possible, qui avait jusque là pu rester à l’écart des affrontements ethniques.

Même les bons sont maladroits

Faustin, de mère tutsi et de père hutu, porte en lui même la négation et le refus de cette folle haine qu’il ne saurait comprendre. Est-il vraiment orphelin, ou seulement égaré, cet enfant jeté sur les routes de son pays après que cette malédiction d’intolérance eut dévasté son existence ? De ses rencontres, Tierno Monénembo tire une peinture juste et crue des malheurs du Rwanda : tous les personnages, vue par les yeux de Faustin, révèlent leurs ridicules et leurs manques.

Même les bons se révèlent maladroits, sourds à sa détresse, et ceux qui veulent lui venir en aide comprennent-ils vraiment ce qu’il recherche, eux à qui il cache, jusqu’au bout, cette tragédie qu’il a vécue et qu’il ne révèle que dans les dernières pages du livre ? Les journalistes occidentaux, qu’il accompagne sur les lieux du génocide, peuvent bien lui faire rejouer, de manière factice, des centaines de scènes atroces qu’il recompose pour leur complaire, celles qu’ "il a réellement vécues, et qui ne sont pas de l’ordre du jeu, sont un hurlement intérieur qu’il ne parvient pas à exprimer.

Tierno Monénembo ne cherche pas des responsabilités, il ne vient pas en justicier, il reste romancier : attaché à témoigner, pour l’avenir, de l’invraisemblable inhumanité de l’homme, de ce comportement de bête fauve qu’il adopte soudain, de l’imprévisibilité de la barbarie, et de la facilité déconcertante avec laquelle en une minute une victime se mue en bourreau, un juste en assassin, un voisin en ennemi mortel. Son livre est sans leçon : il est simple et fort, comme un acte. Car montrer, c’est déjà commencer à résister.

Commander le livre, Seuil, mai 2000


Rwanda

Prison à vie pour le cerveau du génocide rwandais : Théoneste Bagosora

France-Rwanda : le procureur réclame la condamnation de Pierre Péan

La France juge « inacceptable » l’accusation de génocide au Rwanda

Le Rwanda accuse François Mitterrand et Edouard Balladur d’implication dans le génocide de 1994

Plus d’un million de dossiers jugés par les "Gacaca" au Rwanda

L’ombre du génocide de 1994 hante l’église au Rwanda

Le retour au pays de l’athlète rwandais Clavel Kayitaré raconté par son père

« Quelques jours en avril » : un film poignant de Raoul Peck

Branle-bas de combat contre "l’idéologie génocidaire" au Rwanda

Les rescapés du génocide pour des poursuites contre Pierre Péan

« L’opération turquoise » : la fiction française s’empare du génocide rwandais

Génocide au Rwanda : la justice belge condamne l’ex-officier Ntuyahaga à 20 ans de prison

Génocide au Rwanda : la France savait

Plainte du Rwanda contre le juge français Jean-Louis Bruguière

Rwanda : treize ans après le génocide, la justice trouve lentement son chemin

Des avocats américains mettent en cause le Front patriotique rwandais

Génocide rwandais : l’ancien préfet de Kigali jugé par le TPIR

Rwanda : Kigali salue l’arrestation de quatre génocidaires présumés

Rwanda : des témoignage d’officiers français attendus devant le TPIR

Rwanda : le TPIR condamne un prêtre catholique à 15 ans de prison

Rwanda : reprise des auditions des témoins à charge contre la France

Rwanda : Paul Kagamé estime que l’heure est venue de mettre fin à l’ingérence de la France

Rwanda : Le premier pasteur jugé pour génocide par le TPIR sort de prison

Museveni dénonce les ingérences de la France en Afrique

Rwanda : la validité du rapport Bruguière remise en cause

Le Rwanda menace de porter plainte contre la France

Rwanda - France : le ton monte !

Le Rwanda juge « infondées » les allégations françaises contre Paul Kagamé

Rwanda : des audiences publiques sur le rôle de la France dans le génocide

Rwanda : Des propositions pour punir les responsables du génocide

Rwanda : un nouveau film sur le génocide début septembre

Shooting dogs, un autre film pour dire l’horreur du génocide rwandais

Coups de foudre sur le Rwanda

L’Eglise coupable dans le génocide rwandais ?

Sylvestre Gacumbitsi écope de 30 ans de prison

Le génocide rwandais a plus de quarante ans

Tous complices du génocide rwandais

Pax Warrior ou l’interactivité historique

Rwanda : Commémoration cicatrisante

Kigali accuse Agathe Habyarimana de génocide

Crash ou attentat ?

Les « médias de la haine » condamnés

Jean Hatzfeld fait parler les tueurs rwandais

Histoires d’un génocide

Au coeur du génocide

Les soeurs au coeur du génocide

Jean Kambanda : l’aveu du génocide, entre peur personnelle et " courage " tardif

Agathe Uwilingiyimana, martyre et emblème du Rwanda

Génocide rwandais : un rapport de l’OUA accuse les acteurs occidentaux de l’époque

Fin de parcours judiciaire pour le Hutu blanc

réactions
réagir à l'article

Soyez le premier à réagir à l'article

 

lire aussi


Culture

image du jour
   

recherche
 
sur afrik.com    sur le web

newsletter


english edition