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Culture - Afrique Centrale - Tchad - Cinéma

Le cinéma tchadien à l’agonie
Bye Bye Africa de Mahamat-Saleh Haroun

Bye Bye Africa est le premier long métrage du réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun, révélé par Abouna, sa dernière production. C’est aussi le regard d’un cinéaste sur la menace qui pèse sur le cinéma de son pays natal. Chronique d’un cinéma tchadien ravagé par la guerre.



mardi 4 novembre 2003, par Falila Gbadamassi


Bye Bye Africa, c’est l’histoire de Mahamat-Saleh Haroun, incarnant son propre rôle dans cette fiction de 86 mn, où il retourne chez lui, au Tchad, à la suite du décès de sa mère. Le cinéaste profite de l’occasion pour préparer sa prochaine œuvre, Bye Bye Africa, et entame une réflexion en images sur l’avenir du septième Art dans son pays où les salles de cinéma ont été ravagées par la guerre. Matériel obsolète, vieux films, producteurs et distribution quasi inexistants sont les principaux maux d’un cinéma tchadien en déliquescence.

Des lendemains meilleurs

Haroun se promène caméra au poing dans N’Djamena avec son ami Garba, ancien projectionniste du cinéma de son enfance, Le Normandie. Une caméra qui fascine tant son neveu Ali que celui-ci va s’en fabriquer une avec des boîtes de conserve. Fascination aussi du cinéma des futurs acteurs que le réalisateur rencontre en vue de sa prochaine fiction. « Je veux être star », dira l’un deux. Le défi est plus dur à relever du côté des femmes car, dans le pays, les comédiennes sont perçues comme des filles de petite vertu. Défi aussi du côté de la cible de ce cinéma africain, à l’instar du père du réalisateur, qui ne le comprend pas toujours.

Aux frontières du documentaire et de la fiction, Bye Bye Africa est également une réflexion sur la société tchadienne dont les membres aspirent, par le biais de l’émigration, à une vie meilleure. Avec comme exemples, Garba, ancien projectionniste qui rêve de s’installer aux Etats-Unis, ou encore Isabelle, comédienne dans l’une des précédentes productions du réalisateur. Plus qu’un regard porté sur le cinéma, c’est aussi un film sur l’Afrique des préjugés, des illusions perdues et des rêves brisés, comme ceux d’Isabelle.

Signe extérieur de pouvoir

Parce que Mahamat-Saleh Haroun incarne son propre rôle, le spectateur se perd un peu entre fiction et réalité. Un flou entretenu par les différents traitements de la pellicule. En couleurs quand le réalisateur est filmé et en noir et blanc quand c’est sa caméra qui filme. Bye Bye Africa , réalisé en 1998, n’est jamais sorti en salle en France. Mais il a écumé différents festivals et remporté de nombreux prix, notamment celui de la Mention spéciale du jury et celui du Jury jeune pour le meilleur premier film à la Mostra de Venise en 1999.

Après des études de cinéma au conservatoire libre du Cinéma à Paris, Mahamat-Saleh Haroun se lance dans le journalisme. Il revient à ses premières amours et réalise son premier film, en 1994, le court-métrage Maral Tanie. Ce dernier sera primé au Festival "Vues d’Afrique" (Canada), en 1994. Il produira plus tard plusieurs documentaires et court-métrages comme Sotigui Kouyaté, un griot moderne (1996) ou encore Abouna (Notre père), sa dernière production, qui l’a révélé au public occidental et qui a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes en 2002.

Bye Bye Africa de Mahamat-Saleh Haroun. Sortie française le mercredi 5 novembre 2003.

Lire aussi :
Notre père qui êtes parti.
L’Afrique fait son cinéma à Cannes.



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