29 mars 2017 / Mis à jour à 20:51 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Côte d’Ivoire - Pan Afrique - Sorcellerie
La sorcellerie : une réalité africaine
Des pratiques qui effraient. La sorcellerie est très présente dans les mentalités en Afrique. Elle est un des faits de société les plus redoutés sur le continent. Comme en Côte d’Ivoire où l’on définit la confrérie des sorciers comme une secte solidaire dont l’objectif principal est de nuire.

De notre correspondant Mamadou Mbengue

La sorcellerie est un sujet tabou en Afrique. Dès que l’on s’approche des personnes pour leur demander ce qu’elles pensent du sujet, la peur se lit dans leurs yeux. Le regard reste figé. Lors de nos investigations en Côte d’Ivoire, certains de nos interlocuteurs prennent leur distance parce que parler de la sorcellerie équivaut à demander s’il existe des sorciers dans leur famille. La sorcellerie requiert une grande discrétion dans la société. S’afficher et se revendiquer en public comme étant un sorcier en Afrique équivaut a un suicide.

« Des mangeurs d’âme ». Ainsi qualifie-t-on les sorciers dans certaines sociétés africaines. Pour les musulmans, la sorcellerie n’est souvent qu’une utopie. Une idée que l’on se fait sans vraiment de preuves tangentes. Faux, disent les animistes ou les chrétiens. « Nous avons peur de faire des réalisations au village. Souvent, lorsque les gens se rendent compte que tu brilles dans un secteur ou que tu montres un signe de richesse, tu deviens la principale cible des sorciers. Ils vont chercher par tous les moyens à t’éliminer par la sorcellerie. Par pure jalousie », nous explique Valère, un habitant du Plateau à Abidjan. Selon lui, les victimes sont la plupart des personnes fortunées, de haute classe sociale, de brillants cadres, ou des intellectuels.

Démasquer les sorciers

Pour Issa, la sorcellerie existe bel et bien. « Même étant musulman, je crois à ce phénomène. J’ai déjà été témoin d’une histoire étrange. Nous avions organisé une fête à Arras (Abidjan) avec des amis. On a dansé et pris des photos ensemble jusqu’à 4 heures du matin. Après la fête, on nous a appelé vers 5 heures du matin pour nous informer du décès d’une de nos copines présentes à la fête avec nous. Tôt le matin, nous sommes allés développer la pellicule pour avoir les images de la jeune fille. Nous n’avons retrouvé son visage sur aucune des photos. Un vide et une tache noire figuraient seulement à sa place sur les clichés. Ses parents, étonnés de la mort subite de leur fille, y ont vu un acte surnaturel. Ce qui les a amené à organiser une cérémonie funéraire pour démasquer les sorciers », explique-t-il. Une cérémonie courante chez les Akans (ethnie ivoirienne).

Issa se souvient que deux chanteurs, deux batteurs de tam-tam et une fille vierge de 17 ans étaient invités pour animer la soirée. Les chansons et la musique lancinantes appellent les esprits. Tant et si bien que la jeune fille a fini par tomber en transe. « Tout son corps s’est mis à trembler. » Elle a pointé le doigt au ciel et a commençé à décrire le scénario de la mort tragique de la jeune fille. La petite cita le nom de la grand-mère et l’oncle de la fille restés au village. Et finit sur cette sentence « Vous vous êtes réunis en pleine nuit pour manger l’âme de la petite et sucer son sang, bien avant le début de la fête. Vous n’êtes que des sorciers. »

Protégés des balles

Yvonne, dans le même registre, soutient que « la sorcellerie existe depuis fort longtemps chez les Dozos (ethnie ivoirienne, ndlr). Pendant la guerre, les rebelles utilisaient des gilets Dozos pare-balles ». Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, les sorciers auraient, dit-on, le pouvoir de rendre une personne insensible aux balles. Selon elle, les sorciers Dozos ont un pouvoir mystique qui peut les transformer en animal. Pour les confondre, il existerait un encens capable de les démasquer. « Dès qu’on allume le feu et qu’on y met le produit, tous ceux qui sont de la secte des sorciers quittent immédiatement les lieux », affirme-t-elle.

Ecole de la sorcellerie

Dans la sorcellerie, on est parrainé et initié par un proche parent. La communauté se singularise par une solidarité hors du commun. « Une méthode comparable à celle des francs-maçons », commente Kante. La personne devient membre à part entière de la secte après avoir assimilé toutes les techniques. Dès que l’on devient sorcier, on ne doit plus rien refuser aux autres membres de la confrérie. Des sacrifices de parents doivent se faire à tour de rôle. Même si le choix est difficile, il faut livrer la chair de sa meilleure progéniture. Un prix à payer très élevé pour assouvir et garder ses pouvoirs.



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