27 novembre 2014 / Mis à jour à 14:26 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
RDC - Littérature - Enfants des guerres
Les coups de gueule de Bolya
Rencontre littéraire avec Bolya. A l’initiative de nos internautes, l’écrivain congolais Bolya a rencontré les lecteurs d’Afrik, jeudi soir, au cours d’un débat littéraire à Paris. Morceaux choisis.

Afrik.com a invité jeudi ses internautes à rencontrer Bolya, écrivain congolais (RDC) auteur notamment du pamphlet Afrique, le maillon faible qui a suscité bien des passions sur notre forum. Les forumistes ont été nombreux à nous demander d’organiser un débat littéraire avec l’auteur. Vivant au Canada, il était de passage à Paris à l’occasion du Salon du Livre. Il a rencontré une quinzaine de lecteurs d’Afrik, au Jokko (un bar sénégalais de Paris), au cours d’une soirée animée par Baba Wamé, l’un de nos journalistes.

Pour beaucoup, c’est la déception qui a primé. Ainsi, Bahia et sa réaction sur le forum vendredi matin est assez représentative de l’état d’esprit des autres forumistes, comme Doudoune ou X, qui s’étaient déplacés pour l’occasion. " Déception totale ! Mon résumé ne vous ferait aucun plaisir, aussi je préfère céder la parole à ceux et/ou celles qui ont su apprécier le débat, si débat il y a eu. Je suis partie avant la fin. Désolée. " écrit Bahia, restée 15 minutes sur les deux heures de la rencontre. On a ainsi regretté le manque de clarté de l’exposé de Bolya et les trop longues digressions par rapport à l’objet de cette rencontre qui était de parler du livre.

Guerres de lâches

Au-delà d’un discours parfois confus, Bolya s’est pourtant livré avec spontanéité au jeu des questions-réponses. Il s’est défendu d’être un afro-pessimiste, comme pourrait le laisser penser le titre de son ouvrage. " Ce livre, je le portais en moi depuis des années ", a-t-il expliqué. " Au début, je ne voulais pas l’écrire. C’est une commande de mon éditeur. Je lui disais : personne ne veut entendre que toutes les guerres africaines sont faites par des enfants. Que ce sont des guerres de rapines et de lâches. Sur les 300 000 enfants-soldats dans le monde, 120 000 sont Africains. Je vous renvoie d’ailleurs à ces très beaux romans écrits par mes confrères qui traitent du sujet, Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma et Johnny Chien Méchant d’Emmanuel Dongala. Ce sont des mômes qui se battent contre d’autres mômes. Des mômes qu’on drogue, qu’on prostitue, qu’on force à violer. Quand les adultes ne sont pas capables de prendre eux-mêmes leurs kalachnikovs pour aller se battre, c’est vraiment grave. La reconstruction d’un enfant-soldat est quasi impossible. Il est victime de troubles psychologiques que personne ne sait traiter. "

Bolya a expliqué qu’il y a cinq ans, il n’aurait pas fait ce livre, par peur mais aussi parce-que l’opinion publique n’était pas prête. " Aujourd’hui, on peut parler de ce problème. Je crois que le moment est venu de dire les choses, de " les nommer " comme dirait Gabriel Gracia-Marquez. Ce livre est né un peu comme une enquête policière. J’ai cherché à savoir comment les guerres de rapine naissaient en Afrique. Je suis parti d’un document de la CIA trouvé sur Internet qui disait que sur 57 pays africains, 47 étaient en guerre.... Alors que le continent est sous le coup des ajustements structurels du FMI et de la Banque mondiale, où trouve-t-on l’argent pour financer ces guerres ? Par des trafic d’armes, de diamants, de bois précieux, de médicaments, d’espèces protégées.... Le président du Cameroun est le plus gros trafiquant de varans, espèce en voie de disparition, celui du Burkina est un trafiquant d’armes et en Afrique du Sud, on trafique même les fonds marins ! Quelle inventivité dans le trafic ! J’ai mené l’enquête sur les sources de financement que j’ai mises à jour dans mon livre. "

Pour qu’il n’y ait plus jamais d’enfants-soldats

Pour Bolya, les enfants-soldats, en devenant le plus souvent des esclaves sexuels, entretiennent le cercle vicieux de la transmission du sida. L’écrivain rappelle les terribles chiffres de la maladie en Afrique : " Aujourd’hui, 11 millions d’enfants sont orphelins de l’un ou de leurs deux parents. En 2010, ils seront 25 millions et en 2020, 62 millions. Il faut protéger les enfants africains avant qu’ils naissent, notamment grâce à la Nevirapine qui empêche la transmission du sida de la mère à l’enfant. Je n’ai jamais compris pourquoi Thabo Mbeki refusait de donner ce médicament à son pays, l’Afrique du Sud, pays le plus touché du continent. Je ne fais pas de politique, je veux juste que les futures mamans prennent ce médicament. "

L’écrivain avoue son " obsession " : " faire qu’il n’y ait plus jamais d’enfants-soldats ". Il a créé en ce sens une plate-forme pour rassembler les énergies. " Je vous convie à participer à un modeste combat qui est énorme, essentiel ", a-t-il lancé à l’auditoire. Pour finir, il a évoqué son dernier livre qui devrait sortir à l’automne prochain. " Un livre sur mon enfance, à Kinshasa dans les années 60, pendant l’indépendance. Un livre aussi sur les casques bleus des Nations Unies. Je parle de certaines choses qu’on a complètement oublié. Par exemple que Patrice Lumumba a été arrêté alors qu’il était sous la protection des casques bleus. Beaucoup de dictateurs africains sont d’anciens casques bleus. A commencer par leur maître à tous : le général Kotoka qui renverse Nkrumah en 1966... " Pour en savoir plus, rendez-vous en novembre.

Lire aussi : Afrique, le maillon faible de Bolya


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