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La capoeira et le moringue, deux vestiges de l’esclavage
De sports de combat à sports artistiques. La capoeira et le moringue sont deux arts martiaux issus des méthodes de combat et des danses des peuples africains de la période de l’esclavage. Ces pratiques se sont construites en opposition à la société esclavagiste de l’époque. De nos jours, de nombreux fans, africains ou non, cultivent encore ces traditions.

La capoeira est un art martial afro-brésilien qui trouverait ses racines au temps de l’esclavage au Brésil, voire peut-être au Royaume Kongo. L’origine du mot proviendrait du portugais "capoeira" qui désigne le panier en osier avec lequel les esclaves allaient au marché, même si des doutes subsistent encore quant à son étymologie exacte.

Pour certains, cet art martial était enseigné aux guerriers pour affronter les armées d’occupation sur les terres africaines, d’autres pensent que la capoeira est née au Brésil, du mélange des traditions des esclaves originaires de toute la côte atlantique de l’Afrique. Cette seconde option est la plus vraisemblable.

La capoeira exprimait une forme de révolte contre la société esclavagiste en faisant passer l’art martial pour un jeu ou une danse. Et pour ne pas faire paraître l’entraînement comme une préparation au combat, les musiques et les chants accompagnaient les gestes. La capoeira traduirait de même une forme de langage corporel. En effet, les premiers esclaves ne partageaient pas la même langue et auraient utilisé ces mouvements comme moyen de communication inter-ethnique.

De l’art martial d’esclaves à la danse exotique

Après l’abolition officielle de l’esclavage au Brésil en 1888, la capoeira va devenir l’art martial des malfrats et des brigands, des règlements de comptes. Au XXe siècle en revanche, elle va de plus en plus gagner en popularité et en respectabilité. De nombreux artistes brésiliens vont s’y intéresser et les manifestations populaires se multiplient. Ce sera également le cas dans les pays lusophones d’Afrique comme l’Angola ou le Cap-Vert.

Cette pratique va également plaire aux touristes et s’exporter en Amérique du Nord et en Europe. Beaucoup de professeurs vont dès lors l’introduire dans les grandes villes américaines et européennes et séduire le public par son côté spectaculaire, sa musicalité, son exotisme et l’énergie dégagée lors des représentations :

Le cousin moringue

Le moringue est un sport de combat originaire de Madagascar, pratiqué sur cette île mais également à La Réunion et à Mayotte. Son nom dérive du malgache "moraingy", une lutte-boxe. Cette dernière date de l’esclavage, lorsque le Code noir ne permettait pas aux esclaves de se battre. Ils mirent alors au point le moringue qui, comme la capoeira, combine musique, percussions et techniques martiales, afin de ne pas faire naître de suspicion chez les esclavagistes. Il s’agit en réalité d’une boxe violente à poings nus, incluant coups de pieds et coups de tête, dont la pratique diffère selon les trois îles où elle est pratiquée. Or, sa version traditionnelle, violente, est de moins en moins pratiquée au profit d’une pratique plus artistique en tant que danse :

Le moringue va progressivement s’exporter, même si sa cousine capoeira a une longueur d’avance. Ces deux pratiques issues de l’esclavage, vestiges d’une époque révolue, sont plus que jamais d’actualité.

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