26 juillet 2014 / Mis à jour à 04:21 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
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Djibouti : réformer et libéraliser pour réaliser un potentiel prometteur
Jean-Sylvestre Mongrenier, Chercheur associé à l’Institut Thomas More. Pôle de stabilité dans une région difficile, Djibouti est en passe de se transformer en une plate-forme multimodale, porte d’entrée vers l’Afrique orientale et centrale. Toutefois, l’amélioration de la gouvernance économique, politique et juridique conditionne le renforcement du processus de développement et des logiques de globalisation.

Placée au coeur des dispositifs géostratégiques de lutte contre le terrorisme et la piraterie, Dijibouti recouvre aussi d’importants enjeux géo-économiques. La stabilité de la cité-Etat malgré un environnement difficile et le lancement au début des années 2000 d’une politique de libéralisation économique ambitieuse ont généré de la croissance. Toutefois, la poursuite et l’extension de ces réformes, aux niveaux économique, juridique et politique conditionnent la poursuite des processus à l’oeuvre.

Djibouti dispose d’une situation idéale à la croisée de l’Afrique de l’Est, de la péninsule Arabique et du grand axe maritime Europe-Asie. Les investissements réalisés par Dubaï Port World dans les équipements portuaires, la construction de nouveaux terminaux à Doraleh et le programme de privatisation ont permis de rehausser sa position dans le commerce régional et mondial.

Avec le décollage de l’Ethiopie, le désenclavement de l’hinterland africain et l’importance de l’océan Indien dans les flux mondiaux, l’Afrique orientale en général et Djibouti en particulier voient s’ouvrir de réelles perspectives de croissance comme en témoignent les capitaux en provenance du « monde des émergents ». Les élites de Djibouti se donnent d’ailleurs pour ligne d’horizon une destinée similaire à la cité-Etat de Singapour, « hub » global et centre de services de très haut niveau.

Pourtant, le développement économique n’ira pas sans une évolution de la société civile et le développement du contexte politique. Le multipartisme a été instauré en 1999 et des scrutins réguliers ont eu lieu depuis lors (élections présidentielles, législatives, régionales et municipales, la mairie de Djibouti ayant été perdue par le parti présidentiel en 2012). De nouvelles réformes institutionnelles telles que la création d’un Sénat sont en cours de discussion.

De même, la mise en place d’un mode de scrutin proportionnel devrait donner à l’opposition la possibilité de jouer enfin son rôle plutôt que de se cantonner dans l’abstention ou l’hypercriticisme. Il lui faudra aussi se trouver un autre chef qu’Abdourahman Boreh, affairiste richissime dont le nom apparaît dans les rapports de l’ONU sur le trafic d’armes en Somalie.

La mue de Djibouti en un régime constitutionnel-pluraliste requière esprit de géométrie et esprit de finesse. Ainsi, l’application mécanique du scrutin proportionnel pourrait-elle avoir comme effet pervers d’éliminer la représentation de composantes ethniques minoritaires, ce qui viendrait contrarier l’objectif de pleine participation de tous à l’Etat. Les spécificités locales et régionales doivent donc être prises en compte.

La consolidation de l’Etat de droit et la réforme du système judiciaire sont cruciaux par ailleurs, tant pour la protection des biens et des personnes que pour le climat des affaires et l’attraction des capitaux. Le rapport 2011 de la Banque mondiale – « Ease of Doing Business » - souligne les progrès qui doivent être accomplis par Djibouti. La « sécurité juridique maximale » y est posée comme « un impératif pour le développement soutenable du pays ».

L’organisation en juin 2012 par le ministère de la Justice d’un séminaire sur la question, intitulé « Pas de croissance économique sans bonne gouvernance », est un signe positif. Représentante de la Banque mondiale pour l’Afrique orientale, l’Egyptienne Sherine Al-Shawarby y participait et s’est engagée à apporter le concours de son institution aux réformes.

L’histoire est ouverte et il est naturel, depuis les rives du Bab-el-Mandeb, de méditer les succès de Singapour, maîtresse des jeux de l’échange sur le détroit de Malacca, entre Inde et Chine. Souples et agiles, les cités-Etats de ce type sont en phase avec la globalisation. Le chemin parcouru par Djibouti ne doit pas cependant occulter la nécessité de poursuivre les réformes engagées sur les plans économique, politique, judiciaire et réglementaire.

C’est là une entreprise de longue haleine qui requiert détermination, sens de l’équilibre et de la contingence, capacité à faire partager sa vision d’ensemble aussi. Nulle rente de situation, géographique ou autre, ne saurait pallier l’absence de telles vertus politiques.

Pour télécharger la note complète rendez-vous sur le site de l’Institut Thomas More en cliquant ici

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