23 septembre 2017 / Mis à jour à 13:00 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux

Kenya - Sexualité - Cinéma - Femmes
"Paradis : Amour" : Autrichiennes cherchent Cupidon au Kenya

Le film de l’Autrichien Ulrich Seidl est en compétition à Cannes. Le cinéaste autrichien Ulrich Seidl s’intéresse au tourisme sexuel, celui de ses concitoyennes d’âge mur, devenues moins désirables, qui s’envolent pour le Kenya pour tromper une solitude devenue insupportable. Leur cible : des jeunes garçons virils baptisés "beachboys" qui ont fait de leurs faveurs sexuelles un gagne-pain. Paradis : Amour (Paradies : Liebe) et sa vision partiale sont entrés en compétition ce vendredi à la 65e édition du Festival de Cannes.

Pour ses vacances, Teresa a décidé de s’offrir un voyage exotique à plus d’un titre au Kenya. La cinquantaine, l’Autrichienne a un travail émotionnellement pesant et est la mère d’une adolescente qui est l’incarnation de l’âge ingrat. Comme nombre de ses compatriotes, Teresa cherche l’amour au Kenya auprès des fameux "beachboys", ces jeunes hommes qui hantent les plages où viennent séjourner les touristes européens et qui vendent leurs corps aux « femmes blanches » en mal d’affection. Paradis : Amour (Paradies : Liebe), en compétition au festival de Cannes et dont l’équipe a monté les marches ce vendredi, est le premier volet d’une trilogie du cinéaste autrichien Ulrich Seidl consacré à trois femmes de la même famille.

Radioscopie d’une mutuelle exploitation

Ce long métrage décrit sans fard l’exploitation réciproque dont son l’objet aussi bien les Européennes que leurs partenaires africains. Les "Sugar mamas" comme les surnomme les Kenyans, peut-être parce que le porte-monnaie de ces dernières rend leur vie plus douce, ont le pouvoir de l’argent auquel sont associés les Européens dans des pays africains où la misère est une constante. Les relations entre ces femmes et leurs gigolos revisitent les rapports Nord-Sud. Ulrich Seidl l’illustre par un plan fixe récurrent dans Paradis : amour : les corps blancs des Occidentaux, allongés sur leur transat, font face à ceux des beachboys qui attendent que leur prochaine proie franchisse les barrières qui les séparent.

Le film raconte avec force et détails, peut-être trop, la multiplication des amants, des relations sexuelles pas toujours satisfaisantes et la solitude grandissante de Teresa sur cette plage d’un hôtel à Mombasa qui a tout d’un paradis. Chez le réalisateur, la question sexuelle n’est pas suggérée et s’illustre par la nudité pour celui qui aime filmer de « très près » ses comédiens. Elle est omniprésente, portée à son paroxysme par une scène, qui se veut légère mais grave, qui s’apparente à une tentative d’orgie. La nudité est un acteur à part entière du récit, comparé à d’autres œuvres réalisées sur ce phénomène, une façon de rappeler que tout cela se résume à du sexe. Inutile et contre-productive précaution car le malaise plane parfois. La thèse défendue par le cinéaste autrichien est claire dès les premières quatre-vingt dix minutes d’un film qui dure deux heures.

Une seule version des faits

Seidl n’épargne pas non plus son actrice principale Margarethe Tiesel qu’il met à nu au sens propre comme au figuré. Teresa ne veut pas se laisser avoir par le baratin de ces jeunes Kényans, cède pourtant à quelques mots gentils et espère avec un peu d’éducation sexuelle établir la relation idéale qu’elle souhaite. Teresa erre à la recherche de Munga (Peter Kuzungu), son beachboy, dans les quartiers populaires de Mombasa. Dans les rues de la capitale kényane, sur la plage, dans sa chambre, les pas de cette femme d’âge mur sont une course effrénée pour échapper à la solitude. La performance touchante et courageuse de Margarethe Tiesel élève Paradis : amour qui jouit par ailleurs d’un magnifique casting féminin. Son interprétation traduit assez bien le désarroi de ces femmes, souvent racistes, qui deviennent accros à leurs beachboys. Elles sont convaincues qu’après avoir tant payé pour la sœur dont les enfants sont malades, pour le frère qui a eu un accident où pour la motocyclette, elles seront finalement récompensés par l’amour de ces prostitués d’un autre type. Dans la quête amoureuse de ces femmes dont l’âge et les rondeurs disgracieuses ne sont plus attractifs dans leur pays, la puissance supposée des Européennes décroît avec le temps.

L’analyse de Paradis : Amour aurait gagné en pertinence si Ulrich Seidl s’était davantage intéressé aux beachboys qui s’incarnent eux-mêmes à l’écran. Ils sont réduits à leur plus simple expression « de chasseurs de vieilles femmes blanches ». S’il ne partage pas cet avis, le réalisateur l’assume en partie. « Le film parle de ces femmes européennes d’un certain âge qui vont chercher dans ces pays ce qu’elle ne trouvent pas chez elles. Il semble par conséquent évident qu’on allait pas s’intéresser aux beachboys dans les mêmes proportions (...). Mais pour ces hommes qui cherchent à gagner leur vie, devenir un beachboy est un accomplissement », explique-t-il. Ulrich Seidl consacrera néanmoins un projet aux beachboys kényans.


Paradis : Amour (Paradies : Liebe), un film d’Ulrich Seidl
Avec Margarete Tiesel, Peter Kazungu et Inge Maux



dossier
Trois films africains font partie de la sélection officielle de la 65e édition du Festival de Cannes qui se tient du 16 au 27 mai. Le film du réalisateur égyptien Yousry Nasrallah Baad el Mawkeaa (Après la bataille) est en compétition. La section "Un certain regard" accueille, quant à elle, le dernier film du cinéaste marocain Nabil Ayouch, Les Chevaux de Dieu, et La Pirogue du Sénégalais Moussa...


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