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Mauritanie - Association - Esclavage - Politique - Religion - Conflit social
Affaire IRA-Mauritanie : un imam appelle à châtier Biram Ould Abeid
L’affaire des livres religieux brûlés fait toujours grand bruit. Dans son sermon de vendredi, l’imam de la mosquée de Chouvara à Nouakchott, Mohamed Lemine, a appelé les autorités judiciaires à « châtier les auteurs de l’autodafé ». Vendredi dernier, le président de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie, Biram Ould Abeid, avait brûlé des livres religieux qui, selon lui, encouragent la pratique de l’esclavage en Mauritanie.

« Biram et ses fidèles (…) sont des Satan, des criminels qui, si rien n’est fait pour les arrêter, brûleront aussi le Coran, les oulémas (savants religieux, ndlr) et tout le pays. Ils n’épargneront personne, sauf ceux qui suivront leur voie tortueuse. » C’est ce qu’à déclaré ce vendredi, lors de son sermon, l’imam Mohamed Lemine de la mosquée de Chouvara à Nouakchott, à l’encontre de Biram Ould Abeid, le président de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA-Mauritanie). D’après le quotidien mauritanien Al Akhbar, Mohamed Lemine a encouragé la justice à « châtier » celui qui a « osé » brûler des livres religieux. Il y a une semaine, jour pour jour, Biram Ould Abeid a en effet brûlé le Mukhtasar de Khalil, un ouvrage écrit par Khalil ibn Ishaq ibn Musa ibn Shu’ayb, le porte-étendard du madhab malikite en Egypte au 8e siècle de l’Hégire. Selon l’imam de la grande mosquée de Nouakchott, Ahmedou Ould Lemrabott, en commettant cet acte, le président de l’IRA-Mauritanie s’est « démarqué de l’Islam ». Il a également condamné cet acte.

Aujourd’hui, Biram est accusé d’autodafé sur des écrits qui, d’après lui, légitiment l’esclavage dans l’Islam. Il a été arrêté samedi 28 avril par la police anti-émeute de Nouakchott. Selon la presse locale, les forces de l’ordre ont procédé à une arrestation musclée, faisant usage de bombes lacrymogènes. Dans un communiqué, l’IRA a justifié l’acte d’incinération des livres du rite Malikite et a mis en garde les autorités « contre toute atteinte à la personne de Biram ».

« L’Etat s’était bien préparé à ce coup »

Voilà plusieurs jours que les Mauritaniens assistent à un tapage médiatique autour de cette affaire. Selon l’éditorial de Flere.fr, « l’Etat s’était bien préparé à ce coup pour en découdre définitivement avec IRA et son président ». Le site précise que les autorités mauritaniennes cherchent à « distraire la population en occultant le vrai problème ». Pour rappel, la Mauritanie est touchée par des revendications sociales. Jeudi, l’opposition avait organisé une grande marche qui s’est terminée par un sit-in sur la place de la grande mosquée à Nouakchott. Le sit-in qui devait être permanent n’a finalement duré que quelques heures. Car il a été violemment dispersé par la police anti-émeute. Les frondeurs réclamaient le départ du président en place, Ould Abdel Aziz.

Biram, qui fait désormais l’objet d’une affaire d’Etat, n’aura jamais autant fait parler de lui et de son association. Aux dernières nouvelles, il a été inculpé pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Les défenseurs de Biram pointent du doigt « les autorités qui laissent faire l’apologie d’un crime contre l’humanité à travers l’enseignement d’un Islam erroné loin du message originel, qui est le respect d’autrui, la tolérance », rapporte Flere.fr. En 2007, les députés mauritaniens avaient voté une loi criminalisant l’esclavage, encore présent dans le pays. Certains « maîtres » ont toujours du mal à abandonner cette tradition, bien qu’ils risquent jusqu’à dix ans de prison.

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