22 septembre 2017 / Mis à jour à 14:24 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
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Des millions de Camerounais de la diaspora toujours privés du droit de vote

les Sans-papiers et les bi-nationaux ne pourront pas voter. L’Etat camerounais a pris une décision historique en accordant, début août, le droit de vote au Camerounais vivant à l’étranger. Cependant, il a entouré cette mesure de plusieurs restrictions qui au final privent du droit de vote les personnes en situation irrégulière dans leur pays d’accueil et celles qui ont changé de nationalité. L’opposition dénonce une manœuvre politicienne.

De nombreux Camerounais vivant à l’étranger qui ont cru qu’ils pourraient désormais participer à la vie politique de leur pays en votant comme tout citoyen, vont déchanter. Car le droit de vote qui leur est désormais reconnu est soumis à de telles restrictions et complications, que la plupart d’entre eux ne pourront pas en bénéficier.

L’Assemblée nationale camerounaise avait pourtant pris une décision historique, en adoptant, le 6 juillet, la loi autorisant les Camerounais de l’étranger à participer aux élections présidentielles et aux référendums. Dans la foulée, un décret présidentiel promulgué un mois plus tard, le 8 août, était venu rendre cette loi applicable. Mais pas à tous les potentiels bénéficiaires.

En France comme dans les autres pays où vivent les Camerounais expatriés, ce texte a été accueilli avec beaucoup d’attention. Car ce sont plusieurs millions de personnes qui depuis des décennies, sont privées du droit de voter. « Il était inadmissible que même les diplomates à l’étranger n’aient pas le droit de vote », souligne Pierre Mila Assouté, le président du Rassemblement démocratique pour la modernisation du Cameroun (RDMC), un parti de l’opposition camerounaise. Ancien député démissionnaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) au pouvoir à Yaoundé, Pierre Mila Assouté, affirme avoir déposé plusieurs mémorandums, pour attirer l’attention de la communauté internationale sur le refus du gouvernement de Paul Biya, d’accorder le droit de vote à ses compatriotes de l’étranger.

Il n’est pas le seul à avoir entrepris une telle démarche. Il y a quelques années à Paris, le Collectif des organisations de la diaspora camerounaise (CODE) organisait même des votes symboliques, sur le parvis des droits de l’Homme, Place du Trocadero à Paris. Même des membres du RDPC, le parti de Paul Biya, affirment s’être activés en faveur de ce droit de vote. « Cette loi a été une première victoire », s’est réjoui Mvondo Mvondo, président de la Section Nord en France du RDPC. Il jure avoir inscrit l’obtention du droit de vote des Camerounais de l’étranger parmi les priorités de son agenda politique.

Les Sans-papiers ne pourront pas voter

Cependant, ce ne sont pas tous les Camerounais de l’étranger, ayant atteint l’âge requis et jouissant de leurs droits civiques et politiques comme la loi l’exige, qui pourront voter. Le texte adopté par l’Assemblée nationale camerounaise exclut en effet plusieurs catégories de personnes, qui sous d’autres cieux se seraient rendus aux urnes comme tout le monde. Il en est ainsi des personnes en situation irrégulière dans leur pays d’accueil, habituellement appelées « Sans-papiers ». Pour pouvoir voter, les Camerounais de l’étranger doivent se rendre dans les représentations diplomatiques et les postes consulaires de leur pays pour s’inscrire sur les listes électorales. Pour cela, ils doivent être en possession d’une carte consulaire en cours de validité. « Pour avoir la carte consulaire il ne faut pas une demi-journée », indique M. Mvondo Mvondo.

Cependant, cette pièce n’est pas délivrée aux Sans-papiers. « Les circulaires des ambassades du Cameroun demandent un passeport camerounais et un titre de séjour valide comme pièces indispensables à l’obtention de la carte consulaire », explique Guillaume Tené Sop, secrétaire-général adjoint chargé de la communication du CODE. « La nationalité camerounaise n’a rien à voir avec la régularisation. Le gouvernement doit s’occuper de l’ensemble des citoyens », déplore-t-il.

Il n’existe pas de statistiques fiables sur les camerounais Sans-papiers en occident. Cependant, de nombreux observateurs s’accordent à dire qu’ils représenteraient plusieurs millions de personnes. Comme les Sans-papiers, les Camerounais ayant acquis une nationalité étrangère ne pourront pas voter, leur pays, contrairement à bien d’autres, ne reconnaissant pas le principe de la double nationalité. Bien qu’il soit un responsable du RDPC au pouvoir au Cameroun, M. Mvondo Mvondo ne pourra pas voter, car ayant acquis la nationalité française. Il déplore le fait qu’il n’y ait « pas eu d’accord » sur cette question.

Manoeuvre politicienne de Paul Biya

Pourquoi donc autoriser les Camerounais de l’étranger à voter, tout en privant un grand nombre d’entre eux à exercer ce droit ? Pour les opposants à Paul Biya contactés par Afrik.com, en accordant le droit de vote aux Camerounais de la diaspora, le président n’a fait que céder à la pression internationale, car au fond, il ne veut pas de ce vote, qui pourrait le desservir. Pour Pierre Mila Assouté, la loi a été « réfléchie » pour empêcher le vote « redouté » de la diaspora, surnommée les « ennemis de la Nation ». Une analyse partagée par Guillaume Téné Sop qui assure que le vote de la diaspora fait peur au gouvernement camerounais. Il critique ainsi les modalités pratiques du vote, qui se tiendra uniquement dans les ambassades et consuls du Cameroun. « Si le gouvernement était animé d’une bonne volonté, Elections Cameroon (ELECAM, l’organe chargé de l’organisation du scrutin) créerait des bureaux de vote, au lieu de se contenter de quelques représentations et postes consulaires. Ceux-ci imposent d’importants déplacements aux votants qui sont dispersés dans le monde », déclare-t-il.

Même la supervision du vote des Camerounais de l’étranger fait problème. Selon le magazine Journal du Cameroun, ELECAM a envoyé début août une délégation à l’étranger pour organiser le déroulement des inscriptions sur les listes électorales, mais s’est vu enlever ces prérogatives au profit du ministère des Relations extérieures. Pierre Mila Assouté parle de « filouterie politique ». Le CODE a appelé au boycott des inscriptions sur les listes électorales. Au ministère camerounais de la Communication, on observe le silence. Joint au téléphone par Afrik.com, le ministre Issa Tchiroma Bakary a accepté dans un premier temps, de réagir à propos des problèmes relevés dans l’application de la loi sur le vote des étrangers. Il a souhaité d’abord s’approprier le contenu du texte, puis, est devenu injoignable. Ce n’est pas demain que tout Camerounais désireux de voter pourrait être autorisé à participer à la vie politique de son pays.



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