24 septembre 2014 / Mis à jour à 22:56 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Algérie - Maroc - Sahara Occidental - Conflit - Politique
Sahara occidental : vers une escalade de la crise entre Maroc et Algérie ?
Des médias algériens jugent provocateur un discours de Mohammed VI sur le problème sahraoui. De nouvelles négociations entre le Maroc et le Front Polisario se sont ouvertes ce lundi à New York sur la question du Sahara occidental dans une ambiance tendue. La gendarmerie marocaine a ce même lundi démantelé un camp de Sahraouis, faisant plusieurs morts et blessés. Dans un discours prononcé samedi, le roi du Maroc, Mohammed VI, a accusé à demi-mot l’Algérie de manœuvrer pour empêcher la résolution de la crise. Un discours jugé agressif par plusieurs journaux algériens.

Nouveau dialogue de sourds au sujet du Sahara occidental ? Une troisième session des négociations entre le Maroc et le Front Polisario qui défend les intérêts sahraoui s’est ouverte ce lundi, sous l’égide de l’Onu dans la banlieue New-yorkaise, dans un contexte délétère : au même moment la gendarmerie marocaine démantelait brutalement un campement de contestataires au Sahara occidental alors que, samedi, le roi du Maroc a prononcé un discours sur la question jugé provocateur par des médias algériens.

La réunion informelle, la troisième du genre, qui a commencé ce lundi à huis clos à Greentree, Long Island, dans la banlieue de New York, fait suite à la tournée menée en mi-octobre au Maghreb par Christopher Ross, l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental. A cette occasion, M. Ross avait qualifié d’ « intenable », le statut quo entourant la question sahraouie. Outre le Maroc et le Front Polisario, les Etats voisins de la région, l’Algérie et la Mauritanie, ont été invités en qualité d’observateurs.

Tôt ce lundi avant le début de cette rencontre, la gendarmerie marocaine a donné l’assaut pour démanteler un campement dressé le 19 octobre près de Lâayoune, la principale ville du Sahara occidental, par des milliers d’habitants pour protester contre « la détérioration de leurs conditions de vie » et réclamer « emplois et logements. » Une source officielle marocaine a indiqué lundi soir à l’AFP qu’un « gendarme et un membre des forces auxiliaires ont succombé à l’hôpital militaire de Lâayoune suite à leurs blessures, portant à cinq le nombre de victimes ». Tandis que le que le Polisario a déclaré qu’un Sahraoui avait été tué et des « centaines » d’autres blessés dans l’assaut. Cet incident vient s’ajouter à une série d’autres qui ces dernières semaines ont rendu l’atmosphère particulièrement délétère au Sahara occidental.

Les négociations sont dans l’impasse

La rencontre de New York se veut donc décisive pour l’Onu. « Résoudre le conflit du Sahara occidental demeure une priorité des Nations unies et nous espérons que cette prochaine rencontre sera productive et aidera les parties à aller au-delà de l’impasse », avait déclaré la semaine dernière le porte-parole du secrétaire général de l’Onu, Martin Nesirky. La partie est cependant loin d’être gagnée. La partie sahraouie soutenue par l’Algérie et le Maroc se rejettent en effet la responsabilité du piétinement du dossier. « La raison de cette impasse est due à la prétention du Maroc d’imposer au Sahara occidental sa proposition de l’autonomie comme seule base de solution au conflit (…) Le principe d’autodétermination requiert une consultation du peuple sahraoui sur son avenir, y compris l’option de l’indépendance du territoire sahraoui », a indiqué Ahmed Boukhari, représentant du Front Polisario à l’Onu. « L’élément nouveau qui planera sur cette troisième réunion informelle est la volonté du peuple sahraoui, exprimée ces dernières semaines, de rejeter l’occupation marocaine à travers la décision de milliers de Sahraouis d’opter pour l’exode et de construire des camps de réfugiés à proximité d’El Ayoun », a-t-il ajouté.

Pour le Maroc, si les négociations n’avancent pas, c’est parce que « les adversaires » du royaume manœuvrent en coulisse pour leur faire échec. « Autant la position de notre pays s’est distinguée par un souci de clarté, de dialogue et de réalisme, autant les adversaires de notre intégrité territoriale se sont obstinés à fuir leurs responsabilités et à manigancer pour contrarier la dynamique créatrice enclenchée par l’Initiative de l’Autonomie », a déclaré samedi, dans un discours à la nation à l’occasion de la célébration du 35e anniversaire de la Marche verte Mohammed VI, le roi du Maroc. « Il appartient donc à la communauté internationale d’identifier clairement et sans ambages les responsables des entraves obstruant le processus de négociation. Ce sont, en l’occurrence, les adversaires du Maroc qui persistent dans l’immobilisme, l’intransigeance et la division, au lieu de favoriser la dynamique, le dialogue et la concorde », a-t-il poursuivi.

Des médias algériens accusent Mohammed VI de provocation

Vu comme un discours de « fermeté et d’engagement » par certains titres marocains, comme Le Matin qui lui consacre son éditorial de ce lundi, le propos de Mohammed VI a été perçu par une partie de la presse algérienne comme une attaque en règle contre leur pays. « Le souverain marocain a, encore une fois, et cela est devenu une habitude depuis son accès au trône, essayé de fuir ses responsabilités chaque fois que la question de décolonisation du Sahara Occidental est mise sur la table des négociations de l’ONU et tenté d’accabler l’Algérie et de l’accuser de bloquer le processus de règlement de ce conflit », écrit ce lundi El-Annabi. Interrogé par Le Tempsdz, le président du Comité national algérien de soutien au peuple sahraoui (CNSPS), Mahrez Lamari, a laissé entendre que « les propos du roi Mohammed VI s’inscrivent dans cette volonté délibérée du régime marocain de s’opposer à toute tentative de trouver une solution juste et durable au conflit du Sahara occidental. » « Les déclarations belliqueuses du souverain marocain contre l’Algérie sont une preuve supplémentaire que la monarchie alaouite préfère la fuite en avant plutôt que de satisfaire à ses obligations internationales, en vertu desquelles elle se doit d’apporter une réponse claire et sans détours à la question du référendum d’autodétermination », a-t-il poursuivi.

Vu de l’Onu, le temps presse. « Il n’y a pas de doute que le statu quo (sur la question du Sahara occidental) est intenable à long terme étant donné les coûts et les dangers qu’il entraîne », avait analysé Christopher Ross à l’issue d’une audience que lui avait accordée le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, lors de sa tournée d’octobre dans le Maghreb.

Deux autres séries de négociations avaient eu lieu en août 2009 en Autriche et en février 2010 à New York sans apparemment parvenir faire avancer la question sahraouie.

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