Sahara occidental : Mohammed VI met l’Algérie sur le banc des accusés

Le discours prononcé jeudi par le roi du Maroc, lors du 33ème anniversaire de la « Marche verte », aurait pu être un appel au calme. Il n’en est rien. Mohammed VI a critiqué le refus algérien de normalisation entre les deux pays. Depuis 1975, le Maroc et l’Algérie essayent d’imposer leur hégémonie sur le Sahara occidental. Trente-trois ans de conflits autour d’un territoire qui revendique toujours son indépendance.

Trente trois ans déjà. Le 6 novembre 1975, armés de Corans et de drapeaux de leur pays, 350 000 Marocains s’engouffrent dans le désert. Une marée humaine déferle en direction du Sahara occidental. Le roi du Maroc, Hassan II, vient de lancer une expédition aux couleurs du prophète, la «Marche verte». Son dessein : « libérer » l’espace sarhaoui du joug espagnol. « J’ai pensé qu’il m’était permis d’engager la moisson solennelle que Dieu nous donne pour ramener à la Patrie une terre que nous n’avons jamais oubliée », expliquait alors Hassan II. Plus de trente ans après le départ des Espagnols, la question de l’indépendance du Sahara occidental ne semble toujours pas réglée. Le territoire reconnu non autonome par l’ONU attend encore un statut juridique. Il est en proie à un conflit, reflétant à la fois la lutte d’une partie des Sarhaouis pour leur indépendance et la rivalité hégémonique du Maroc et de l’Algérie dans cette région.

L’Algérie accusée

Aujourd’hui, un mur s’est dressé entre les deux pays. Un mur fait de rancoeurs et de souffrances. Depuis 15 ans, le conflit du Sahara empoisonne les relations entre l’Algérie et le Maroc. La frontière terrestre qui les sépare a été fermée en 1994, à la suite d’un attentat islamiste à Marrakech que Rabat avait imputé aux services secrets algériens. Et le temps ne semble pas effacer les tensions.

Le roi Mohammed VI a réitéré jeudi, à l’occasion du 33 ème anniversaire de la Marche verte, ses critiques envers son territoire voisin. « Le refus osbtiné de tous les efforts de normalisation par le Maroc (…) va à l’encontre de la logique de l’histoire et de la géographie, laquelle est incompatible avec la fermeture entre deux pays voisins et frères », a déclaré le roi. Ce dernier a dénoncé la «position officielle» de l’Algérie. « Ce pays cherche à entraver la dynamique vertueuse enclenchée par l’initiative marocaine », a-t-il dit. Devenu un enjeu global, le dossier saharien bloque toujours la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Le territoire est revendiqué à la fois par le Maroc et par la République arabe sarhaouie démocratique (RASD), fondée par le Front Polisario en 1976. Un mouvement indépendantiste soutenu militairement, financièrement et diplomatiquement par l’Algérie. Continuant son discours aux allures de réquisitoire, le roi a déclaré que « son voisin mettait tout en oeuvre pour faire perdurer la situation actuelle, qui fait planer les périls de la balkanisation sur la région du Maghreb et du Sahel ».

Nations Unies et Sahara occidental

Si Rabat cherche aujourd’hui à dégeler ses relations avec Alger, c’est sans doute parce que la région est confrontée à des émeutes répétées. Il espère de ce fait endiguer la crise sociale dans ces régions déshéritées du Sahara occidental. Dans la perspective marocaine, la solution du conflit passe par l’autonomie de ce territoire. Selon le roi, cette initiative du Maroc reste toujours sur la table des négociations menées sous l’égide des Nations Unies. Or l’ONU, depuis les débuts du conflit, n’est pas parvenue à trouver de solution viable.

Le Président de la RASD, Mohamed Abdelaziz a rencontré lundi dernier, à New York, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon. Au cours de son entretien, il a rappelé la nécessité de permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination et à l’indépendance, en vertu de l’application de la charte de l’ONU adoptée en octobre dernier. Selon l’agence de presse sarhaouie, les Nations Unies doivent dans ce cadre « intervenir pour imposer la pleine application des exigences de la légalité internationale qui appelle à mettre un terme à l’occupation illégale du Sahara occidental par le Maroc, aux violations des droits de l’homme par le gouvernement marocain et au pillage des richesses du Sahara occidental (par le Maroc) ».

Indépendance ou autonomie, la question reste sensible et irrésolue. Et le Maroc garde la mainmise sur la région. L’allocution du roi Mohammed VI relance la polémique autour du Sahara occidental et pourrait envenimer plus encore les rapports entre l’Algérie et le royaume chérifien.

Vidéo du discours de Mohamed VI

Des photographies de la Marche verte

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