26 novembre 2014 / Mis à jour à 15:35 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Audiovisuel - Conflit - Vie des médias - Droits de l’Homme
L’Algérie censure Radio Kalima
L’antenne et le site Internet de la radio indépendante bloqués par les autorités. La société Eutelsat a cessé de diffuser jeudi, sur son satellite Hotbird, les programmes de Radio Kalima. L’antenne indépendante, que se partagent deux rédactions algérienne et tunisienne, dénonce une censure commanditée par les autorités algériennes. La veille, le site Internet de la radio a cessé de fonctionner depuis l’Algérie. Reporters sans frontières (RSF) craint que cet acte « n’inaugure le début d’un contrôle d’Internet » dans le pays.

Radio Kalima n’a apparemment plus droit de cité. La société Eutelsat a brutalement mis fin jeudi à la diffusion, sur son satellite Hotbird, de cette antenne indépendante partagée entre une rédaction algérienne et tunisienne. Eutelsat a annoncé au provider de Radio Kalima, basé à Chypre, qu’il cessait sa diffusion au motif que celle-ci ne dispose pas de licence. « Licence ? Quelle licence ? Cela n’a pas de sens, s’emporte, incrédule, Yahia Bounouar, le directeur de Radio Kalima-Algérie. A considérer que c’est vrai, pourquoi ne nous ont-ils pas contactés pour nous prévenir, ou pour nous dire qu’il fallait fournir X document ? ». Pour lui, le doute n’est pas permis. « Nous avons été censurés à la demande des autorités algériennes », dénonce-t-il. Même son de cloche chez la militante tunisienne des droits de l’homme Sihem Bensedrine, qui assure la rédaction en chef de Radio Kalima-Tunisie. Pour elle, l’argument d’Eutelsat est sournois : « C’est vrai que localement, il faut disposer d’agréments auprès des autorités algériennes et tunisiennes pour exercer. Mais pas pour avoir une fréquence. C’est là qu’il y a confusion des genres ».

Coïncidence troublante : la veille de l’interruption de son signal satellite, mercredi, le site Internet de Radio Kalima a progressivement cessé de fonctionner depuis l’Algérie. « Nous craignons que cet acte de censure n’inaugure le début d’un contrôle d’Internet dans le pays », s’est inquiété Reporters sans frontières (RSF) dans un communiqué, vendredi. « Nous demandons aux autorités algériennes de fournir des explications et d’ordonner le déblocage immédiat du site, effectué de manière arbitraire », dénonce encore le texte. L’Ong de défense de la liberté de la presse a également adressé une correspondance à la société Eutelsat lui demandant des explications. « Si Eutelsat ne se ressaisit pas, nous ferons valoir nos droits par voie judicaire », affirme Sihem Bensedrine. Contactée par Afrik.com, la société n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Touche pas à mon audiovisuel !

Pour les responsables de Radio Kalima, les raisons de cette censure sont claires : les autorités algériennes et tunisiennes veulent absolument garder leur monopole sur l’audiovisuel. Créée fin janvier 2010, Radio Kalima-Algérie est la seule radio privée à émettre dans le pays. Elle a remis en cause le monopole d’Etat imposé au secteur depuis 1962, année de l’indépendance. En Tunisie, il existe trois radios et deux télévisions privées. « Mais elles sont toutes détenues par des proches du président Ben Ali », indique Sihem Bensedrine, qui n’a jamais pu décrocher d’agrément pour son média. Les locaux de Radio Kalima à Tunis, lancée en 2008, sont sous scellés depuis plus d’un an, et Bensedrine, sous le coup de poursuites judiciaires, vit aujourd’hui en exil en Espagne.

S’agissant de la censure sur Internet, « l’Algérie s’est récemment dotée de matériels et équipement dernier cri et même envoyé des agents en formation en Tunisie », indique Yahia Bounouar. « Routinière en Tunisie, elle est en train de devenir un modèle qui s’exporte dans les pays voisins », constate de son côté Sihem Bensedrine. Ce n’est pas tout à fait la première fois qu’un site Internet est bloqué en Algérie. Réputé proche des islamistes, le site d’un mouvement d’opposition nommé Rachadn’est plus accessible depuis le mois de janvier dernier. Les autorités algériennes semblent avoir définitivement entamé le virage de la censure sur le Net.


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