23 octobre 2014 / Mis à jour à 22:38 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
dossier : Virginité

Maroc - Religion - Sexualité
Sexualité : l’hymen artificiel, une plaie pour le Maroc ?
Grâce à la société chinoise Gigimo, les femmes peuvent s’offrir une nouvelle virginité. « Like a virgin », tel est le slogan qu’aurait pu utiliser la société chinoise Gigimo pour vendre son hymen artificiel. D’une valeur de 300 dirhams (26 euros), cette poche hydrosoluble qui libère un liquide rouge semblable à du sang, attire de plus en plus de jeunes Marocaines qui souhaitent simuler « la première fois ». Un phénomène qui inquiète les oulémas et leurs sympathisants.

La virginité a-t-elle un prix ? Pour la société chinoise Gigimo, cela ne fait aucun doute. Entre deux vibromasseurs et trois tenues de lingerie sexy, cette boutique en ligne propose sur son site un produit d’un nouveau genre : l’hymen artificiel. Une petite poche de quelques centimètres contenant du liquide rouge, à placer à l’intérieur du vagin, vingt minutes avant la première saillie de Monsieur. « Il va se dilater un peu et vous vous sentirez à l’étroit. Quand votre amant vous pénètre, un liquide semblable au sang suintera de l’objet, juste ce qu’il faut. Ajoutez quelques gémissements, quelques grognements, et vous serez indétectables », prévient le mode d’emploi.

Sexe versus religion

Cet objet, créé en 1993 au Japon et commercialisé dans le monde entier, aurait déjà ses adeptes dans les pays arabes notamment au Maroc. Moyennant 300 dirhams (soit 26 euros), les jeunes femmes en quête d’une nouvelle première jeunesse peuvent recevoir leur nouvel hymen flambant neuf, sous pli discret. Un concept qui fait des émules dans le Royaume chérifien où la polémique sur cet « objet de perdition » enfle. Même si le produit n’est en vente que sur internet, les oulémas de Rabat ont tenu à s’exprimer sur cet hymen artificiel. Et c’est sans surprise, que l’objet a été déclaré produit haram, impropre « aux principes et aux valeurs de l’islam ». Une opinion suivie par de nombreux jeunes Marocains qui ont de suite mis en garde, via Facebook, contre les méfaits de l’hymen artificiel.

Selwa Dlimi fait partie de l’un de ses groupes qui sévissent sur la toile. Pour cette jeune femme, cet objet s’oppose aux valeurs de l’islam qui « interdit les relations hors mariage ». « La religion ne cherche que le bonheur des individus, lorsqu’elle interdit quelque chose, c’est qu’il y a certainement dans cette interdiction un bienfait pour la société en général », soutient-elle. Adelbari Zemzmi, un théologien marocain reconnu pour ses idées avant-gardistes, se veut lui moins tranché. Selon ce député islamiste du Parti de la vertu et de la renaissance, l’hymen artificiel peut être licite pour les femmes victimes de viol ou en cas de perte accidentelle de la virginité. Il n’existe pas d’obligation d’en informer l’époux. « Le mariage est souhaitable dans l’islam et tout moyen pour y parvenir est légitime », a-t-il expliqué dans la presse marocaine.

« Ni putes ni soumises »

Si certains voient dans cet hymen artificiel un obstacle à la religion, d’autres comme Leila y perçoivent la libéralisation de la condition féminine. « Grâce à cet objet, les Marocaines vont pouvoir avoir une vie sexuelle avant leur mariage. Cet hymen, c’est l’occasion pour elle d’être plus libres, de déjouer les règles. Au Maroc, on ne rigole pas avec la virginité. L’ islam, la famille, les hommes exercent une pression sur les femmes pour qu’elles restent pures », confie-t-elle. Même discours chez Nadia [1], une jeune maman de 30 ans. « Moi, j’étais vierge à mon mariage. Je voulais faire plaisir à ma mère et maintenant je le regrette. Si cet objet avait été commercialisé il y a dix ans, je l’aurais utilisé », commente-t-elle.

Ces différents témoignages montrent à quel point il est difficile de se départir du poids de la religion et de la tradition. Encore aujourd’hui dans les campagnes comme dans les villes marocaines, le drap tâché de sang est montré triomphalement à la famille du mari pour que celle-ci ait la preuve de la virginité de l’épouse. « Il y a une hypocrisie ambiante dans ce pays. Les hommes sortent avec plein de femmes mais ils veulent une vierge », explique un sexologue avant d’ajouter que « les Marocaines utilisent l’hymen artificiel par nécessité, pour les contenter ». Néanmoins, d’après ce spécialiste marocain qui a souhaité rester anonyme, la situation s’améliorerait : « Les jeunes parlent de plus en plus de leur sexualité. Beaucoup de couples arrivent dans mon cabinet pour évoquer leurs problèmes. C’est un phénomène nouveau qui pourrait rendre la virginité superflue ».


[1] Le prénom a été modifié.


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Dans nombre de cultures africaines, la virginité d’une femme est précieuse et la perdre peut lourdement affecter son avenir social. Afrik.com explore ce sujet qui, à l’aube du XXIe siècle, demeure brûlant...


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