|
Société
- France
- Histoire - Radio
Identité Nationale : Les « flous de mémoire » du gaulliste Max Gallo
samedi 31 octobre 2009 / par Alexandre Gerbi, pour l'autre afrik / 1 réaction
Télé, radio, presse écrite : depuis des années, Max Gallo fait un peu partout l’apologie du général de Gaulle. Mais quand France Inter balance sur de Gaulle, cela se complique.
Mardi 27 octobre 2009, dans le « 7-10 », journal de France Inter, Max Gallo était invité à donner son avis au sujet du débat sur l’identité nationale que lance l’Etat sarkozyen. L’émission prit un tour atypique lorsque le journaliste Alain Le Gouguec lui posa cette étrange question :
Bizarre « flou de mémoire » Manifestement embarrassé, l’historien fit mine de ne pas connaître précisément cette citation :
Pourquoi Max Gallo fit-il semblant de ne pas l’avoir en tête ? De Gaulle dans le texte D’abord parce que cette réflexion est encore plus gênante qu’il n’y paraît. En effet, la formule est ici tronquée, et même un peu déformée. La citation exacte dit :
L’amnésie de Max Gallo présente un autre avantage. Feindre de ne pas en avoir de souvenir précis permet d’évacuer la date où cette citation fut prononcée. Or Peyrefitte la situe au jour près : le 5 mars 1959. De là, dans sa réponse, M. Gallo peut, sans complexe, renvoyer au de Gaulle de 1940, alors même que cette réflexion date de… dix-neuf ans plus tard ! Somme toute, c’est un peu comme si l’historien, interrogé sur une citation du maréchal vichyste, avait répondu : « Ce que je retiens, moi, de Pétain, c’est le héros de Verdun ». Largage anti-bougnoulisation Pourquoi tant de faux-fuyants ? En réalité, cette citation prend place dans un florilège de réflexions par lesquelles le Général justifia, en coulisses, son entreprise de démantèlement de l’ensemble franco-africain. Le largage de l’Outre-mer visait notamment à empêcher la « bougnoulisation » de la France qu’aurait entraînée l’égalité politique. D’ailleurs, de Gaulle déplora devant Peyrefitte que « nos Africains » aspiraient bien davantage à l’égalité politique et sociale qu’à l’indépendance… Cette citation résume l’un des grands axes de la pensée du Général, partagé par la majorité des politiciens métropolitains de l’époque, qui conduisit à l’exclusion des populations d’Algérie et d’Afrique noire, au gré d’une (re)définition très spéciale de l’identité française, habilement dissimulée sous la rhétorique du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». La Ve République blanciste est l’héritière de cette sidérante machination, en même temps que sa créature... Coupables d’être Français arabo-berbères et musulmans Max Gallo connaît ces méandres. L’hagiographe quasi-officiel du Général préféra donc botter en touche, quitte à participer, ainsi, à une manipulation criminelle. Manipulation criminelle, car pour mieux ensevelir le rêve de la fraternité franco-africaine broyée par de Gaulle entre 1958 et 1962, le régime et ses alliés abreuvèrent le bas peuple de mensonges. Ils firent et font toujours du FLN le glorieux vainqueur de la guerre de « libération » algérienne, et présentèrent les partisans de l’Algérie française de l’Intégration (c’est-à-dire, à l’époque, de l’égalité et de la diversité dans la République) comme des fascistes, et les Harkis comme des « collabos », traîtres au peuple algérien. Recrue de ces simplismes pervers, en l’an 2009, dans les banlieues françaises, une grande partie de la jeunesse exècre les Harkis, maudit de plus en plus souvent la France et brandit, fort logiquement, le drapeau FLN, devenu celui de l’Algérie indépendante… Clef de voûte du système : depuis des décennies, le Général-Président est glorifié, érigé en idole infaillible, presque sacrée, lui qui bazarda les Nègres, lui qui offrit l’Algérie au FLN et lui livra les Harkis pour le supplice et la mort, parce qu’ils étaient coupables d’incarner l’unité franco-africaine qu’il convenait, définitivement, d’anéantir. Parce que les Harkis étaient coupables, aussi, d’être ce qu’ils étaient : des Français arabo-berbères et musulmans... D’ailleurs, les rescapés, parvenus en France, furent enfermés dans des camps. Un révolutionnaire aggiornamento Max Gallo et ses pairs, intellectuels, hommes de médias ou politiques, continueront-ils encore longtemps de mentir et de contribuer, sans toujours s’en apercevoir, à la dislocation de notre cher et vieux pays ? Puisse le débat sur l’Identité nationale, évidemment indispensable compte tenu de l’ampleur des blocages et des intérêts menacés, des compromissions stratifiées, être l’occasion d’un révolutionnaire aggiornamento, et non d’un énième crime contre la France, l’Afrique et leur mémoire commune, tellement falsifiée. Et puissent Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, qui assiègent le Palais Bourbon depuis six mois au nom de quarante-sept ans de martyre Harki, cesser d’être les damnés de la « terre » de la Ve République blanciste, pour devenir, comme leurs pères, des héros africains de la République française. Pardon, de la grande Ve République égalitaire franco-africaine, qui fut assassinée il y a bientôt cinquante ans...
|
|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||