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Identité Nationale : Les « flous de mémoire » du gaulliste Max Gallo
Télé, radio, presse écrite : depuis des années, Max Gallo fait un peu partout l’apologie du général de Gaulle. Mais quand France Inter balance sur de Gaulle, cela se complique.

Mardi 27 octobre 2009, dans le « 7-10 », journal de France Inter, Max Gallo était invité à donner son avis au sujet du débat sur l’identité nationale que lance l’Etat sarkozyen.

L’émission prit un tour atypique lorsque le journaliste Alain Le Gouguec lui posa cette étrange question :
« Ce matin, en préparant cette émission, je suis tombé sur le blog de Gérard Gachet, qui est porte-parole du ministère de l’Intérieur, de Michèle Alliot-Marie. Il écrivait le 1er avril 2007, en pleine campagne présidentielle, une sorte d’éditorial (…), et il citait le général de Gaulle, des propos rapportés par Alain Peyrefitte. Le général de Gaulle définissait la France comme « un pays européen, essentiellement de race blanche, de culture gréco-romaine, et de religion judéo-chrétienne ». Ça laisse pantois, quand même, de voir qu’on puisse se référer à de telles citations, qu’il faut replacer dans un contexte historique, citation sortie de la bouche d’un homme qui est un homme, peut-être, d’un autre siècle… Max Gallo ? »

Bizarre « flou de mémoire »

Manifestement embarrassé, l’historien fit mine de ne pas connaître précisément cette citation :
« Ecoutez, j’ai écrit une biographie du général de Gaulle. Cette citation, je n… je n… En tout cas, elle ne me surprend pas, puisque de Gaulle a fait d’autres citations du genre, « La France est un pays chrétien, Clovis a été baptisé ». Il y avait donc en lui un enracinement dans une tradition française, dans une partie de l’histoire française… Simplement, ce que je retiens, moi, de de Gaulle, ça n’est pas cette citation, qui est réelle, qui est exacte, enfin j’imagine, je ne l’ai pas sous les yeux, mais en tout cas, on peut… Il a fait des discours, des citations semblables… Ce que je retiens de lui, c’est le CNR, c’est Jean Moulin, c’est le choix face à une France qui est celle de Pétain, l’affirmation d’une France républicaine (…) à Londres en 1940. »
A la minute 15’08 : Bizarre « flou de mémoire » pour un spécialiste de Charles de Gaulle, d’autant que la phrase en question est fort célèbre.

Pourquoi Max Gallo fit-il semblant de ne pas l’avoir en tête ?

De Gaulle dans le texte

D’abord parce que cette réflexion est encore plus gênante qu’il n’y paraît.

En effet, la formule est ici tronquée, et même un peu déformée. La citation exacte dit :
« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allé les voir ? Vous les avez regardés, avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » (C’était de Gaulle, tome 1, p. 52)

L’amnésie de Max Gallo présente un autre avantage. Feindre de ne pas en avoir de souvenir précis permet d’évacuer la date où cette citation fut prononcée. Or Peyrefitte la situe au jour près : le 5 mars 1959. De là, dans sa réponse, M. Gallo peut, sans complexe, renvoyer au de Gaulle de 1940, alors même que cette réflexion date de… dix-neuf ans plus tard !

Somme toute, c’est un peu comme si l’historien, interrogé sur une citation du maréchal vichyste, avait répondu : « Ce que je retiens, moi, de Pétain, c’est le héros de Verdun ». Largage anti-bougnoulisation

Pourquoi tant de faux-fuyants ?

En réalité, cette citation prend place dans un florilège de réflexions par lesquelles le Général justifia, en coulisses, son entreprise de démantèlement de l’ensemble franco-africain. Le largage de l’Outre-mer visait notamment à empêcher la « bougnoulisation » de la France qu’aurait entraînée l’égalité politique. D’ailleurs, de Gaulle déplora devant Peyrefitte que « nos Africains » aspiraient bien davantage à l’égalité politique et sociale qu’à l’indépendance…

Cette citation résume l’un des grands axes de la pensée du Général, partagé par la majorité des politiciens métropolitains de l’époque, qui conduisit à l’exclusion des populations d’Algérie et d’Afrique noire, au gré d’une (re)définition très spéciale de l’identité française, habilement dissimulée sous la rhétorique du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

La Ve République blanciste est l’héritière de cette sidérante machination, en même temps que sa créature...

Coupables d’être Français arabo-berbères et musulmans

Max Gallo connaît ces méandres. L’hagiographe quasi-officiel du Général préféra donc botter en touche, quitte à participer, ainsi, à une manipulation criminelle.

Manipulation criminelle, car pour mieux ensevelir le rêve de la fraternité franco-africaine broyée par de Gaulle entre 1958 et 1962, le régime et ses alliés abreuvèrent le bas peuple de mensonges. Ils firent et font toujours du FLN le glorieux vainqueur de la guerre de « libération » algérienne, et présentèrent les partisans de l’Algérie française de l’Intégration (c’est-à-dire, à l’époque, de l’égalité et de la diversité dans la République) comme des fascistes, et les Harkis comme des « collabos », traîtres au peuple algérien.

Recrue de ces simplismes pervers, en l’an 2009, dans les banlieues françaises, une grande partie de la jeunesse exècre les Harkis, maudit de plus en plus souvent la France et brandit, fort logiquement, le drapeau FLN, devenu celui de l’Algérie indépendante…

Clef de voûte du système : depuis des décennies, le Général-Président est glorifié, érigé en idole infaillible, presque sacrée, lui qui bazarda les Nègres, lui qui offrit l’Algérie au FLN et lui livra les Harkis pour le supplice et la mort, parce qu’ils étaient coupables d’incarner l’unité franco-africaine qu’il convenait, définitivement, d’anéantir.

Parce que les Harkis étaient coupables, aussi, d’être ce qu’ils étaient : des Français arabo-berbères et musulmans... D’ailleurs, les rescapés, parvenus en France, furent enfermés dans des camps.

Un révolutionnaire aggiornamento

Max Gallo et ses pairs, intellectuels, hommes de médias ou politiques, continueront-ils encore longtemps de mentir et de contribuer, sans toujours s’en apercevoir, à la dislocation de notre cher et vieux pays ?

Puisse le débat sur l’Identité nationale, évidemment indispensable compte tenu de l’ampleur des blocages et des intérêts menacés, des compromissions stratifiées, être l’occasion d’un révolutionnaire aggiornamento, et non d’un énième crime contre la France, l’Afrique et leur mémoire commune, tellement falsifiée.

Et puissent Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, qui assiègent le Palais Bourbon depuis six mois au nom de quarante-sept ans de martyre Harki, cesser d’être les damnés de la « terre » de la Ve République blanciste, pour devenir, comme leurs pères, des héros africains de la République française.

Pardon, de la grande Ve République égalitaire franco-africaine, qui fut assassinée il y a bientôt cinquante ans...



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