Le lobby écolo-agricole occidental veut-il la mort de l’Afrique ?


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Une agricultrice
Une agricultrice (illustration)

Une des conclusions du sommet organisé par le G8 début juillet en Italie a été la décision de relancer l’aide internationale aux pays en voie de développement et, entre autres, aux pays de l’Afrique sub-saharienne.

Les chefs d’Etat de l’Europe, de l’Amérique du Nord et des autres pays riches on accepté les « conseils » des grandes stars de la musique pop internationale et l’effet sera, tout simplement, que de l’argent des contribuables des pays riches sera prélevé pour le donner à ceux qui, surtout en Afrique, très souvent condamnent à la famine leurs propres concitoyens par des décisions criminelles, une fermeture du marché et un interventionnisme irresponsables. Pop-stars et politiciens se sont dits satisfaits. Pourtant, alors qu’ils vont maintenant montrer au monde leur « générosité », une partie significative du continent africain semble connaître des problèmes toujours plus importants.

Par Carlo Lottieri, professeur de philosophie politique à l’Université de Sienne en Italie et directeur de l’Institut Bruno Leoni.

A l’encontre de ce discours à la mode, il faut répéter que l’aide aux pays pauvres est une duperie. Il s’agit tout simplement d’une fausse générosité financée aux dépens d’autrui (les contribuables des pays occidentaux) qui se transforme immédiatement en un solide soutien à des régimes qui ont déjà fait trop de mal.

Le sentimentalisme irrationnel que les chefs d’État de l’Occident ont exploité pour imposer la logique des aides internationales a tout simplement financé des gens comme Jean-Bédel Bokassa ou Idi Amin Dada: les politiciens occidentaux se sont auto-congratulés de ces décisions, mais la conséquence a été de multiplier les souffrances en Afrique. Dans le bavardage quotidien qui domine souvent la presse occidentale, la rhétorique des aides est toujours destinée à être préférée aux choix politiques responsables, qui visent à respecter la dignité des femmes et des hommes de l’Afrique, en leur permettent d’avoir une réelle opportunité de croissance.

Par ailleurs, même si toutes les ressources destinées aux gens pauvres de l’Afrique étaient effectivement affectées aux populations dans la détresse, il y aurait très peu – pour les gouvernements occidentaux – de quoi être satisfaits : au cours de l’histoire on a en effet du mal à repérer un seul exemple d’une région qui se soit développée grâce aux aides venant de l’étranger. Au contraire, l’aide d’Etat crée toujours une dépendance et étouffe tout penchant à créer, travailler, imaginer de nouvelles initiatives et prendre des risques. Encore une fois, l’aide des Etats riches aux Etats pauvres a souvent l’effet de renforcer des régimes oppressifs, en leur offrant l’opportunité d’accroître encore plus le contrôle qu’ils exercent sur la société, la circulation des idées, et la vie économique.

Pour les occidentaux, il n’y a pas de raison de croire qu’on puisse se donner bon conscience en répétant des programmes qui ont déjà échoué par le passé : on enlève un peu d’argent aux pauvres des pays riches pour le donner aux riches des pays pauvres (comme avait coutume de le dire l’économiste anglais et grand spécialiste de ces problèmes, Peter Bauer). Tout cela peut suffire à se sentir bons et généreux, mais cela n’aide pas les gens dans la misère, parce que pour intervenir de manière efficace il faut surtout donner plus d’opportunités aux individus et aux communautés africaines. Il est donc important de comprendre les principaux problèmes de cet univers et intervenir avec le plus grand courage.

Les dégâts du protectionnisme

Contrairement à ce que disent les protectionnistes en Europe, il serait beaucoup plus sérieux – dans le but de promouvoir le développement de l’Afrique – d’abolir toute forme de protectionnisme et ouvrir la porte à une intégration croissante des économies. Mais tout cela ne plait pas à ceux qui tirent d’énormes avantages de la fermeture des marchés les plus riches et même aux militants de l’écologie anti-libérale comme le célèbre José Bové. Dans une interview très récente, le député français au Parlement européen a farouchement défendu les subventions destinées aux agriculteurs européens : un système qui pourtant empêche les producteurs d’autres pays de vendre leur produits sur le marché italien, français, anglais etc. Selon M. Bové, « le marché mondial n’est pas une réponse à l’alimentation » parce qu’il met en risque la position, l’état de perfusion, des paysans européens et de toute la bureaucratie qui s’engraisse aux dépens de l’économie du Tiers Monde, des contribuables et des consommateurs occidentaux.

La politique économique agricole de l’Union européenne dévore plus du tiers du bilan de cette institution, mais ce qui est pire est qu’elle empêche les consommateurs des 27 pays qui composent l’Union de s’adresser aux producteurs africains, asiatiques, etc. Les conséquences sont néfastes pour tout le monde – même pour les agriculteurs français ou italiens, qui, au cours des dernières décennies, ont perdu leur qualité d’entrepreneurs et leur capacité d’être efficaces, alimentés par les subsides publiques.

Pour vaincre cette bataille, il faut une alliance entre les consommateurs et les contribuables de l’Occident et les agriculteurs et les entrepreneurs du Sud. Plutôt que faire l’aumône aux pays en voie de développement, il faut donner de vraies opportunités aux travailleurs de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal. Mais il est évident que pour réaliser cet objectif il faut avoir le courage de défier le grand lobby écolo-agricole qui domine en Europe et en Amérique du Nord.

Le pacte d’acier entre les agriculteurs européens et l’idéologie protectionniste des écologistes a déjà fait beaucoup de mal aux Africains. Il faut s’opposer à tout cela, au nom du futur et de l’espoir de millions d’européens et d’africains qui ont le droit d’interagir et d’échanger le fruit de leur travail.

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