30 juillet 2014 / Mis à jour à 18:48 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Pan Afrique - Coopération - Développement
Sommet du G-20 : « il n’y aura pas de solution globale sans l’Afrique »
Interview de Youssouf Ouédraogo, conseiller spécial du président de la Banque africaine de Développement (BAfD). Crise financière internationale oblige, les 20 pays les plus industrialisés du monde et les économies émergentes se réunissent ce samedi à Washington pour tenter de redéfinir une nouvelle architecture du système financier mondial. L’Afrique n’est pas invitée à cette rencontre. Mercredi, des responsables du continent se sont réunis à Tunis pour réfléchir à une solution africaine et réclamer la prise en compte des intérêts du continent dans le processus de décision. La Banque africaine de Développement est, entre autres, à l’initiative de cette réunion. Youssouf Ouédraogo, le conseiller spécial du président de cette institution, répond aux questions d’Afrik.com.

Youssouf Ouédraogo a été Premier ministre du Burkina Faso de 1992 à 1994. Avant d’occuper son poste actuel de conseiller spécial du président de la Banque africaine de Développement (BAfD), il a été ministre d’Etat burkinabé, ministre des Affaires étrangères et de la coopération régionale entre 1999 et 2007. Ce titulaire d’un doctorat de 3ème cycle en marketing et analyse des comportements socio-économiques à l’Université de Clermont-Ferrand et de Dijon, estime qu’une solution globale à la crise financière internationale doit impliquer toutes les régions du monde.

Afrik.com : L’Afrique n’est pas invitée au sommet du G-20 qui se tient samedi à Washington. Des dirigeants africains sont montés au créneau pour dénoncer cette mise à l’écart du continent. Comment réagissez-vous à cette absence de l’Afrique au sommet du G-20 ?
Youssouf Ouedraogo :
La demande des dirigeants africains est tout à fait légitime car les problèmes qui vont être discutés à Washington et les décisions qui vont être prises concerneront l’Afrique. Le continent est la seule région du monde qui n’est pas intimement liée aux processus de décisions internationales. Les pays riches doivent comprendre que le monde a changé et que l’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle de l’époque coloniale. Mais en même temps, il faut reconnaître que le processus qui a mené à l’organisation de ce sommet du G-20 ne s’est pas fait sur une base géographique. Il a notamment tenu compte du niveau d’implication des pays convoqués dans l’économie mondiale. Mais cela n’excuse pas l’exclusion de l’Afrique. Il ne faut pas oublier que la plupart des matières premières sont fournies par l’Afrique et si l’Afrique va mal, le monde aura des problèmes. Après la deuxième guerre mondiale, les puissances ont créé les institutions de Bretton Woods pour réguler toutes les économies du monde. Seuls les pays du Tiers monde ont finalement respecté les réglementations de ces institutions. Si les pays développés avaient fait autant nous ne nous retrouverions pas dans la crise actuelle. Le sommet du G-20 est un premier pas pour redéfinir un nouveau monde. Cette rencontre ne peut aboutir à des solutions globales si des régions du monde en sont écartées. Seuls les Africains peuvent mieux exprimer les problèmes du continent.

Afrik.com : Des ministres des Finances et des gouverneurs de Banques centrales se sont réunis mercredi à Tunis, pour réfléchir à des solutions africaines face à la crise. Qu’en est-il sorti ?
Youssouf Ouedraogo :
Il faut d’abord dire que cette conférence était indispensable parce que toutes les régions du monde s’organisent pour trouver une solution à la crise financière internationale. Notre objectif est tout d’abord d’évaluer la situation de l’Afrique face à cette crise qui, pour l’instant, reste un chaos potentiel pour le continent. Tous ses effets n’ont pas encore été déterminés. Les ministres des Finances et gouverneurs sont donc convenus qu’il fallait que le système financier africain continue sa discipline à travers les réglementations des organisations sous-régionales comme la Communaute Economique et Monetaire de l’ Afrique Centrale (CEMAC) ou l’Union économique et monataire ouest africaine (UEMOA). Nous devons continuer à rester vigilants et à maintenir la stabilité macro-économique. L’Afrique connaît actuellement sa plus longue période de croissance, nous devons travailler pour maintenir cette tendance. Etant donné que la plupart des pays africains dépendent de l’aide, il a été recommandé de travailler pour que les flux financiers en faveur du développement ne soient pas atteints de façon significative. Enfin, cette conférence a voulu appeler les pays qui se réunissent samedi à Washington à prendre en compte le continent dans leur décision.

Afrik.com : Le communiqué final de la conférence de mercredi a également évoqué la création d’un comité de ministres et de gouverneurs de banques pour réfléchir à des mesures concrètes face à la crise. De quoi s’agira-t-il exactement ?
Youssouf Ouedraogo :
Nous sommes, pour l’heure, à l’étape de réflexion. Dans les semaines à venir le contenu du mandat de ce comité et son rôle précis seront définis.

Afrik.com : Est-ce que tous les pays présents à cette conférence s’entendent sur les démarches à suivre pour éviter une conséquence grave de la crise pour le continent ?
Youssouf Ouedraogo :
Absolument ! Les ministres présents mercredi, sont ceux-là même qui devaient participer aux négociations entre les pays d’Afrique du Caraïbe et du Pacifique avec l’UE à Bruxelles le même jour, mais ils ont donné la priorité à cette réunion. C’est la preuve de l’intérêt qu’ils portent au sujet. Les discussions ont été menées de telle sorte que tous les participants se sont impliqués dans la réflexion. J’ai été impressionné par la qualité des analyses. La déclaration finale qui a marqué la fin de cette conférence est consensuelle. L’Afrique a fait preuve d’une nouvelle capacité d’analyse collective et de recherche de solutions communes. Nous sommes rentrés dans un nouveau format d’intégration. Ce qui s’est passé mercredi n’est pas un achèvement mais un début d’une communautarisation des défis auxquels fait face l’Afrique.

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