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Pan Afrique - Finance - Banque
La crise financière menace-t-elle l’Afrique ?
Des économistes et des financiers s’expriment. En août 2007 éclatait la crise des subprimes aux Etats-Unis. Plus d’un an après, elle est loin d’être terminée. La récente faillite de Lehman Brothers en est la preuve. En Afrique, au Maghreb en particulier, des mouvements de panique ont eu lieu sur des places financières. Quelles peuvent être les conséquences de cette crise pour le continent noir ? Analyse.

Lundi 15 septembre. Lehman Brothers, quatrième banque d’investissement de Wall Street, se place sous la protection de la loi sur la faillite. Une manière politiquement correcte d’annoncer sa faillite. Le système financier mondial plonge dans le rouge. Georges Bush annonce, dans la foulée, un plan de sauvetage des institutions financières de Wall Street de 700 milliards de dollars. « Que le ciel nous vienne en aide à tous, si ce plan (qui attend d’être validé ndlr), ne passe pas », avait déclaré Henry Paulson, le secrétaire d’Etat américain au Trésor.

Dans le même temps, la panique s’empare de plusieurs places boursières en Afrique : au Maroc, en Algérie, au Nigeria, au Kenya….. Plusieurs banquiers africains interviennent alors pour rassurer les investisseurs. « Nous ne sommes pas concernés par la crise internationale car nous n’avons pas de subprimes dans nos banques. Nos banques ne portent pas ce genre d’actifs qui a causé la perte de la prestigieuse banque américaine », a indiqué le gouverneur de la Banque centrale marocaine, Abdellatif Jouahri. Le même discours a été tenu au Nigéria, en Algérie, etc… L’impact de la crise financière internationale sur l’Afrique devrait donc être limité.

Les conséquences varient suivant les pays

Au-delà de toutes ces allégations, quelles peuvent être les vraies répercussions de cette crise financière internationale, qui ébranle le système capitaliste dans son ensemble, sur le système financier africain et l’économie réelle du continent ? En été 2007, au lendemain de l’éclatement de la crise, un banquier marocain affirmait, « nous n’avons rien à craindre. Grâce au sous-développement nous sommes immunisés ! »

Pas tant que ça, nous a répondu Jose Gijon Spalla, économiste en Chef pour l’Afrique et le Moyen Orient au centre de développement de l’OCDE. « Les conséquences de cette crise, dit-il, peuvent varier selon le niveau de développement des pays ». L’effet de contagion peut donc atteindre des Etats comme l’Egypte, l’Afrique du Sud ou le Maroc, dont les systèmes financiers sont plus intégrés au système international. Des Fonds occidentaux en quête de diversification de leurs investissements ont injecté beaucoup d’argent sur ces marchés, écrit The African Executive. Les baisses constatées sur les places boursières de ces pays paraissent donc normales. Il s’agit d’un problème de confiance, explique l’économiste de l’OCDE, parce que « les investisseurs se disent que si les Etats-Unis sont frappés, ce ne sont pas ces pays africains qui seront épargnés ».

Il faut, par ailleurs, noter que cette crise est d’abord une crise de financement. Les entreprises financières, notamment les banques de certains pays africains, vont être touchées. Car elles ne pourront pas recevoir de fonds de la part de leurs consœurs occidentales. Si les banques occidentales, pour des raisons de solvabilité, refusent de se prêter de l’argent entre elles, il y a de fortes chances qu’elles ne veuillent pas financer les banques africaines. Et si ces dernières ne peuvent pas bénéficier de ces crédits, elles se retrouveront dans l’incapacité de prêter à leurs clients (particuliers ou entreprises). La crise se répercute alors sur l’économie réelle.

L’aide au développement pourrait en souffrir

Ce n’est pas tout. « La plupart des gros projets (publics ou privés), en Afrique, sont financés par des fonds étrangers et quand ceux-ci n’ont pas de visibilité, ils deviennent réticents à investir », ajoute Mivédor Ekué, Chargé de portefeuille à la Banque africaine de développement (BAD). Des projets pourront donc être suspendus sur le continent.

Autre conséquence, d’ordre général, pour le continent, selon Jose Gijon Spalla : « Si une récession survient sur les marchés développés notamment aux Etats-Unis, cela pourrait entraîner la baisse de la demande, donc de la production. Conséquence : les demandes en matières premières vont reculer. » Pour les pays africains essentiellement producteurs, il s’agit là d’une mauvaise nouvelle. De même, cette crise peut aussi entraîner la chute du dollar. Les matières premières étant cotées en billet vert, une baisse de son cours va provoquer la baisse du revenu des entreprises productrices, qui en général sont publiques. Les pays de zone F CFA, par exemple, en raison de l’arrimage à l’euro, vont produire dans une monnaie plus forte et vont vendre moins chère.

D’autre part, les pays développés ont pris des engagements en matière d’aide vis-à-vis des pays pauvres. « Si déjà en période normale, ils ont du mal à tenir ces promesses, sans doute qu’en temps de crise, ils auront encore plus de mal », note M. Spalla.

Quelles solutions pour l’Afrique dans ces conditions ? « C’est difficile de prendre des mesures quand on est dans cette situation », indique l’économiste de l’OCDE. C’est sûr, les pays africains n’ont pas les moyens de changer le cours des événements en Occident. Les solutions qui peuvent être mises en œuvre pour amortir les effets de cette crise en Afrique seront essentiellement structurelles.



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