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La France, une bonne planque pour les dirigeants africains ?
Une plainte a été déposée contre cinq chefs d’Etat africains pour « détournement de biens publics ». Deux organisations non-gouvernementales ont déposé une plainte, mercredi, au parquet de Paris, contre plusieurs chefs d’Etat africains accusés de corruption et de détournements de fonds publics, dont une bonne partie serait « recyclée » en France. Leur patrimoine, que ces dirigeants ne peuvent justifier avec leur seul salaire, s’élève aujourd’hui à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Omar Bongo le Gabonais, Denis Sassou-Nguesso le Congolais, Eduardo Dos Santos l’Angolais, Blaise Compaoré le Burkinabé ou encore Teodoro Obiang Nguema le Guinéo-Equatorien sont sur la sellette. Une plainte a été déposée, mercredi, au parquet de Paris, contre ces cinq chefs d’Etat africains et leurs familles pour « recel et détournement de biens publics ». A l’initiative de ce recours juridique, l’ONG Transparency International (TI), qui lutte contre la corruption dans le monde, et des ressortissants gabonais et congolais, représentés par William Bourdon, avocat et président de Sherpa, une association de juristes spécialisé dans les affaires économico-financières.

Des propriétés et des voitures de luxes à gogo

Les chefs d’Etat africains visés par la plainte comptent parmi les plus pauvres de la planète. Au pouvoir depuis des dizaines d’années, ils détiennent pourtant « un patrimoine mobilier et immobilier considérable que leurs salaires ne peuvent expliquer », explique Julien Coll. Joint par Afrik.com, le délégué général de TI ajoute que, « pour quatre d’entre eux, leur patrimoine a été confirmé grâce à un rapport préliminaire » établi l’an dernier par la police française. « Il est même plus important que ce qui avait été estimé », ajoute t-il.

Le rapport de police répertorie ainsi pas moins de 50 propriétés de luxe pour la grande famille Bongo/Sassou-Nguesso (le président congolais est le beau-père d’Omar Bongo), dont certaines sont situées dans les rues huppées de la capitale parisienne. Parmi elles, Omar Bongo possède un hôtel particulier près des Champs-Elysées acquis en juin 2007 pour près de 19 millions d’euros. En 41 ans de pouvoir absolu, il a su faire fructifier son capital. Il en va de même pour les autres chefs d’Etat. Avec quelques propriétés et surtout une vingtaine de voitures de luxe en leur possession - qui valent, pour certaines, jusqu’à un million d’euros pièce -, la famille Obiang Nguema n’est pas en reste. En revanche, la police n’a rien découvert de probant qui appartienne à M. Dos Santos et M. Compaoré, hormis les deux propriétés parisiennes de l’épouse du dirigeant burkinabé.

Des comptes en banques bien remplis

Entre 100 et 180 milliards de dollars : c’est l’estimation des fonds placés à l’étranger par des dirigeants africains au cours des dernières décennies, selon le rapport « Biens mal acquis... profitent toujours », publié en mars 2007par le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD). Pire : d’après une estimation de Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds Monétaire International (FMI), les chiffres dépasseraient les 1 000 milliards de dollars si on inclut les proches des dictateurs !

Une précédente plainte a été déposée pour les mêmes faits et contre les mêmes dirigeants l’an dernier. Elle a été classée sans suite par le parquet de Paris, jugeant les infractions « insuffisamment caractérisées ». « Il est très possible que les intérêts économiques et diplomatiques ont été pris en compte, même si ces allégations ne sont pas prouvées », déclare M. Coll. Il explique cependant que « les présomptions de détournements d’argent public sont fortes à leur encontre », ce qui justifierait les milliards de dollars que les dirigeants possèdent à l’heure actuelle.

Combattre le recyclage des fonds détournés

Pour éviter que la plainte ne soit classée sans suite une seconde fois, « on a adopté une stratégie juridique », explique Maud Perdriel, juriste pour Sherpa. « On a déposé une plainte simple qui sera nécessairement classé sans suite. Mais c’est une étape préalable pour déposer une plainte avec constitution de partie civile. Lorsqu’elle sera jugée recevable, l’instruction sera ouverte », affirme-t-elle.

A trop piller les ressources de leur pays, de nombreux dirigeants des pays du Sud ont fini par accroître les inégalités. Et la crise alimentaire en cours n’arrange rien. « Il est donc nécessaire de restituer l’argent détourné aux populations. Si la justice détermine que l’origine des avoirs est illicite, ils ne doivent pas être recyclés sur un territoire étranger au pays d’origine, et le pays qui les détient doit s’assurer de sa bonne restitution », déclare M. Coll.

« Il est difficile d’anticiper ce qui va se passer. Mais Sarkozy (le président français, ndlr) s’est engagé à changer les relations franco-africaines lors de sa campagne présidentielle », poursuit-t-il, rappelant malgré tout l’épisode « Jean-Marie Bockel », ex-secrétaire d’Etat français à la Coopération débarqué après avoir annoncé « le décès de la Françafrique ».

Le statut d’immunité des chefs d’Etat risque de se dresser contre les plaignants. Cependant, le délégué général de TI estime que leur « recours juridique [est] solide et juste ». « On compte sur les médias pour relayer l’information et ainsi mobiliser davantage la société civile », conclut Mme Perdriel.



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