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Algérie - Religion
Algérie : la loi sur le prosélytisme inquiète tous les chrétiens
Un prêtre catholique condamné attend son procès en appel. Le cadre législatif mis en place en 2006 pour combattre le prosélytisme en Algérie inquiète les catholiques alors qu’il visait a priori les églises évangéliques qui sont familières de cette pratique. Un prêtre a été condamné fin janvier pour avoir prié avec des immigrés camerounais.

L’inquiétude monte au sein de la communauté catholique d’Algérie. Un prêtre a été condamné le 30 janvier dernier dans le cadre de la loi du 20 mars 2006 mise en place par les autorités algériennes pour lutter contre le prosélytisme. L’Eglise catholique, qui n’est pas concernée par cette pratique, se considérait jusqu’ici à l’abri de cette loi. Cette certitude a été fortement ébranlée. « Nous sommes entrés, depuis quelques mois, dans une étape plus difficile à vivre de l’histoire de notre Eglise d’Algérie », écrivait Monseigneur Henri Teissier, l’archevêque d’Alger, dans l’éditorial du dernier bulletin du diocèse [1]. Selon lui, « certains groupes cherchent à réduire (la) présence (de l’Eglise catholique) et (lui) suscitent des difficultés ». Son sentiment est l’expression du malaise ressenti par la communauté chrétienne en Algérie qui se justifie par « un ensemble de mesures qui ont frappé les chrétiens évangéliques », explique le Père Gilles Nicolas, l’économe du diocèse d’Alger, joint au téléphone. Il n’y a pas un jour, ajoute-t-il où la « la dénonciation du prosélytisme (ne) fait (pas) la "Une" des journaux » en Algérie.

L’Eglise catholique victime d’amalgame

Le père Pierre Wallez a été condamné à un an de prison avec sursis et à 200 000 dinars d’amende pour avoir dirigé une prière dans le bidonville de Maghnia, ville située à la frontière avec le Maroc. Prêtre dans le diocèse d’Oran depuis quarante ans, il rendait visite à des immigrés camerounais relevant de son secteur d’activité et partageait un moment de recueillement avec eux le 26 décembre 2007, sans célébration de la messe, précise le communiqué de l’évêque d’Oran, Alphonse Georger, quand il a été remarqué par une patrouille de police. Il ne sera contrôlé et interpellé, « en possession (…) du matériel nécessaire au culte (qu’il n’avait pas exercé) », que le 9 janvier par la gendarmerie en compagnie d’un médecin algérien de confession musulmane. « Les services de police et de gendarmeries savaient que depuis 9 ans la prière était assurée de temps à autre auprès des migrants non algériens et chrétiens de naissance », note le communiqué à la décharge du prêtre.

Le père Wallez a fait appel d’une décision que Monseigneur Teissier, l’archevêque d’Alger, a jugée « exagérée » dans un entretien accordé à L’Osservatore Romano [2]. Le responsable ecclésiastique avait formulé, au lendemain de l’adoption de cette loi contre le prosélytisme, l’espoir qu’elle n’affecte pas ses activités. Le prêtre est accusé d’avoir violé les dispositions de la loi de 2006 sur l’organisation des cultes non musulmans bien qu’il n’ait pas procédé pas à la célébration d’une messe. Une infraction au vu des « articles 5 et 7 de l’ordonnance du 28 février 2006 règlementant la pratique des cultes non Musulmans », précise le document publié par l’évêque d’Oran. Ils stipulent notamment que les cultes ne doivent pas se dérouler « en dehors des édifices prévus à cet effet ». Pour l’instant, « il n’y a rien de nouveau », indique le Père Nicolas, à propos de la procédure d’appel engagée par le prêtre oranais. Le soignant, qui a écopé d’une peine plus lourde - deux ans de prison avec sursis -, a également fait appel de la sentence.

Plusieurs chrétiens évangélistes ont déjà fait les frais de ce dispositif législatif contre le prosélytisme, notamment en Kabylie où les églises évangéliques prolifèrent. Plusieurs d’entre elles ont été interdites en vertu de cette même loi.

Lire aussi :

- Loi contre le prosélytisme : l’église d’Algérie dans l’attente
- Qu’est-ce qui pousse les Algériens à se convertir au christianisme ?


[1] "La Semaine religieuse d’Alger" daté de février 2008

[2] Le quotidien est publié le soir, et daté du lendemain, par le service officiel d’information du Vatican.



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