22 juillet 2017 / Mis à jour à 04:39 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Maroc - Homosexualité - Justice
Maroc : le mariage de Ksar El-Kébir était-il réellement gay ?
L’affaire a défrayé la chronique durant plusieurs semaines. Le tribunal de première instance de Ksar El-Kebir (Nord) a condamné six hommes à des peines de prison, le 10 décembre, pour avoir participé à un prétendu « mariage gay » en novembre dernier. Ce jugement, dont le groupe a fait appel, aurait été rendu sans preuve flagrante. Certains accusent les intégristes, traqués par le pouvoir, d’avoir instrumentalisé l’affaire à des fins politiques.

Le 18 novembre, plusieurs dizaines de personnes se sont réunies dans une maison de Ksar El-Kébir pour une soirée festive. Sur une vidéo notamment diffusée sur le site de YouTube, on voit des hommes s’amuser et danser, mais aussi un homme habillé… en robe de mariée. Le lendemain, la rumeur d’un « mariage gay » fait le tour de cette petite ville paisible, située à quelque 120 km au Sud de Tanger. Certains medias, dont le quotidien indépendant arabophone Al Massae, s’en font l’écho dans leurs colonnes. Résultat, le mercredi et le vendredi qui ont suivi la fête, des manifestations - violente pour la dernière - ont été organisées à Ksar El-Kébir.

Manifestations homophobes

La semaine suivante, six personnes soupçonnées d’avoir commis des actes homosexuels durant la soirée sont arrêtées. Appelé fin novembre à s’exprimer sur cette affaire, le ministre marocain de l’Intérieur a déclaré au parlement qu’« il n’a pas été confirmé à ce jour aux services compétents qu’il s’agit d’un mariage entre pervertis sexuels comme cela a été rapporté par certaines composantes de l’opinion publique locale ». « Dans l’attente des conclusions définitives des investigations, a poursuivi Chakib Benmoussa, des données montrent qu’il s’agit d’une fête personnelle marquée par des rituels de charlatanisme que les personnes concernées avaient coutume d’exercer localement. »

Les images de la soirée qualifiée de « mariage gay »

Ces « données » vont dans le sens des déclarations des six hommes, qui ont tous nié le « mariage gay ». Fouad, le principal mis en cause - qui a des antécédents judiciaires - a par ailleurs expliqué qu’il voulait juste « réaliser une vision » où une femme lui demandait de s’habiller comme elle. Le tribunal de première instance de Ksar El-Kébir a cependant choisi de condamner les accusés, il y a tout juste une semaine. Trois écopent de six mois de prison et deux de quatre mois. Fouad, également accusé de trafic d’alcool, se voit infliger une peine de 10 mois.

Demandes de libération

Tous ont fait appel. D’autant que, d’après l’avocat de Fouad, le procès était « inéquitable » et le verdict non fondé. « L’acte d’homosexualité dont on accuse les six prévenus n’a pas été prouvé, il n’y a ni témoignage, ni date, ni lieu de l’acte supposé », a indiqué Me Mohamed Sebbar à l’AFP. Un autre avocat de la défense a pour sa part souligné que rien ne prouve une violation de l’article 489 du code pénal, qui condamne d’une peine allant jusqu’à trois ans de prison et 1 000 dirhams (environ 88 euros) d’amende « quiconque commet un acte impudique ou contre-nature avec un individu de son sexe ».

C’est sur cette base que plusieurs associations de défense des droits des homosexuels, notamment en Espagne, et organisations des droits humains, comme Human Rights Watch, ont demandé la libération immédiate des détenus. L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) a pour sa part rappelé dans un communiqué son attachement aux libertés individuelles et en particulier en ce qui concerne la vie privée.

Les islamistes en embuscade ?

Surtout, elle s’est insurgée contre ce qu’elle estime être une récupération politique du « faux mariage homosexuel ». « Le bureau central, après avoir passé en revue toutes les données qui lui sont parvenues sur cette affaire, a conclu qu’il y a eu une exploitation politique de ce qui est arrivé avec une instrumentalisation du discours intégriste », explique l’association.

Selon les informations rapportées par certains medias locaux, les intégristes auraient joué un rôle de premier plan dans la contestation populaire. Le Reporter explique qu’en amont de la première manifestation un homme, « apparemment un barbu », a dénoncé la soirée du 18 novembre. « Il a exhorté les foules à dénoncer "Al Mounkar" (l’acte prohibé) pacifiquement et ce en protestant. En peu de temps, la foule des protestataires sortie de la mosquée est passée d’une soixantaine de personnes à plus de 1 000 manifestants », écrit la journaliste de l’hebdomadaire.

Quant au quotidien progouvernemental Aujourd’hui Le Maroc, il indique que, suite aux articles d’Al Massae, « des mouvances intégristes ont appelé au "Jihad" contre le Maroc qui serait devenu, selon eux " un pays d’impies et de dépravés" ». Si l’on en croit ce journal, les intégristes tenteraient de décrédibiliser le régime. Un régime qu’ils accusent de les traquer.

La manifestation violente contre la maison de l’organisateur du « mariage gay »



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