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Discours de Nicolas Sarkozy à Alger
Voici dans son intégralité le discours du président Nicolas Sarkozy, prononcé lundi 3 décembre à Alger devant les chefs d’entreprises français et algériens.
Alger – Lundi 3 décembre 2007 Mesdames et Messieurs les Ministres, Madame la Présidente du MEDEF, Monsieur le Président du Forum des Chefs d‘Entreprises, Mesdames et Messieurs, C‘est en m‘exprimant devant vous que j‘ai souhaité commencer cette visite d‘Etat. Parce que je suis venu en Algérie pour parler d‘avenir. Parce que je suis venu pour bâtir. Bâtir entre nos deux peuples un partenariat d‘exception. Parce que j‘attends de vous que vous soyez des acteurs essentiels de cette grande ambition en multipliant entre nos deux pays les projets, les emplois, les solidarités concrètes.
Notre relation n‘a pas d‘équivalent. Ce n‘est pas qu‘une question d‘histoire. C‘est d‘abord une affaire de géographie : nous sommes voisins de part et d‘autre d‘une mer qui a toujours été un trait d‘union et non une barrière. C‘est enfin et surtout l‘intensité unique de la relation entre nos deux peuples. La communauté algérienne est la première communauté étrangère en France. Mais plus important encore, c‘est aujourd‘hui un français sur dix qui éprouve pour l‘Algérie des sentiments très forts parce qu‘il y est né, parce qu‘il y a vécu, parce que ses parents ou ses grands-parents en sont venus et ont fait le choix de s‘établir en France. Faire le choix d‘une pleine intégration dans notre République ne signifie pas renoncer à ses racines. Au contraire : les deux doivent aller ensemble, et c‘est ainsi que nous pourrons bâtir dans l‘ouverture, la tolérance, le respect de l‘autre, un avenir partagé. En France comme en Algérie, nous devons combattre avec une détermination sans faille toute expression de racisme, toute forme d‘islamophobie, toute forme d‘antisémitisme. Quand on menace un Arabe, un Musulman ou un Juif en France, on menace la République. Le racisme, l‘islamophobie, l‘antisémitisme ne s‘expliquent pas, ils se combattent. Ce qui vaut pour la France vaut partout ailleurs dans le monde. Il n‘y a rien de plus semblable à un antisémite qu‘un islamophobe. Tous deux ont le même visage, celui de la bêtise et celui de la haine.
Oui, j‘ai confiance. Oui, je crois en l‘avenir de l‘Algérie. Une Algérie stable et pluraliste, prospère et dynamique, capable de transformer sa richesse d‘aujourd‘hui en investissements pour demain. Une Algérie où tous les Algériens doivent pouvoir espérer un avenir meilleur. Participer à cette grande ambition est dans notre intérêt. Parce qu‘un échec de l‘Algérie serait aussi un échec pour la France et serait un échec pour toute l‘Europe. Nous devons tous contribuer à l‘avenir de l‘Algérie, dans le respect de ses choix et de ses souhaits, avec amitié. Mieux : dans un esprit de fraternité. C‘est pourquoi nous devrons aussi aller plus loin pour faciliter la circulation des personnes entre les deux rives de la Méditerranée. Mesdames et Messieurs,
En juillet dernier, j‘avais demandé au Président Bouteflika ce qu‘il attendait de la France. Il m‘avait répondu : « aidez-nous à entrer dans le club des pays émergents ». Je n‘ai pas oublié ce message. La première façon pour nous de le faire, c‘est d‘abord d‘encourager nos entreprises à participer à l‘effort de modernisation de l‘Algérie et à y investir. Les contrats que nous allons signer demain s‘élèvent à plus de 5 milliards d‘euros ! Il s‘agit pour l‘essentiel d‘équipements structurants pour la modernisation de l‘Algérie : tramways d‘Oran et celui de Constantine, gestion du métro d‘Alger, maîtrise d’Œuvre d’une autoroute, ligne ferroviaire, usine pétrochimique, barrages, centrale thermique. Demain, je l‘espère : des TGV, des Airbus, des centrales nucléaires. Les entreprises françaises savent faire et répondront toujours « présent » quand on aura besoin d‘elles.
Dans le message du Président Bouteflika, j‘ai également entendu l‘invitation faite aux entreprises françaises à investir davantage en Algérie, à l‘aider à diversifier son économie, à l‘aider à conforter par le résultat le bien fondé des réformes économiques jusqu‘ici entreprises.
Mais il faut maintenant passer à la vitesse supérieure ! Au regard du potentiel offert par l‘Algérie et de l‘importance de nos relations, nous pouvons, nous devons faire beaucoup mieux ! J‘appelle nos chefs d‘entreprise à s‘engager plus encore. Le marché algérien est riche de promesses. L‘Algérie a aujourd‘hui des finances parmi les plus saines du monde et un exceptionnel programme d‘investissements : 180 milliards de dollars sur 5 ans ! Des réformes ont été engagées pour moderniser l‘économie. Je salue les efforts d‘ouverture accomplis depuis l‘an 2000, avec la mise en oeuvre de l‘accord d‘association avec l‘Union Européenne et les négociations en vue d‘une accession à l‘OMC. La France soutient ces réformes, la France aidera l’Algérie, dans le respect des compétences de l’Union européenne, en vue de son entrée à l’OMC. J‘aurai aussi l‘occasion de rappeler au Président Bouteflika que les entreprises françaises sont prêtes, depuis longtemps, à investir dans le cadre du programme de privatisation du gouvernement algérien, dans le secteur industriel, dans le secteur bancaire. Concrétiser ce type d‘investissement, ce serait donner un signal formidable de notre volonté de travailler ensemble. La France veut travailler avec l‘Algérie. Certes, on me dit que les réformes prennent du temps et que des obstacles divers subsistent pour les investisseurs. Mais nous ne sommes pas là pour nous cacher derrière les problèmes. Nous sommes là pour en parler, pour avoir des échanges francs et constructifs avec les autorités algériennes. C‘est le sens du « livre blanc » qui a été rédigé. Je félicite les entreprises françaises présentes sur le terrain qui en sont à l‘origine, car elles ne se sont pas contentées de faire la liste des difficultés, elles ont, à chaque fois, en liaison avec leurs homologues algériennes qui rencontrent les mêmes problèmes, suggéré les solutions possibles. Investir en Algérie, c‘est d‘abord faire confiance à l‘Algérie pour se développer, et pour se réformer. Nous avons confiance et c‘est cela la première signification de ma visite. Vous n‘avez pas besoin d‘amis pour les bons jours, qui vous laisseront tomber les mauvais jours. Dans la politique, on est spécialiste de ce genre d‘amis. Ce n‘est pas cela que je suis venu proposer à l‘Algérie. Je suis venu proposer qu‘avec nos entreprises, on crée des emplois en Algérie, on investisse en Algérie, parce qu‘investir en Algérie, c‘est investir pour la stabilité de l‘Europe et de la France, pas simplement pour la stabilité de l‘Algérie. Je veux que la France redevienne le premier investisseur étranger en Algérie. Nous en prenons le chemin, avec les investissements envisagés par TOTAL à Arzew et par GDF sur le gisement de TOUAT, qui représentent environ 2 milliards d‘euros. Je me réjouis également du projet d‘ALSTOM de construction d‘une usine de montage de tramways ici, en Algérie.
Une autre façon d‘aider l‘Algérie à entrer dans le club des pays émergents, c‘est de la soutenir dans sa politique d‘amélioration de la formation. C‘est l‘un des axes forts de ma visite et je veux en faire la priorité de notre coopération au cours des prochaines années. C‘est le sens de la « Convention de Partenariat » qui sera signée demain. La France a déjà participé à la création de l‘Ecole Supérieure des Affaires, qui vient d‘être classée meilleure école de management du continent africain. Nous aidons également à la création du futur « Institut supérieur de Technologies », à la réforme des grandes écoles, sans parler des bourses que nous accordons à des étudiants algériens. Je soutiens l‘ambitieux projet d‘Université algéro-française qu‘il faudra bien réaliser un jour, et arrêter d‘en parler. En tout cas, la France est prête pour ce projet. Enfin, les entreprises françaises et algériennes ont un rôle essentiel à jouer dans la création de cette Union Méditerranéenne qui me tient à coeur. Le précédent de la CECA en Europe a montré l‘importance des entreprises dans l‘intégration européenne. Votre forum est le fruit d‘une relation de confiance entre organisations professionnelles françaises et algériennes, qui est appelée à occuper une place centrale dans la communauté d‘affaires méditerranéenne. L‘Algérie a tous les atouts pour réussir : elle a les ressources, mais surtout, l‘Algérie a la jeunesse, la jeunesse est un défi, mais elle est une richesse. J‘en parlerai à Constantine, devant les étudiants.
Je vous remercie.
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