23 novembre 2014 / Mis à jour à 21:06 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Algérie - France - Justice
L’avocat de Michel Lévy répond à Cheb Mami
« Il est regrettable qu’il n’assume pas ses actes », estime Me Laribi. Suite à l’interview de cheb Mami parue dans notre édition du 10 juin, nous avons sollicité une réponse de maître Mohamed Laribi, avocat algérien au barreau de Paris chargé de la défense de Michel Lévy, l’ex-manager de Mami et qui ne pouvait s’exprimer, étant tenu par le secret de l’instruction.

Pour avoir accompagné vingt années durant le duo gagnant que formaient Michel Lévy et cheb Mami, il importe de rappeler ici, deux ou trois choses que je sais d’eux. Il serait absurde de croire — et faire preuve d’ignorance des us et coutumes du show-bizz — que la gloire et la notoriété n’incomberaient qu’à un seul de ces deux hommes. Leur première rencontre remonte à 1985. A l’époque, cheb Mami effectue un séjour parisien pour s’équiper en matériel de musique et en profite pour se produire dans trois cabarets, chaque nuit : Le Monseigneur, La Khaïma et le Omar Khayam. Alors que les organisateurs du 1er festival de raï de Bobigny (20-23 janvier 1986) cherchaient Mami à Oran, ce dernier est mis en contact avec eux par l’intermédiaire de Michel Lévy, qui n’est pas tout à fait un inconnu. Il a, en effet, accompagné ou managé la carrière de 150 artistes maghrébins depuis Idir et Aït Menguellet jusqu’à plus récemment Bilal, Réda Taliani et Fadéla, en passant par Matoub Lounès, Reinette l’Oranaise, cheb Kader et Lili Boniche.

Après Bobigny, Mami s’installe à Paris et demande à Michel Lévy de devenir son manager. S’ensuit l’enregistrement d’un premier album Douni el Bladi, sanctionné d’un premier Olympia. En 1987-1988, Mami effectue son service national en Algérie. Le 8 mai 1989, Michel Lévy lui organise son 2e Olympia, suivi d’une tournée aux Etats-Unis et au Canada. En 1990, Mami enregistrera son Let me raï dont la promotion aura malheureusement à pâtir de la première guerre du Golfe (février 1991). Les trois années suivantes, les tournées mondiales se succèdent. En 1995, c’est l’enregistrement à Los Angeles de Saïda avec un concert au Bataclan, mais surtout, avec la signature, pour la production de 5 albums, avec Virgin une des majors du disque. Mami est au sommet ...et le cinéma le sollicite. Il partage ainsi avec Khaled l’affiche de 100% arabica de Mahmoud Zemmouri. En 1997, il remplit le Zénith (7000 places) deux soirs de suite, tandis que sort son album Meli-Méli qui le projette au firmament de la scène internationale ! D’autant qu’en 1999, en duo avec Sting, c’est l’album Désert Rose qui triomphe. Enfin, le 29 décembre 2001, il fête ses 20 ans de carrière à Bercy à guichets fermés (15 000 spectateurs !). On peut juste observer qu’à partir de cette époque, Cheb Mami fréquente assidûment les allées du pouvoir et surtout, un certain Abdelmoumen Khalifa... L’artiste semble avoir cédé le pas à un homme d’affaires qui a investi dans l’immobilier...

Selon maître Laribi, les déclarations de Cheb Mami sont mensongères

Au vu du parcours de cette « sucess-story », il est difficile d’imaginer que seule la voix exceptionnelle du cheb explique la réussite. Celle-ci revient en partage à cet homme de l’ombre, toujours effacé, qu’a été Michel Lévy. Subitement, cet ami fidèle se serait-il transformé en monstre pour embarquer Mami dans un mauvais polar ? C’est à cela que tente de répondre maître Laribi : « Je tiens à répondre à l’interview de cheb Mami, d’autant qu’elle est truffée de mensonges et de contrevérités.. A la première question : Pourquoi avez-vous quitté la France alors que vous étiez sous contrôle judiciaire ? » Mami répond : « Ce n’est pas dans l’intention de fuir que j’ai quitté la France. J’étais en liberté provisoire déjà. » A cela, je dis : « Mami était sous contrôle judiciaire avec l’obligation de restituer ses deux passeports, français et algérien, assorti de l’interdiction formelle de quitter le territoire français. N’est-ce pas là une manière de fuir ? D’autant qu’il a rejoint l’Algérie en traversant l’Espagne en voiture avec au passage une halte au consulat d’Algérie de Madrid, où il a fait renouveler un ancien passeport algérien périmé, (selon le Monde du 9/06/07). A la deuxième question, où le journaliste lui fait remarquer qu’il n’est pas revenu en France, Mami répond : « Parce que le jugement n’a pas eu lieu. » Or, déjà, il avait interdiction formelle de quitter la France.

Le 14 mai dernier, j’ai demandé personnellement au juge d’instruction d’organiser une confrontation entre cheb Mami, Michel Lévy et Isabelle Simon, la plaignante. Cheb Mami ne s’est pas présenté pour s’expliquer alors qu’il en avait fait la promesse à ses avocats. Dans la même question, Mami affirme : « Après trois mois et demi de détention et après enquête, l’on a trouvé que je n’y étais pour rien dans cette affaire. C’était juste une idée de mon manager Michel Lévy (Ndlr : d’organiser la tentative d’avortement sur la personne d’Isabelle Simon). Et c’est lui qui a tout organisé. » Or, comment matériellement Michel Lévy aurait-il pu organiser cet avortement alors même qu’il se trouvait à Paris, en ce mois d’août 2005, la preuve étant que Michel Lévy n’a jamais déposé de demande de visa auprès du consulat d’Algérie. Et son passeport a, d’ailleurs, été vérifié par le juge d’instruction qui a pu constater, de visu, l’absence de visa durant cette période. Par contre, à cette date-là, cheb Mami, lui, était bien présent en Algérie.

Qui donc avait intérêt à contacter, à Alger, deux soi-disant médecins pour pratiquer clandestinement un avortement sauvage perpétré de nuit dans une villa de cheb Mami, sur la personne d’Isabelle Simon, laquelle se trouvait à Alger pour un reportage professionnel, sinon le père de l’enfant ? A la question : « N’y a-t-il pas eu un deal au début ? », Mami répond : « Une année après, cette femme s’est manifestée. Il fallait déposer plainte le lendemain, mais pas une année après. » Or, les faits incriminés à Alger remontent au 28 août 2005. La victime a déposé plainte à Paris le 21 novembre 2005, soit moins de trois mois après les faits, et ce, après avoir reçu des appels téléphoniques anonymes de menaces... En conclusion, je tiens à faire remarquer que les tests ADN demandés par la juge d’instruction ont confirmé que cheb Mami est bien le père de l’enfant. Il est pour le moins regrettable qu’il n’assume pas les conséquences de ses actes et qu’il en soit réduit à se trouver un bouc émissaire en la personne de son ex-manager Michel Lévy et qu’il invoque, de plus, un soi-disant complot antiarabe. La ficelle est un peu grosse, s’agissant d’une pure affaire de droit commun, qui aurait pu être évitée par un moyen contraceptif masculin, surtout lorsque l’on est le parrain de différentes associations humanitaires, telle queSolidays (antisida) ».

Mouloud Mimoun, pour El Watan


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