21 janvier 2018 / Mis à jour à 21:07 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Grande-Bretagne - Ouganda - Cinéma
Idi Amin Dada : « Le dernier roi d’Ecosse »
Le film est sorti ce mercredi en France. Forest Whitaker apparaît sous les traits du dictateur ougandais Idi Amin Dada dans le Le Dernier roi d’Ecosse du réalisateur britannique Kevin Macdonald. Son interprétation magistrale du dictateur, vu à travers les yeux de son médecin personnel écossais, nous plonge dans la réalité d’un régime qui a endeuillé l’Ouganda entre 1971 et 1979.

La vie d’Idi Amin Dada portée à l’écran. C’est le défi cinématographique qu’a relevé, avec beaucoup de succès, le cinéaste britannique Kevin Macdonald dans sa dernière œuvre Le Dernier roi d’Ecosse. Forest Whitaker est exceptionnel dans la peau du dictateur ougandais qui envoûte et finit par terroriser un jeune médecin écossais, Nicholas Garrigan, campé par James MacAvoy. Le film débute en 1971, quelques heures après l’arrivée au pouvoir d’Idi Amin Dada. Le jeune médecin vient alors de débarquer dans un pays où il a l’ambition de se rendre utile en tant que médecin, mais aussi l’envie de satisfaire sa soif d’aventure. Sa rencontre fortuite avec le nouveau leader ougandais scelle son destin et le propulse dans un univers cauchemardesque que sa naïveté ne lui permet pas alors d’entrevoir.

Une relation imaginaire pour rendre compte de la complexité d’un dictateur

Nicholas Garrigan est, à l’instar de nombreux Ougandais, lui aussi fasciné, au début, par l’homme qui ne lui cache pas non plus sa sympathie. Alors qu’il a accepté de devenir son médecin personnel, les masques commencent pourtant à tomber et Idi Amin Dada se révèle. Excessif, paranoïaque, machiavélique, le chef d’Etat ougandais massacre tous ceux qui, estime-t-il, constituent une menace pour son régime. Indirectement, le praticien écossais sera d’ailleurs la cause de certains d’entre eux. Les multiples facettes de celui qui se surnommait "le dernier roi d’Ecosse", se donnent à voir, de la plus sympathique à la plus noire. Le dictateur paraît même quelque fois touchant, mais c’est sans compter le monstre qui sommeille en lui. En toile de fond, le massacre de plusieurs opposants politiques, les expéditions punitives de ses escadrons de la mort, l’expulsion, en 1972, de la population asiatique du pays ou encore la détérioration de ses relations avec la communauté internationale, en sont la preuve tangible. Son régime est sanguinaire et plonge le pays dans la désolation.

Kevin Macdonald ne fait jamais dans la caricature. Il passe même sur la réputation d’anthropophage qui a nourri le mythe du président africain. Sa réalisation est concise et fait la part belle aux psychologies des deux hommes. L’innocence de l’un contraste avec la perversité de l’autre. Le personnage de Garrigan est aussi l’expression de la conscience dont l’ancien leader ougandais semble être dépourvu. Le Dernier roi d’Ecosse captive aussi par son parti pris original. Idi Amin vu au travers du regard de son médecin, inspiré de l’œuvre éponyme de Giles Foden. L’oeuvre est aussi une métaphore des relations troubles que les occidentaux entretiennent avec les dirigeants africains (ce sont les Anglais qui ont porté Idi Amin au pouvoir). Le Dernier roi d’Ecosse, qui a été entièrement tourné en Ouganda, offre en définitive une approche originale de la vie d’un homme politique, déchu en 1979, qui a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de son pays. Encore aujourd’hui, comme l’a constaté Forest Whitaker qui l’a incarné, les sentiments des Ougandais envers le dictateur se déclinent sur une gamme de sentiments qui va de la fascination à la haine. Son interprétation, déjà saluée par les Golden Globe, les trophées du cinéma anglais et qui risque encore de l’être aux prochains Oscars, constitue un bon début d’explication à ce phénomène.

- Le Dernier roi d’Ecosse
Drame de Kevin Macdonald d’après le roman de Giles Foden (éditions de l’Olivier) avec Forest Whitaker, James McAvoy et Kerry Washington
Durée : 2h05



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