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Société - Afrique de l’Ouest - Togo - Femmes

Le Togo légalise l’avortement... sous certaines conditions
Il sera désormais autorisé en cas de viol, d’inceste et si la vie de l’enfant à naître est menacée

Les députés togolais viennent de participer à une petite révolution, en cette fin d’année 2006, en adoptant une loi qui légalise partiellement l’avortement. L’Interruption volontaire de grossesse est désormais possible dans les cas de viol ou d’inceste. Une mesure qui devrait faire reculer les avortements clandestins.



vendredi 29 décembre 2006, par Falila Gbadamassi


En Afrique, peu de pays ont légalisé l’avortement. Le Togo vient donc de rejoindre, depuis quelques jours, la classe des bons élèves que sont l’Afrique du Sud, la Tunisie et le Cap Vert. Même si, contrairement à lui, l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) est autorisée dans ces pays sans aucune restriction. Le nouveau texte de loi, composé de 46 articles, légalise aussi la contraception et l’assistance médicale. Les députés togolais ont en effet abrogé une loi du 31 juillet 1920, héritée de l’ère coloniale, qui pénalise l’avortement et la propagande anticonceptionnelle. Le Togo se conforme ainsi à une législation-type sur la santé de la reproduction « élaborée et proposée par les parlementaires d’Afrique de l’Ouest et du Centre ». Au Togo, l’avortement était jusqu’ici légal seulement quand la vie de la femme était menacée. Désormais, il le sera si la grossesse résulte d’un viol ou d’un rapport incestueux. De même, l’opération sera possible si l’enfant à naître est « affecté par une condition médicale particulièrement grave ». Dans tous ces cas, l’IVG doit faire l’objet d’une prescription médicale.

Une petite révolution qui fera date

Bien qu’il n’y ait pas de statistiques officielles, à l’instar de la situation dans de nombreux pays africains, beaucoup de femmes togolaises décèdent des suites d’avortements clandestins. L’OMS estime à 300 000 le nombre d’Africaines qui en meurent. Notamment les jeunes filles. Pour Mme Boukari Amina, responsable du service de consultation prénatale au Centre hospitalier universitaire de Tokoin, à Lomé, la capitale togolaise, l’application de cette nouvelle loi « va arranger beaucoup de choses ». « Comme l’avortement n’est pas autorisé, les jeunes filles qui sont effrayées d’annoncer une grossesse à leurs parents de peur de se faire répudier ou de voir leur cursus scolaire interrompu, recourent souvent au curetage dans des cliniques privées », explique-t-elle. Avec les risques que cela comporte. La prise en compte des traumatismes que sont le viol et l’inceste sont également des objets de satisfaction, selon la sage-femme qui affirme recevoir une grande proportion de femmes violées en consultation. « Je reçois, poursuit Mme Boukari, en moyenne, deux femmes par jour en consultation que je dirige systématiquement vers un gynécologue ».

Le vote de cette loi est, entre autres, le résultat d’un travail de longue haleine mené par les associations de défense des droits des femmes. « Il s’inscrit, par ailleurs, indique Joël Koffi Vidzrakou, directeur exécutif de l’Association togolaise pour le bien-être familial (ATBEF), dans un processus d’amélioration de la santé de la reproduction. On ne peut que s’en féliciter. » Car il n’est pas nécessaire d’ « en rajouter à la souffrance morale » des femmes violées. Quant à l’inceste, qui demeure un sujet tabou, Joël Koffi Vidzrakou est convaincu que les mentalités ont assez évolué pour permettre aux victimes de réclamer de l’aide. Interrogé sur la capacité de son pays à faire face à ce nouveau défi de santé publique, il estime que le Togo dispose des infrastructures nécessaires. « Le pays est divisé en 35 préfectures dont chacune dispose d’une structure hospitalière en mesure de réaliser des soins post-abortum. Mais ce service ne sera pas gratuit ». Il devrait coûter entre 60 et 70 000 F CFA (environ 100 euros). Ce qui n’est pas à la portée de tous les Togolais. L’ATBEF mène justement, depuis deux ans, une expérience dans deux hôpitaux du pays pour venir en aide aux femmes indigentes qui ont besoin, dans un cadre légal, de ces soins en mettant à disposition gratuitement des de kits post-abortum. Au Togo, moins de 10% des femmes mariées font appel à des méthodes contraceptives et le taux de fertilité est autour de six enfants par femme. Les Togolaises ont remporté une bataille, mais la guerre qui leur permettra de disposer librement de leurs corps n’est pas encore gagnée.



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