22 septembre 2017 / Mis à jour à 07:57 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Maroc - Sahara Occidental
Sahara occidental : Coup dur pour le Maroc
Les exactions marocaines sanctionnées par les Nations Unies. Le Maroc a rejeté samedi le rapport du Haut Commissariat des Nations unies au droit de l’Homme (HCDH) sur le Sahara occidental. Le défenseur des droits sahraouis, Aminatou Haïdar, est de passage à Paris où elle clôture sa campagne internationale de sensibilisation. Elle tente de mobiliser l’opinion publique autour de la question des droits de l’Homme dans la région.

Par Joan Tilouine

C’était prévisible, le Royaume chérifien a refusé en bloc le rapport du HCDH jugé « partial » et « complaisant » à l’égard du front Polisario et de son inconditionnel soutien, l’Algérie, qui accueille sur son sol près de 90 000 sahraouis réfugiés. Initialement confidentiel, le rapport, résultant d’une enquête onusienne réalisée sur place courant mai juin 2006, juge la situation des droits de l’Homme « préoccupante » et préconise le droit à l’autodétermination pour le peuple sahraoui. L’HCDH accuse les autorités marocaines d’avoir utilisé la force de manière « disproportionnée » en mai 2005 pendant les manifestations pro-indépendantiste.

Le Maroc sur la sellette

Le rapport est sévère pour le Maroc qui se préparait à présenter son projet d’autonomie pour le Sahara occidental au sein du royaume. « Le droit d’autodétermination pour le peuple du Sahara occidental doit être assuré et mis en place sans attendre » écrivent les auteurs. Les sahraouis bataillent depuis 1975, date du départ des espagnols, avec le gouvernement marocain pour faire valoir ce droit à l’autodétermination. Le territoire du Sahara occidental, partie méridionale du Maroc, ancienne colonie espagnole, riche en ressources naturelles, est l’objet d’un contentieux entre le gouvernement marocain et le front Polisario-branche politique du peuple sahraoui, militant d’un Etat souverain et indépendant (ndlr)- soutenu par l’Algérie voisine. Cette guerre sans nom est la dernière lutte de décolonisation du continent africain.

L’autodétermination en suspens

Mme Haïdar, une des leaders du soulèvement populaire sahraoui, donnait une conférence de presse à Paris sur le thème des « droits de l’Homme bafoués dans les territoires occupés par un Etat marocain tyran ». Pour cette lutte qu’elle mène « depuis le berceau », elle vient de recevoir le prix espagnol « juan Maria Bandres » pour la défense du droit d’asile ainsi que le prix « Freedom Award » aux Etats-Unis. « Dès mon plus jeune âge, j’étais consciente du sort réservé à notre peuple, j’ai vu mes parents opprimés ». Depuis 1987, date de son premier séjour dans les geôles marocaines, la situation n’a guère évolué. La politique du Royaume n’a pas bougé d’un iota sur ce qu’il considère comme « ses provinces du Sud ». La conjoncture des territoires occupés demeure inchangée. « Les agressions, les oppressions, les arrestations sont quotidiennes. Elles concernent les hommes, les femmes et les enfants sans distinction. Plus de cinq cents sahraouis ont disparu depuis 1975 et actuellement, on compte trente trois prisonniers politiques dont six militants des Droits humains en grève de la faim, et en état critique » alerte Mme Haïdar.

Face à la poussée indépendantiste du peuple sahraoui, conformément à la législation internationale du « droit à l’autodétermination », le Maroc contre-attaque avec son projet dit « d’autonomie » pour ce territoire désertique pas plus grand que la Belgique. Pour Aminatou Haïdar, la lutte continue. Ses revendications ? « Imposer au Maroc le respect des droits élémentaires et fondamentaux des Sahraouis dans les territoires occupés, droit à l’autodétermination, accès libre des observateurs internationaux, de la presse, des associations et la libération des prisonniers défenseurs des droits de l’Homme et des prisonniers de guerre ».

Prochainement de retour au Sahara occidental, elle ne cache pas son inquiétude. Avec un léger sourire, à peine dissimulé, elle déclare sans ambages : « J’ai des craintes, j’ai reçu des appels de menace, il se peut que je retourne en prison. S’ils le veulent, ils m’auront, mais ils n’auront jamais mes idées ».



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