21 août 2017 / Mis à jour à 03:08 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
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Algérie : montée du racisme contre les immigrés subsahariens

Après le Maroc, en Algérie aussi un vent raciste souffle contre les immigrés subsahariens. Ces derniers sont accusés d’être sales, de ne pas travailler et d’apporter le sida dans le pays.

« Ils ne se lavent pas ! », « Ils ont emmené avec eux des maladies », « Ils ne travaillent pas », « Ils ne sont pas propres ». Voilà les insultes abjects que certains déversent sur les immigrés subsahariens en Algérie. Le racisme à leur encontre prend de l’ampleur sans aucune retenue. Les migrants qui s’installaient dans la grande ville saharienne de Tamanrasset, proche du Mali et du Niger, ou ne faisaient que traverser l’Algérie pour tenter de rallier l’Europe, sont désormais nombreux à s’établir dans les métropoles du Nord, selon l’AFP. La crise en Libye, traditionnel pays d’accueil des subsahariens, a encore accentué le phénomène.

La ville de Boufarik accueille dans un terrain vague un camp de toile dressé par des migrants, où s’entassent des centaines de personnes dans des conditions sommaires. Ici, on l’appelle le "camp des Africains" ou le "camp des Noirs". Plusieurs camps similaires sont disséminés un peu partout dans le pays. Les migrants du camp de Boufarik viennent tous de Zinder, la deuxième ville du Niger. Tous ont payé 700 000 franc CFA (1 100 euros) à des passeurs, qui leur ont fait traverser le désert en deux jours. « Le prix est fixe, peu importe qu’il s’agisse d’un adulte ou d’un enfant », raconte l’un des migrants. Ils doivent ensuite payer 1 500 dinars (15 euros) pour se faire déposer à Tamanrasset (2000 km au sud d’Alger), avant de tenter de rejoindre le nord du pays.

« Ces Africains sont sales, travaillent pas et propagent des maladies »

« Ces Africains propagent les maladies, sont sales et ne travaillent pas », affirment Karim et Amin, deux trentenaires rencontrés à Boufarik, articles de presse à l’appui. Ce racisme contre les immigrés subsahariens est aussi alimenté par la presse qui n’hésite pas à faire des Une racistes, qui s’attaque ouvertement à eux, sans vergogne. Le quotidien Al-Fadjr (L’Aurore) a fait dimanche sa Une sur les « milliers d’Africains qui ont envahi les rues de la capitale, accusés de propager les épidémies et d’autres maux sociaux comme le trafic de la fausse monnaie ». « Quand nous entendons les Algériens parler des Africains, nous nous demandons dans quelle région du monde nous sommes », s’étonne la sociologue Fatma Oussedik, qui s’alarme de la montée du racisme. Selon elle, « ce refus de l’autre, c’est un déni de soi d’abord, l’Algérie étant le plus grand pays d’Afrique ».

Périple mortelle

Même son de cloche du côté du représentant de l’Onusida à Alger, Adel Zeddam, qui a poussé un cri d’indignation la semaine dernière après des articles « scandaleux et discriminatoires, qui établissaient un lien entre l’arrivée des migrants et une prétendue propagation du virus du Sida qui touche », selon les chiffres officiels, 8 258 personnes sur une population de 38 millions d’habitants. De son côté, cet enseignant à la retraite, qui s’est confié à l’AFP, craint aussi qu’une « société raciste ne puisse que le devenir un peu plus avec ce genre d’articles », regrettant le manque d’humanité de ses compatriotes, en particulier devant la détresse des femmes.

Déjà avant d’arriver en Algérie, les migrants traversent des épreuves nombreuses, parfois mortelles. Début mai, des dizaines d’entre eux en provenance du Niger ont disparu dans le désert. Une fois arrivés, les Nigériens doivent souvent vivre cachés, de crainte d’être « renvoyés à la case départ », raconte Mahamadou, un maçon qui vivote en travaillant au noir pour envoyer de l’argent à sa famille restée à Zinder, dans le sud du Niger. Selon un autre habitant du camp, « quelque 300 personnes ont été embarquées samedi par la police dans des bus chargés de les reconduire à Tamanrasset ». Une fois là-bas, les Nigériens peuvent être reconduits dans leur pays ou régularisés, selon les situations. En attendant, ils doivent tenter de survivre au quotidien dans un environnement très hostile à leur encontre et dans des conditions inhumaines.



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