Zouhoura violée au Tchad : « Tant que justice n’est pas faite… »

Zouhoura, la jeune adolescente tchadienne qui a subi un viol collectif en février dernier, provoquant des manifestations de protestation partout au Tchad et au sein de la diaspora, est arrivée en France le lundi 14 mars auprès de sa famille qui vit à Nancy. AFRIK.COM l’a rencontrée lors d’une conférence de presse donnée en son honneur, vendredi soir, à Paris.

A Paris,

A première vue, difficile de croire qu’il s’agit bien de la jeune fille qui a subi une telle abomination, tant elle semble si fragile. Mais derrière celle qui est toute menue, se cache une grande force. Après sont viol collectif, par sept hommes, issus de la haute bourgeoise tchadienne, dont la plupart sont des fils de généraux, sans compter celui du ministre des Affaires étrangères, Zouhoura a eu le courage d’en parler. Ce qui ne se fait d’habitude jamais au Tchad, société largement dominée par les hommes, où le viol reste tabou. Le viol de la jeune femme qui a vécu sept ans en France, à Nancy auprès de son père, avant de décider, durant l’été 2015, de s’envoler au Tchad, pour passer son bac, a provoqué des vagues de manifestations dans le pays. Lors de la première manifestation à N’Djamena, un adolescent de 17 ans sera même tué par balle par la police qui dispersait la contestation. En France aussi, la diaspora tchadienne, émue par l’affaire Zouhoura, a organisé plusieurs manifestations, réclamant justice, dénonçant par la même occasion les conditions de vie des femmes au Tchad. Malgré ses blessures, loin d’avoir cicatrisé, et la douleur, la timide Zouhoura, à la voix douce et fluette, qui a toujours du mal à s’exprimer sur son calvaire, a répondu à nos questions. Interview.

AFRIK.COM : Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Zouhoura : Ça va, je me sens plutôt bien. Le soutien que je reçois de la part de tout le monde, la massive mobilisation qu’il y a eu depuis le début de cette affaire me fait du bien.

Au Tchad le viol est tabou et on n’en parle jamais. Pourtant vous avez trouvé la force d’en parler. Qu’est-ce qui vous a poussé après votre calvaire à révéler ce qui vous est arrivé ?

Je pense que mon entourage y est pour beaucoup. Le soutien de ma famille, de mon papa en particulier, m’a donné la force et le courage d’en parler.

Après votre agression, vous avez demandé à vos agresseurs de vous tuer. Pourquoi ?

Tout simplement parce que mon honneur a été bafoué. Sur le moment, je préférais mourir plutôt que de vivre avec cela. Je ne voulais pas qu’on me désigne comme la coupable de ce crime, ou encore que l’on insinue de mauvaises choses me concernant, comme c’est souvent le cas au Tchad après le viol d’une femme.

Aujourd’hui quelles sont vos attentes et aspirations pour l’avenir ?

Je veux que justice soit faite. Tant que justice ne sera pas faite, je n’aurai pas la paix et je ne pourrai pas reprendre une vie normale.