Zimbabwe : Un vol d’armes fait craindre un retour à l’instabilité

Le récent « suicide » d’un officier supérieur de l’armée, suite au cambriolage d’une armurerie militaire à Harare, la capitale zimbabwéenne, fait craindre que les armes volées ne soient utilisées pour alimenter l’instabilité.

A la fin du mois d’octobre, 20 AK-47 fabriqués en Chine et un certain nombre de fusils ont été volés à l’armurerie de la caserne militaire de Pomona, à Harare. Maxwell Samudzi, commandant adjoint de la caserne de Pomona, « s’est suicidé » alors qu’il était détenu en quartier d’isolement, d’après un article du Herald, le journal du gouvernement.

Les médias locaux ont indiqué que pas moins de 120 soldats en service ont été mis en détention dans le cadre de cette affaire de cambriolage, et auraient été torturés. Depuis, Pascal Gwezere, membre du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a été arrêté, il aurait été torturé et a été inculpé du cambriolage.

Morgan Komichi, secrétaire logistique adjoint du MDC, a dit à IRIN que l’arrestation de M. Gwezere s’inscrivait dans une stratégie « de court à long terme » du président Robert Mugabe visant à déstabiliser le MDC, parti mené par le Premier ministre, Morgan Tsvangirai, qui a rejoint en février 2009 le fragile gouvernement d’union nationale du Zimbabwe.

Ce gouvernement de coalition – un partenariat difficile entre la ZANU-PF, parti de M. Mugabe et le MDC – s’est effondré en octobre lorsque M. Tsvangirai s’en est désengagé, n’acceptant de le réintégrer qu’après l’intervention de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

« Nous assistons à une stratégie éprouvée que la ZANU-PF pratique depuis les années 1980, afin de s’attaquer à notre parti [le MDC]. Des recherches [par la police et l’armée] ont déjà été menées dans l’une des maisons utilisées par des officiels haut placés du parti à Harare, et le responsable de l’organisation des transports [M. Gwezere] a été enlevé et est aujourd’hui accusé d’avoir volé les armes », a dit M. Komichi.

« Mon interprétation du déroulement des événements, c’est que certains éléments, en particulier au sein de l’armée, [seraient] derrière le cambriolage, et, dans le cas d’un référendum constitutionnel ou d’une élection, utiliseraient les armes pour terroriser la population », a-t-il dit.

« Si, comme on peut s’y attendre, le MDC gagne la prochaine élection – si elle se déroule librement et équitablement – nous pourrions voir apparaître des individus armés, liés à la ZANU-PF, qui créeraient un environnement instable pour un gouvernement MDC. »

John Makumbe, analyste politique, a dit à IRIN qu’il était peu probable que le vol d’armes s’inscrive dans un plan visant à créer un mouvement de résistance à un éventuel futur gouvernement MDC, et qu’il était plus probable qu’il ait été organisé par l’une des deux factions de la ZANU-PF, qui exercent toutes deux une influence sur l’armée.

« Ce qui se passe, c’est que chacune des deux factions de la ZANU-PF essaie d’évincer l’autre et de prendre l’avantage dans la course à la succession de M. Mugabe, et nous risquons de voir certaines personnes éliminées », a commenté M. Makumbe.

« Il est important de se rappeler que le commandant de l’armée de l’air [Perrance Shiri] a survécu à une tentative d’assassinat [en 2008], et bien que cette tentative de meurtre se soit avérée liée à une histoire de triangle amoureux, les suspects n’ont pas été arrêtés, alors que l’arme utilisée a été identifiée comme provenant de l’armurerie militaire ».

Le général Solomon Mujuru, commandant en retraite des Forces de défense du Zimbabwe, dirige la faction de la ZANU-PF qui veut que sa femme, Joyce Mujuru, vice-présidente du Zimbabwe, succède à M. Mugabe, aujourd’hui âgé de 86 ans et au pouvoir depuis l’indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne, en 1980 ; l’autre faction est menée par Emmerson Mnangagwa, ministre de la Défense. La conférence annuelle de la ZANU-PF se tiendra en décembre.

« Le MDC est sans doute encore harcelé dans cette affaire d’armes volées. Cependant, ce qui est le plus effrayant et le plus déstabilisant, c’est de penser que si une élection ou un référendum est organisé, ou si l’accord de partage du pouvoir s’effondre… la ZANU-PF est incapable de gagner une élection libre et crédible sans terroriser la population », a dit M. Makumbe.

Retour à la violence ?

Eldred Masunungure, analyste politique, a dit à IRIN que le déroulement des événements actuels indiquait que l’on risquait d’assister au retour de l’instabilité et de la violence politiques qui avaient fait rage dans le pays lors des élections de 2008.

« La possibilité d’un retour de la violence de 2008 est un danger omniprésent ; ceux qui ont orchestré la violence sont toujours présents et disposent toujours des mêmes ressources. Il suffirait qu’un ordre commandant le déchaînement de nouvelles violences soit donné. L’annonce de la date d’une nouvelle élection donnera lieu à une augmentation de la violence, car l’infrastructure de la violence est toujours là », a dit M. Masunungure.

En 2008, la ZANU-PF a perdu sa majorité au Parlement pour la première fois depuis l’indépendance, et M. Mugabe a perdu le premier tour de l’élection présidentielle, battu par son rival, M. Tsvangirai – ce dernier ayant manqué de peu les 50 pour cent plus une voix qui lui auraient permis d’être élu président.

M. Tsvangirai s’est retiré de la course pour la présidence en signe de protestation contre la violence politique qui a fait plus de 120 morts et déplacé des milliers de personnes. M. Mugabe a emporté l’élection sans adversaire, mais sa victoire n’a pas été reconnue par les observateurs internationaux, y compris par la SADC.