Zimbabwe : la police accuse l’opposition d’attaques au cocktail Molotov

Les autorités zimbabwéennes accusent le Mouvement pour le changement démocratique de Morgan Tsvangirai d’avoir attaqué mercredi un camp de police au cocktail Molotov. Gouvernement et opposition durcissent le ton, alors que la communauté internationale appelle Robert Mugabe à respecter les droits de ses adversaires politiques.

La tension est montée d’un cran au Zimbabwe alors que des policiers ont été visés mercredi par des attaques au cocktail Molotov. Deux d’entre eux ont été transportés « dans un état grave à l’unité des brûlés de l’hôpital de Parirenyatwa après que la maison qu’ils occupaient dans le camp de police de Marimba a été attaquée au cocktail Molotov », a indiqué jeudi à l’AFP le porte-parole de la police nationale. Un troisième locataire a été asphyxié par des gaz lacrymogènes visant la même habitation alors que deux cocktails Molotov, qui en visaient une autre, n’ont pas explosé, selon Wayne Bvudzijena.

Les violences n’ont pas été revendiquées mais le porte-parole de la police les attribue au Mouvement démocratique pour le changement (MDC) de Morgan Tsvangirai. « Les prétendus comités de résistance démocratiques formés par le MDC sont derrière les attaques (…) Notre avis est que nous n’avons plus affaire à des criminels communs. Nous assistons à des attaques de type milice menées par une aile armée du MDC », a-t-il développé, promettant que la police allait y répondre « avec la force nécessaire pour maintenir la paix et la stabilité ».

« Il n’y a aucune liberté sans sacrifice »

La colère des militants du MDC est à son comble depuis qu’une « prière collective » organisée dimanche dans un quartier pauvre d’Harare, malgré l’interdiction pour trois mois de toute manifestation, a été réprimée dans la violence. Une personne a été tuée par balle et Morgan Tsvangirai a été maltraité au point de devoir être hospitalisé. Arrêté dimanche avec 49 membres de son parti, il devait comparaître mercredi mais a finalement été laissé en liberté, aucun procureur ne s’étant présenté devant le tribunal.

Il souffrirait d’une fracture du crâne, de dommages au cerveau et de saignements internes. Dès mardi, le visage tuméfié, il avait appelé ses partisans depuis son lit d’hôpital à poursuivre la lutte. Le gouvernement a répété le lendemain que les personnes « qui incitent à la violence » allaient « payer un prix très lourd, quelles qu’elles soient ». Mais le leader du MDC a assuré au micro de la BBC que les violences qu’il a subies devaient être « une inspiration pour chacun » dans la perspective de la lutte. Car « il n’y a aucune liberté sans lutte » ni « sacrifice ».

« L’union africaine est mal à l’aise »

A l’international, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont réagi avec véhémence, Washington menaçant mercredi le gouvernement zimbabwéen de nouvelles sanctions. Sans aller aussi loin, l’Afrique du Sud, traditionnellement bienveillante à l’égard de Rober Mugabe, a demandé jeudi au président de respecter les droits de l’opposition. Interrogé sur la situation au Zimbabwe, à Londres, où il était en visite d’Etat, le président ghanéen John Kufuor a affirmé que l’Union africaine, qu’il préside, est « mal à l’aise ».

« Je sais personnellement que des présidents tels que [Olusegun] Obasanjo, [Thabo] Mbeki et d’autres ont désespérément essayé d’exercer une influence positive. Mais ils se sont heurtés à une forte résistance », a-t-il expliqué.