Zimbabwe : l’alternance n’est pas au programme de Mugabe

Les élections générales, samedi au Zimbabwe, promettent de se dérouler dans une transparence toute relative. A la tête d’un pays exsangue, Robert Mugabe multiplie les intimidations vis-à-vis des journalistes étrangers et de ses opposants, qui suspectent le régime d’organiser des fraudes électorales.

C’est un sixième mandat à la tête du Zimbabwe que brigue samedi Robert Mugabe, 84 ans. Le chef de l’Etat a déclaré, il y a une semaine, que « jamais l’opposition n’arrivera au pouvoir ». Ses challengers lui font confiance pour cela : « Nous avons reçu des preuves sur la façon dont Mugabe et ses comparses sont en train de saboter cette élection. Les listes électorales et l’informatique sont les outils de cette fraude », a indiqué jeudi à l’AFP Tendai Biti, le secrétaire général du Mouvement pour le changement démocratique (MDC). La veille, le chef de l’Etat a nié tout trucage des élections et démenti les allégations de ses opposants : « Ce sont des mensonges empruntés à leurs maîtres qui disent que les élections ne seront ni libres ni justes. Ce ne sont que de satanés menteurs, des menteurs démoniaques. »

Pourtant, tout a été entrepris, semble-t-il, pour que ces élections générales (quatre élections sont organisées le même jour : présidentielle, législatives, sénatoriales et locales), auxquelles près de 6 millions d’électeurs sont conviés, se déroulent dans une transparence toute relative : observateurs internationaux triés sur le volet, insuffisance du nombre de bureaux de vote dans les villes où l’opposition domine, présence de policiers dans les bureaux de vote, sélection drastique des journalistes étrangers…

Des journalistes que le gouvernement a mis en garde dès jeudi : ceux « qui abusent de la courtoisie et de l’hospitalité de ce beau Zimbabwe, qui viennent pour autre chose que la couverture des élections, devraient faire leurs valises, s’en aller et nous laisser en paix », a déclaré le ministre de l’Information Sikhanyiso Ndlovu, lors d’une conférence de presse. « Le gouvernement n’accueillera pas aimablement cette propagande impérialiste », a-t-il ajouté. Ainsi, la BBC, CNN, l’agence Associated Press ou le New York Times ont vu leurs demandes d’accréditation refusées.

Etat d’alerte maximale

Robert Mugabe ne veut aucun trouble, ni dans les médias, ni dans la rue. « Nous décourageons toutes les actions qui pourraient conduire à l’anarchie », a déclaré mercredi le chef de la police, au nom également de l’armée, des services pénitentiaires et du renseignement. « Tous ceux qui ont mis de l’huile sur le feu, évoquant des violences du style de celles du Kenya, doivent comprendre que la violence est un pauvre substitut à l’intelligence et un monstre qui peut dévorer son propre créateur. » Deux jours plus tard, l’armée et la police du Zimbabwe ont été placées en état d’alerte maximale, et les responsables de la sécurité se sont engagés à empêcher toute violence après le scrutin.

Cela n’empêche pas les militants de descendre pacifiquement dans les rues en arborant des tee-shirts à l’effigie des candidats de l’opposition, Morgan Tsvangirai (MDC) et Simba Makoni, ancien ministre des Finances de Mugabe et candidat dissident de la ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique, au pouvoir). Une enquête citée par Le Monde les crédite de respectivement 28,3% et 8,6% des intentions de vote, contre 20% pour Mugabe. Un autre sondage publié vendredi par le quotidien gouvernemental The Herald donne le président sortant gagnant dès le premier tour, avec 53% des suffrages. Simba Makoni a appelé l’opposition à faire front commun contre Robert Mugabe, et propose, en cas de victoire, un gouvernement de coalition avec ses partisans, le MDC, et même des membres de la ZANU-PF.

Une économie moribonde

Ne seraient les probables fraudes électorales, Tsvangirai et Makoni ont des arguments de poids pour faire tomber Mugabe. Le bilan économique et social du président sortant parle de lui-même : taux d’inflation annuel de 100.000%, taux de chômage de 80%, pénurie de médicaments et des produits de première nécessité, croissance de -6%, espérance de vie de 39 ans… Jeudi, Simba Makoni a estimé que l’économie du pays ne sera pas redressée « dans les six mois après le 29 mars, ni même dans les cinq premières années. Cela pourrait prendre dix à quinze ans ».

En attendant, Robert Mugabe, après avoir opéré la saisie des terres exploitées par les fermiers blancs, propose comme seuls remèdes une augmentation des salaires des fonctionnaires et une « indigénisation » des entreprises. Et accuse l’Occident de tous les maux de son pays : « Les Britanniques, les Américains et ceux qui pensent comme eux préfèrent voir nos enfants, les vieux et les infirmes souffrir des sanctions maléfiques qu’ils ont imposées pour initier un changement de régime dans notre pays », a-t-il tonné. Un changement de régime qui ne semble définitivement pas figurer dans le programme de celui qui tient les rênes du Zimbabwe depuis son indépendance, en 1980.