Zimbabwe : Harare veut transformer ses minerais en routes et chemins de fer grâce à la Chine


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Des mines
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Pour relancer ses infrastructures, le Zimbabwe explore un mécanisme inédit : adosser ses ressources minières, notamment le lithium, à des financements chinois. Une stratégie ambitieuse, entre opportunité économique et risques de dépendance.

Le Zimbabwe mise sur ses richesses minières pour relancer son développement. Confronté à des infrastructures vieillissantes et à des besoins de financement colossaux, le gouvernement de Harare explore une nouvelle voie : utiliser ses ressources naturelles comme garantie pour financer des projets routiers et ferroviaires avec la Chine.

L’annonce a été faite ce jour par le ministre zimbabwéen des Finances, Mthuli Ncube, en marge du Forum économique mondial de Dalian, en Chine. Selon lui, des discussions ont déjà été engagées avec China Railway Group autour de mécanismes de financement adossés aux ressources minières du pays. L’idée est simple sur le papier : les revenus futurs issus de l’exploitation des minerais serviraient de garantie pour rembourser des prêts destinés à la construction ou à la réhabilitation d’infrastructures stratégiques. Routes, voies ferrées et réseaux logistiques figurent parmi les priorités d’un pays dont les infrastructures ont souffert de décennies de sous-investissement et de crises économiques.

Le lithium au cœur de la stratégie

Cette nouvelle orientation vient au moment où le Zimbabwe s’est imposé depuis quelques années comme le premier producteur africain de lithium, un minerai devenu essentiel à la fabrication des batteries destinées aux véhicules électriques. Depuis 2021, des entreprises chinoises ont investi plus de deux milliards de dollars dans le secteur minier zimbabwéen, ce qui a renforçé considérablement l’influence de Pékin dans l’économie du pays. Des groupes comme Zhejiang Huayou Cobalt ou Sinomine Resource Group contrôlent aujourd’hui plusieurs projets majeurs liés au lithium.

Pour Harare, la modernisation du réseau ferroviaire représente également un enjeu stratégique. Les chemins de fer constituent l’épine dorsale du transport des minerais vers les ports de la région. Leur dégradation entraîne des coûts logistiques élevés et freine la compétitivité du secteur extractif. Le défi est donc immense. Selon la Banque africaine de développement, le Zimbabwe aurait besoin d’environ 34 milliards de dollars pour moderniser ses infrastructures de transport et de logistique. Un montant largement hors de portée des finances publiques nationales.

Un modèle qui rappelle la RDC

L’approche zimbabwéenne n’est pas sans précédent en Afrique. Elle rappelle notamment l’accord conclu entre la République démocratique du Congo et des entreprises chinoises dans le cadre de la coentreprise Sicomines. Cet accord, souvent qualifié de « minerais contre infrastructures », prévoyait la construction d’ouvrages publics en échange de l’exploitation de gisements de cuivre et de cobalt.

Si ce modèle a permis de financer certains projets, il a aussi suscité des critiques concernant la transparence des contrats, la répartition des bénéfices et l’endettement à long terme des États africains. Ces expériences alimentent aujourd’hui le débat au Zimbabwe, où certains observateurs appellent à une vigilance accrue afin que les richesses minières profitent durablement à la population.

Vers une transformation locale du lithium

Parallèlement, le gouvernement zimbabwéen poursuit sa stratégie de montée en gamme industrielle. Malgré les pressions exercées par certaines compagnies minières, Harare a confirmé qu’il maintiendrait l’interdiction d’exporter du concentré de lithium à partir de janvier 2027. L’objectif est clair : obliger les producteurs à transformer davantage le minerai sur place afin de créer plus de valeur ajoutée et davantage d’emplois. Une usine de sulfate de lithium construite par Zhejiang Huayou Cobalt est déjà opérationnelle, tandis qu’une autre est en développement sur le site minier de Bikita.

Entre ambition industrielle, besoins urgents en infrastructures et partenariat stratégique avec la Chine, le Zimbabwe tente ainsi de convertir son sous-sol riche en minerais en moteur de développement. Mais le succès de cette stratégie dépendra largement de la capacité des autorités à négocier des accords équilibrés et à éviter que les erreurs observées ailleurs sur le continent ne se reproduisent.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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