Zimbabwe : appel d’urgence pour prévenir une crise humanitaire

Le gouvernement ZANU-PF du Zimbabwe et la communauté des bailleurs de fonds internationaux ont été appelés à se mobiliser pour assurer une aide alimentaire d’urgence en vue de prévenir une crise imminente ; face à cette demande, le gouvernement a assuré que « personne ne mourrait de faim ».

« Il existe un consensus général sur le fait que la production céréalière du Zimbabwe pour l’année 2006/07 doit être complétée par des importations de plus d’un million de tonnes si l’on veut que le pays puisse subvenir aux besoins céréaliers [de la population] pour l’année de consommation 2007/08 », peut-on lire dans le dernier rapport sur la situation de la sécurité alimentaire en Afrique sub-saharienne, publié en juin par le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS NET).

« Le gouvernement et la communauté des bailleurs doivent se mobiliser pour agir immédiatement et de manière coordonnée en vue de lutter contre l’insécurité [alimentaire] grandissante qui frappe le pays », a déclaré l’organisation américaine FEWS NET, qui fournit des informations sur la sécurité alimentaire dans 17 pays de la région.

Rugare Gumbo, le ministre zimbabwéen de l’Agriculture, a admis en juin que le pays était confronté à une crise alimentaire, la saison agricole ayant été entachée par la sécheresse et par des pénuries généralisées de ressources. Il a également reconnu que les 600 000 à 800 000 tonnes de maïs produites ne permettraient pas « loin s’en faut, de pourvoir aux besoins nationaux, soit environ deux millions de tonnes de céréales ».

A la suite de la publication du rapport par FEWS NET, Bright Matonga, le vice-ministre de l’Information, a déclaré dans les pages de The Herald, le quotidien officiel, que « personne ne mourrait de faim ».

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont récemment effectué un état des lieux de la sécurité alimentaire et ont observé que le Zimbabwe avait produit environ 1 055 000 tonnes de céréales, soit quelque 300 000 tonnes de plus que les estimations officielles.

Il ressort de cet état des lieux que plus d’un tiers de la population aura besoin d’une aide alimentaire d’ici au début de l’année 2008, et que le pays devra importer au total 1 052 000 tonnes de céréales : 813 000 tonnes de maïs, et le reste en sorgho, en blé et en mil.

Pour combler partiellement ce déficit céréalier, le gouvernement a acheté 400 000 tonnes de maïs au Malawi, dont 70 000 tonnes avaient déjà été importées en juin, selon FEWS NET.

La saison hivernale de culture du blé, en cours, a mal commencé en raison d’un manque de combustible, d’engrais, d’équipement et d’expertise, et l’instabilité de l’alimentation électrique a entravé l’irrigation.

L’insécurité alimentaire s’aggrave, selon le rapport, particulièrement dans les régions du sud-ouest du pays, où le climat est généralement aride. Là-bas, les ménages sont « déjà en train d’épuiser les réserves alimentaires issues de leurs récoltes actuelles », une situation encore aggravée par le manque de fiabilité d’autres sources de céréales, telles que le Comité de commercialisation des céréales (GMB), l’acheteur officiel du gouvernement.

Inflation

L’hyperinflation – plus de 4 000 pour cent par an – s’est soldée par une hausse considérable du prix des céréales, ce qui explique les difficultés que rencontrent les consommateurs pour se procurer certains aliments de base comme le maïs, selon FEWS NET.

D’après le rapport, Chimanimani et Nyanga, dans la province du Manicaland, les districts du sud de la province de Masvingo, ainsi que Hwange et Nkayi dans la province du Matebeleland Nord ont été particulièrement touchés par la hausse vertigineuse des prix.

« Le taux d’inflation annuel n’a pas cessé d’augmenter, et la plupart des ménages n’étant pas en mesure de pourvoir à leurs besoins alimentaires et non-alimentaires minimum, ont dû réduire les dépenses consacrées à l’éducation, aux transports et aux soins médicaux », a commenté FEWS NET.

« Peu après les récoltes, la plupart des foyers ont déjà épuisé leurs propres réserves alimentaires », et ont consommé les céréales de récoltes souvent réduites, voire mauvaises.

Environ 80 pour cent des 12 millions d’habitants que compte le pays vivent en dessous du seuil de pauvreté, et selon le Conseil des consommateurs du Zimbabwe (CCZ), une famille moyenne de six avait besoin de 5,5 millions de dollars zimbabwéens (22 dollars au taux de 250 000 dollars zimbabwéens pour un dollar, pratiqué sur le marché parallèle) pour subvenir à ses besoins en mai.

Les autorités ont imposé un contrôle des prix rigoureux au vu de l’augmentation quotidienne du prix des biens et services fournis par certains commerces, qui tentaient d’amortir ainsi les effets de l’inflation.

Des dizaines d’hommes d’affaires ont été écroués pour ne pas s’être conformés au décret du gouvernement, et si bon nombre de sociétés du secteur formel ont tenu compte de ces instructions, d’autres ont réduit leurs activités ou arrêté leur production, ce qui s’est soldé par une grave pénurie de produits alimentaires et par une dépendance croissante envers le marché parallèle, où l’on peut se procurer des produits alimentaires, mais à des prix beaucoup plus élevés.

Les régions rurales

Au cours d’un récent voyage à Mhondoro, un district de la province du Mashonaland Ouest, un correspondant d’IRIN a découvert qu’un grand nombre de ménages avaient été gravement touchés par les pénuries alimentaires.

« Nos récoltes ont été mauvaises et, en conséquence de cela, nous dépendions des commerces et des propriétaires de moulins pour nous procurer du maïs, mais depuis que ces mesures de répression ont été prises à l’encontre des commerces, on ne peut plus se procurer de céréales », a expliqué à IRIN une villageoise, qui a refusé d’être nommée.

« Lorsque nous pouvons nous procurer du sucre, nous prenons du thé et des patates douces en milieu de matinée, et le soir, de la sadza (une bouillie de maïs épaisse, un plat de base) et des légumes, que nous faisons pousser dans nos potagers », a-t-elle poursuivi.

« Mais comme il est difficile de trouver du maïs, pour survivre, on se nourrit principalement de maheu (une bière maison légèrement alcoolisée, à base de semoule de maïs) et de patates douces, qui pourraient venir à manquer à n’importe quel moment ».

Selon elle, le dépôt local du GMB ne leur fournit pas de maïs car il souhaite constituer des réserves, et les paysans qui ont réussi à produire des excédents ne les vendent pas au GMB en raison des délais de paiement.

Ils préfèrent les vendre directement sur le marché noir, où les marchandises sont payées immédiatement en espèces, ou passer leurs récoltes en contrebande dans les pays voisins pour obtenir des devises étrangères, plus stables.