Zéro pointé pour le bac 2002

Les épreuves du baccalauréat 2002 ont été entachées de fraudes sans précédent au Sénégal. Plusieurs candidats ont été découverts en possession des sujets de français, d’anglais et d’histoire-géographie. Avec la généralisation de la triche, c’est tout le système éducatif qui est mis en cause.

Personne ne souhaite développer la question au ministère de l’Education nationale du Sénégal. A l’Office national du baccalauréat (ONB), silence radio. Le sujet embarrasse, et aucun officiel n’a semble-t-il envie de disserter dessus, que ce soit à l’oral ou à l’écrit. Les faits sont pourtant là : le bac 2002 restera dans les annales comme le bac de la triche. Le scandale a éclaté à Louga, lorsqu’un professeur de français du lycée Malick Sall a avoué que des élèves étaient venus le consulter la veille des épreuves pour les aider à préparer un sujet… qui ressemblait à s’y méprendre à celui sur lequel ils devaient plancher le lendemain. Pendant les examens d’anglais et d’histoire, deux candidats ont ensuite été pris en flagrant délit à Kedougou, corrigés en main. Même chose au lycée mixte Delafosse, au collège de l’Immaculée conception… et ainsi de suite. Les rapports sur des cas de fraude arrivent de tout le pays pour s’entasser sur les bureaux du directeur de l’ONB.

Les fausses notes de l’administration

Ce n’est pas la première fois que l’on constate ce genre de dérive au Sénégal, mais cette année, la triche aurait battu tous les records. Et la question demeure de savoir d’où proviennent les fuites. Si les élèves sont punis, l’enquête ne dévoile pas comment ils sont entrés en possession des sujets et des corrigés. Certains n’hésitent pas à dénoncer un laxisme des responsables de l’Office du baccalauréat.  » Chaque année, il y a des fraudes, mais les enquêtes n’arrivent jamais à terme. Dès l’instant qu’un candidat est pris en flagrant délit de triche ou en possession de documents prouvant qu’il y a des fuites dans l’organisation de l’examen, il devrait être facile de remonter la filière « , tempêtait aujourd’hui Mamadou Cissé, enseignant du collège de l’Immaculée conception, dans les colonnes de Sud quotidien.

Les élèves, eux, mettent en cause le système scolaire. Ceux qui n’ont pas triché se disent solidaires de leurs camarades. Faisant écho aux plaintes de leurs professeurs, ils dénoncent les conditions d’enseignement et le manque de vacataires. Il apparaît normal à la plupart d’entre eux qu’un lycéen triche pour avoir son bac si les cours qui lui ont été dispensés dans l’année ne l’ont pas préparé aux épreuves. Ultime pirouette pour ne pas voir le système éducatif éclaboussé par le scandale, Babou Diaham, directeur de l’ONB, a tenté d’attirer l’attention de la presse sur  » les fausses fuites « , exhibant une feuille violette qu’il tiendrait du lycée Blaise Diagne et qui serait  » sensée être les épreuves d’espagnol, alors qu’il n’en est rien « . En attendant, impossible d’avoir les chiffres exacts de la fraude. Mais les titulaires du bac 2002 auront bien du mal à faire valoir leur diplôme.