Yasmina Khadra à la tête du Centre culturel algérien à Paris

Contre toute attente, l’écrivain Yasmina Khadra a été nommé, mardi, à la tête du Centre culturel algérien à Paris. Mohamed Moulessehoul – de son vrai nom – hérite d’un poste vacant depuis mars 2005, date de la nomination de l’ancien directeur, Mokhtar Taleb-Bendiab, au poste de «numéro deux» de l’Institut du monde arabe (Paris).

Rien ne laissait présager, ces derniers jours, l’arrivée au 171, rue de la Croix-Nivert (15e arrondissement) de l’ex-officier supérieur de l’armée.

Dans la chronologie inflationniste des nominations aux postes officiels, sa désignation a pris de court les milieux culturels algériens de part et d’autre de la Méditerranée. Tradition tout algérienne, le CCA a eu plusieurs directeurs ces deux dernières années. La rumeur de la rue et les chuchotements des coulisses politiques et culturelles ont «désigné», tour à tour, le chef de cabinet du ministre de la culture, Mme Zehira Yahi, les comédiens et dramaturges Slimane Benaïssa et Sid-Ahmed Agoumi, les anciens ministres Anissa Benameur, Slimane Cheikh et Mustapha Cherif.

Au final, c’est l’auteur – entre autres livres – de «L’Ecrivain», des «Hirondelles de Kaboul» et de «A quoi rêvent les loups» qui s’installe dans un bureau qui a nourri bien des ambitions. Il devient, ce faisant, le quatrième patron d’une institution née en novembre 1983 à l’occasion de la visite du président Chadli Bendjedid à Paris.

Premier à en avoir présidé les destinées, Nadir Ahmed, un ancien de l’Amicale des Algériens en Europe, y est resté neuf ans (1983-1992). Nommé chef du gouvernement, Sid Ahmed Ghozali a jeté son dévolu sur El-Hachemi Bounedjar. Familier du monde de la culture et de l’université, ce dernier a réalisé un «travail méritoire», selon un avis unanime. Venu avec des «idées intéressantes», El Hachemi Bounedjar n’a pas eu le temps de les traduire sur le terrain. En 1996, il est poussé, la mort dans l’âme, vers la porte de sortie. Connu pour la rigueur de ses appréciations, Mohamed Harbi le crédite d’un bilan réussi. En dépit du manque de moyens et d’une politique culturelle nationale très approximative, il a réalisé des «choses inespérées», déclarait l’historien au soir de sa disparition en février 2004.

Une succession à rebondissements

Bounedjar remercié, le CCA restera sans «commandant de bord» jusqu’à janvier 1997, date de l’arrivée de Mokhtar Taleb-Bendiab, un diplomate qui a servi comme chargé de presse à l’Ambassade d’Algérie à Paris, avant de diriger la mission diplomatique nationale à Beyrouth. Désigné pour une «mission provisoire de quelques mois» – selon ses propres propos -, il est resté huit ans.

Depuis son départ à la tête de la Direction générale de l’IMA, son poste n’a pas été pourvu au «mépris» de l’urgence d’une vie culturelle algérienne sur le territoire hexagonal. De mars 2005 à novembre 2007, le CCA est resté partagé entre une gestion à distance assurée par le diplomate chargé des affaires culturelles à l’ambassade et celle, plus administrative, confiée à un proche d’un ancien ministre. Manifestement, ce provisoire de 32 mois a laissé des traces sur une institution qui n’était pas déjà au mieux de sa forme.

En vingt-quatre ans d’activités, il a connu des fortunes diverses. Au gré des nominations et de la conjoncture algérienne, il a évolué en dents de scie, cheminant entre avancées et reculs. Au crédit de son bilan, une multitude d’activités multiformes: concerts de musique, expositions et conférences thématiques. Au débit de son action, une offre culturelle manifestement en deçà du potentiel culturel algérien en France. «Nombre de figures du paysage culturel national n’y sont pas associées», se plaint un familier des lieux, qui déplore, en outre, une déclinaison un peu trop officielle. Pour autant, le centre importe par sa bibliothèque, devenue, au fil des années, un passage obligé de nombre de chercheurs – algériens, français et étrangers – travaillant sur le sujet «Algérie». Fort de 15.000 titres, son fonds livresque offre un balayage exhaustif de l’Algérie dans ses dimensions politique, culturelle, économique et historique. Idem pour les dossiers de presse: confectionnés à mesure des années à partir des différents titres de la presse nationale, ils profitent aux chercheurs. Ils ont servi, entre autres utilités, à la préparation de travaux universitaires sur Assia Djebar, l’évolution politique algérienne, la politique énergétique, etc.

S. Raouf, pour Le Quotidien d’Oran

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