Y aurait-il un malaise entre le Maroc et le Liban ?

Marrakech Menara Aéroport

Sarah est une jeune Libanaise qui étudie actuellement en Espagne. Avec ses camarades, elle a souhaité se rendre de l’autre côté du détroit de Gibraltar pour visiter le royaume chérifien. Les autorités marocaines, dont les liens culturels et linguistiques avec le Liban sont pourtant indéniables, n’ont jamais donné de réponse à sa demande de visa. Les Libanais seraient particulièrement visés par ces refus silencieux. AFRIK.COM a recueilli le témoignage de cette ressortissante du pays du Cèdre, encore surprise par l’accueil réservé par ce pays frère.

 

AFRIK.COM : Pouvez-vous vous présenter succinctement ?

Sarah : Je suis d’origine libanaise et j’ai vingt-six ans. Ingénieure informatique, je suis actuellement à Madrid pour poursuivre mes études en MBA en International Management à l’ESCP, après un premier semestre à Paris.

AFRIK.COM : Pourquoi avez-vous décidé de vous rendre au Maroc ?

Sarah : Avec mes camarades du MBA, on organise très souvent des sorties en ville ou bien des voyages dans d’autres pays. Cette fois-ci, on a décidé de se rendre au Maroc pour la proximité du pays mais également pour découvrir un territoire différent dont les paysages font rêver.

AFRIK.COM : Etait-ce la première fois que vous souhaitiez vous rendre dans un pays africain ?

Sarah : Je suis déjà allée en Afrique du Sud mais jamais dans un pays du Maghreb. Je n’en avais pas encore eu l’occasion. Je tenais donc vraiment à profiter de cette belle opportunité pour visiter le Maroc.

AFRIK.COM : Malheureusement, cela ne s’est pas passé comme prévu…

Sarah : Non. Pourtant, en tant que Libanaise, je suis habituée à demander un visa. C’est le cas pour la majorité des pays que j’ai visité. Que ce soit pour l’espace Schengen et pour l’Afrique du Sud, je n’ai pas eu de difficultés. Or dans le cas du Maroc, je ne m’attendais pas à être traitée de la sorte.

J’ai vraiment senti une discrimination, comme si ma nationalité posait un réel problème. Les autres camarades qui ont fait une demande de visa, quelle que soit leur nationalité, n’ont pas eu à subir un tel refus. Ils ont reçu leur visa quelques jours après leur demande, alors que j’attends encore une réponse deux mois après la mienne, malgré mes relances…

AFRIK.COM : Est-ce un cas isolé ou d’autres Libanais vivent la même chose que vous ?

Sarah : J’ai entendu parler d’une personne qui n’a pas reçu son visa dans les mêmes conditions que moi. Ce n’est certainement pas un cas isolé…

AFRIK.COM : Est-ce que vous pensez réellement que le Maroc a mis en place un durcissement des procédures de visa pour les ressortissants libanais ?

Sarah : Je n’ai pas de cas directement lié à mon entourage, car aucun de mes proches n’a fait de demande de visa. En revanche, après ma mésaventure, j’ai commencé à me renseigner sur internet et à partager mon expérience. Il est clair que je ne suis pas la seule dans ce cas parmi mes compatriotes.

Un malaise réel existe entre les deux pays, même si cela n’est pas évoqué officiellement. Je veux rompre le silence aujourd’hui et partager mon histoire, et vous verrez d’autres témoignages de ce genre remonter à la surface.

AFRIK.COM : Que ressentez-vous aujourd’hui ?

Sarah : J’ai le sentiment d’avoir connu une vraie discrimination. Voilà. Tous mes amis, qu’ils viennent par exemple d’Inde ou de Colombie, ont tous reçu leur visa très rapidement. Seule la nationalité libanaise n’était pas la bienvenue.

AFRIK.COM : Quels sont, d’après vous, les tensions entre le Maroc et le Liban qui pourraient provoquer cette discrimination ?

Sarah : Je ne suis pas sûre de ce que j’avance, mais des rumeurs disent que ces tensions seraient liées au vote du Liban contre le Maroc pour la Coupe du monde de football. D’autres disent que c’est à cause de la place du Hezbollah dans notre pays.

AFRIK.COM : Si l’occasion de voyager au Maroc se présente à nouveau, est-ce que vous pensez demander une nouvelle fois un visa?

Sarah : J’en doute fort. J’ai perdu l’argent de mon billet d’avion et d’autres frais liés à mon séjour, à cause de l’attitude du consulat. Cette situation d’attente m’a empêché d’annuler mon vol et mon séjour et donc d’être remboursée.

Après cette mauvaise expérience, je n’ai plus vraiment envie de visiter un pays qui traite de cette façon les touristes.